---------------------------------------------------------------------------------------------------

Affichage des articles dont le libellé est Re:voir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Re:voir. Afficher tous les articles

Arrietta : retour de flamme

Parfois les cinéastes d'avant garde ont les mêmes problèmes que certains réalisateurs de films de genre. Si Adolpho Arrieta a la même nationalité que Jesus Franco, on ne peut pas dire qu'ils ont connu le même traitement en dvd. Pourtant, Arrietta a bénéficié d'une reconnaissance critique de son travail très tôt. Dans le sillage de cinéaste devenu culte aujourd'hui (Mekas, Schroeter, Garrel, Eustache, Warhol), Adolpho Arrietta est resté comme un secret de cinéphile, exception faite de son Flammes (repris en salle l'année dernière par Capricci).

Il était donc plus aisé de découvrir un Franco qu'un Arrietta et ce, depuis de nombreuses années. Mais cela va changer grâce à Re:voir qui propose pour la première fois au monde un coffret regroupant l'intégrale de ses œuvres réalisées entre 1965 et 2008.

Une box qui se révèle plus proche d'un coffre renfermant des trésors inestimables et singuliers pour une œuvre à la fois poétique et mystérieuse.


Quand on évoque le cinéma d'Arrietta, on parle rarement d'histoire mais plutôt des moments sublimes qui les traversent et qui marquent le spectateur indélébilement. Autant donner la parole à l'artiste qui dans l'ouvrage de Philippe Azoury, Un morceau de ton rêve, s'est épanché sur plus de quarante ans de cinéma

DVD 1 :
-----------------------------------------------
LE CRIME DE LA TOUPIE / 1965 / 18mn
"Biette disait que mon premier court-métrage [...] contenait déjà la métaphore de tout mon cinéma, cette façon de faire touner le sens. Peut-être qu'il y a une morale de la toupie, et j'aie bien faire tourner le sens en bourrique, ou faire des films changeants, virevoltants, où il y a toujours des surprises à attendre."
JOUET CRIMINEL / 1969 / 37 mn

"Le Jouet Criminel, le film que j'ai tourné avec Jean Marais. C'est un film complètement illogique, absolument absurde, teinté de beaucoup de lyrisme. C'est de loin le plus fou de ma filmographie."

Inclus LA IMITACION DEL ANGEL / 1966 / 21mn

DVD 2 :
-----------------------------------------------
LES INTRIGUES DE SILVIA COUSKI / 1974/ 71mn
"Les Intrigues sont fantasmagoriques et documentaire à la fois. Ces travestis et leur façon de marcher dans Paris existaient bel et bien. Ces fêtes existaient. On ne les as pas inventées pour le film. [...]
On considère Les Intrigues de Silvia Couski comme un film plus érotique parce qu'il est peuplé de travestis. Mais les travestis ne sont pas érotiques, ils sont innocents. Ils sont comme les anges. C'est une chose complètement mentale, complètement spirituelle, le travestissement."
TAM TAM / 1976 / 57 mn
"Douze heures de rushes, si je me souviens bien. Des images très belles, que je ne savais où placer, des plans de visages [...] Des séquences qui ne correspondaient plus à ce que devenait le film au montage. Ça, plus les multiples prises de vues sous d'autres angles. J'ai tendance à beaucoup tourner."
DVD 3 :
-----------------------------------------------
POINTILLY / 1972 / 39 mn
"Pointilly était un film que j'avais beaucoup coupé au montage, qui devait avoir une durée plus longue, mais dont il ne reste au final que trente minutes. On ne coupe pas à ce point, on n'arrive pas à une durée aussi sèche, sans une certaine frustration : celle de n'avoir pas su dire les choses."
FLAMMES / 1978 / 82 mn
"Une fois, j'étais resté seul dans la maison de Flammes, les autres étaient allées dormir, je travaillais au plan du lendemain quand soudain j'ai perdu la séparation entre le film et la réalité. J'ai eu le sentiment que le film était la réalité, je cherchais le père, la fille, les habitants de la maison, je ne savais plus qu'il s'agissait d'acteurs...Ça a duré quelques secondes, peut-être un peu plus, mais je crois à ce moment-là que j'étais au bord du délire."
DVD 4 :
-----------------------------------------------
GRENOUILLES / 1984 / 35mn
Après Flammes, [...] j'ai écrit Grenouilles, que j'ai tourné en 1983 sur un mois, en Catalogne, à côté de la mer, sur la Costa Brava. Mais le scénario n'était pas très clair, et j'ai tourné le film dans une situation très délirante, totalement paranoïaque : la productrice acceptait que j'aie mon équipe, mais elle avait aussi emmené son équipe ! Ingérable. [...] Mais il y a dans Grenouilles quelques scènes, notamment une scène entre Elisabeth Bourgine et Pascal Greggory dans une piscine, qui est une des choses les plus belles, les plus érotiques, que j'aie jamais réalisées.

MERLIN / 1990 / 58mn
"Merlin, qui était plus compliqué, je sentais qu'il fallait que j'aie en plus du scénario un appui ; j'ai tout story-boardé, de façon si précise qu'ils étaient obligés de faire comme ça et pas autrement - et comme j'étais en conflit avec toute l"équipe, c'était un supplice pour eux et un délice pour moi."

Inclus KIKI / 1989 / 22mn

DVD 5 :
-----------------------------------------------
Dans ce cinquième dvd sont regroupés les dernières oeuvres d'Adolpho Arrietta réalisées en DV :

ECO Y NARCISO / 2003 / 19mn
VACANÇA PERMANENTE / 2006 / 29mn
DRY MARTINI / 2008 / 7mn
"Au lieu de me demander pourquoi je filme, vous feriez mieux de me demander pourquoi je ne filme pas. Maintenant, il y a beaucoup de temps entre chaque film. L'idéal serait de filmer tout le temps. Filmer, c'est une envie que je ne peux discuter, ce n'est pas une raison, c'est une envie."

Adolpho Arrietta in Libération, 1983.

"J'attendais le digital. Maintenant il est là."

Le coffret 5 dvd - digipack cartonné est en vente sur theendstore.com

----------------------------------------------------------------------------------
L'ouvrage de Philippe Aoury est également en vente sur theendstore.com

Moins connu que Jean Eustache, Philippe Garrel ou Marguerite Duras, dont il fut l’ami, Adolpho Arrietta est pourtant l’un des grands cinéastes underground des années 1970-1980. L’univers de ce magicien du cinéma, digne héritier de Jean Cocteau, va de Madrid à Paris, mais aussi de Jean Marais à Enrique Vila-Matas, des Cahiers du cinéma aux Gasolines : toute une histoire légendaire, à la fois glamour et fauchée, qui revit ici avec brio.

The Works of Jonas Mekas

Dans le sillage du coffret édité par Re:voir et Potemkine pour les 90 ans de Jonas Mekas, Re:voir, le label de Pip Chodorov, et distributeur officiel des œuvres de Mekas en France, a continué de sortir parmi l’innombrable quantité de films du cinéaste cinq dvd constituant aujourd'hui un "pack".


Si on retrouve The sixties quartet, Guns of the trees, et Sleepness Nights Stories, déjà évoqué dans ces lieux, deux titres viennent complétés une offre unique au monde et une reconnaissance pour ce symbole de l'avant garde.

Présentation de l'éditeur :
----------------------------------------------------
Cet ensemble est la continuation du coffret réunissant les oeuvres clefs de Jonas Mekas, l'un des plus importants cinéastes d'avant-garde new yorkais. Né en Lituanie en 1922, chassé par les armées soviétiques et nazies, Mekas arrive à New York avec son frère en 1949, après avoir passé quatre ans dans un camp de réfugié en Allemagne. Il s'achète aussitôt une caméra 16mm et commence, au jour le jour, à filmer le monde qui l'entoure. Il invente ainsi le journal filmé et affirme un style lyrique et profondément personnel, qui sublime le quotidien tout en témoignant de l'exil, de l'oppression politique et des forces vitales de la poésie.
Ce pack comprend son tout premier film "Guns of the Trees" (1962), son "Sixties Quartet" de films sur ses amis artistes - Warhol, Lennon, Ono ; Maciunas, la fondation du mouvement Fluxus ; et son amitié avec la famille de JFK - ainsi que trois de ses oeuvres vidéos des années récentes : la mort d'Allen Ginsberg, son déménagement de Manhattan vers Brooklyn, et son opus de 2011 "Sleepless Nights Stories", version mékassienne des 1001 Nuits.

Présentation  des deux autres films :
----------------------------------------------------
A letter from Greepoint (2004 - 80 minutes - VOSTF)
En février 2004, après trente ans passés à SoHo, j'ai décidé de quitter le quartier pour m'installer à Greenpoint, à Brooklyn. Cette vidéo est sur ce que l'on ressent en quittant un lieu où on a passé plus de temps que n'importe où ailleurs, et qui était aussi celui de ma vie en famille. Je suis ailleurs maintenant. C'est une vidéo sur la création de racines dans un nouveau lieu, une nouvelle maison, avec de nouveaux amis, de nouvelles pensées et expériences. Mais c'est aussi une vidéo sur la vidéo. Je vais laisser Dominique Dubosc, mon bon ami parisien, en parler pour moi, dans une de ses récentes lettres : « Je crois que tu as enfin réussi à apprivoiser cette satanée caméra vidéo qui n'a été pendant si longtemps (et l'est toujours pour la plupart d'entre nous) qu'un simple enregistreur. Maintenant, c'est ta caméra-oeil, celle dont rêvaient les Kinoks. Bien sûr, il ne s'agit pas que de maîtriser la caméra. Le plus important, c'est l'énergie derrière. Le mouvement de la vie qui embrasse même la mort. Ça m'a donné un tel élan que je me sens à nouveau sur les rails. Merci. » Ce que voulait dire Dominique, et ce que je veux dire par là, c'est que lorsque en 1949, j'ai commencé à filmer avec ma Bolex, il m'a fallu quinze ans pour la maîtriser de telle sorte qu'elle fasse pour moi tout ce que je voulais. Quand en 1987, j'ai acheté ma première caméra Sony, j'ai pensé que ce serait différent. Mais non. C'est seulement aujourd'hui, après avoir travaillé quinze ans avec, que je sens qu'elle est devenue une extension de mon oeil, de mon corps. A Letter from Greenpoint est donc mon premier travail vidéo abouti.
 Jonas Mekas
Scenes from Allen's last three days on earth as a spirit (1997 - 67 minutes - VOSTF)

Enregistrement vidéo de la veillée mortuaire bouddhiste d'Allen Ginsberg, dans son appartement. Endormi maintenant pour toujours, on voit Allen dans son lit, entouré de ses amis proches, les moines bouddhistes chargés de la cérémonie, préparant Allen pour son voyage. La levée de son corps. Je parle avec Peter Orlovsky des derniers jours d'Allen. Puis, c'est le dernier adieu au Temple bouddhiste, 118 West 22ème Rue à New York, en présence de ses amis : Patti Smith, Gregory Corso, Peter Orlovsky, Le Roy Jones-Baraka, Hiro Yamagata, Anne Waldman et de beaucoup d'autres venus dire un dernier adieu à Allen.
Jonas Mekas

Encore une fois, on est frappé par la capacité de Mekas a passé du plus "futile" (un déménagement), à quelque chose d'intime (un enterrement), a saisir dans ces deux événements toute l'importance des étapes de sa vie et donc de la vie de chacun d'entre nous. Plus qu'un cinéaste, Jonas Mekas est l'oeil caméra qui a enregistré la (contre) culture du XXième siècle.

Disponible sur commande : contact[at]theeendstore[point]com / theendstore[at]gmail[point]com

Prix : 80 euro [pack 5 dvd]
Prix : 24 euro à l'unité

Mekas : Sleepless Nights Stories

Ce qu'il y a de formidable avec Jonas Mekas, au-delà de son extraordinaire longévité en tant que cinéaste, c'est son processus de création. En filmant quasi quotidiennement, Mekas emmagasine la matière de ses futurs films et nous offre potentiellement d’innombrables heures de cinéma.
Réalisé (monté ?) en 2011, Sleepless Nights Stories se voit se rencontrer à l'écran des figures bien connues comme  Marina Abramovic, Louise Bourgeois, Louis Garrel, Björk, Ken Jacobs, Harmony Korine, Lefty Korine, Rachel Korine-Simon, Adolfas Mekas, Oona Mekas, Sebastian Mekas, DoDo Jin Ming, Dalius Naujokaitis, Benn Northover, Hans Ulrich Obrist, Yoko Ono,...

"Ce film vient de mes lectures des Mille et Une Nuits. Mais à l'inverse de ces contes arabes, mes histoires font toutes partie de la vraie vie, même si elles s'aventurent parfois ailleurs, au-delà de la routine quotidienne. Il y a quelques vingt-cinq histoires différentes dans ce film. Leurs protagonistes sont tous mes amis. Les sujets de ces histoires couvrent un large champ émotionnel, géographique, des angoisses personnelles aux anecdotes. Ce ne sont pas de grandes histoires pour le Grand Écran : ce sont toutes de grandes histoires personnelles... Et oui, vous y trouverez aussi quelques provocations... Mais ça, c'est moi, l'un de mes nombreux moi. La simple question « Qu'est-ce qu'une histoire ? » est une provocation.

Jonas Mekas
Contient un livret de 24 pages du critique d'art Hans Ulrich Olbrist

24 euro | 114mn

Encore plus de Jonas Mekas

A défaut d'avoir vu le film de Robert Zemeckis, Forrest Gump, vous connaissez peut-être la maxime du film : " la vie c'est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber" et bien la filmographie de Jonas Mekas, aussi vaste que méconnue pour le néophyte, est une inépuisable source de ravissement. Voici deux nouveaux titres dans le catalogue Re:voir qui viennent compléter le magnifique coffret édité il y a quelques semaines (disponible sur theendstore.com).


GUNS OF THE TREES / Jonas Mekas / 1962 / 87mn
Grand prix (Najade d'oro), Mostra Internazionale del Cinema Libero di Porretta Terme, 1962.

Quatre jeunes essaient de comprendre pourquoi leur amie, une jeune femme, s’est suicidée. Un film fait de scènes disjointes oscillant entre le passé et le présent. Le titre vient d’un poème de Stuart Perkoff qui raconte comment quelques jeunes (vers 1960) sentait que tout allait contre eux, même les arbres dans les parcs et dans les rues leur semblaient tels des armes braquant leur existence même. JM
Guns of the Trees exprime les pensées, les sentiments, les efforts angoissés de ma génération, face à la perplexité morale de notre époque. Conçu comme un film épisodique, horizontal, il n'y a aucun lien apparent entre une scène et la suivante. Les scènes agissent comme des morceaux d'un plus grand mosaïque émotionnel. Là où le mot direct, ou l'image directe, échoue - quand on arrive à des choses plus essentielles - la façon indirecte du poète en saisira l'essence et la vérité. JM  
"Premier long-métrage de Jonas Mekas c'est un film vif, passionné, un enregistrement du New York des années 60. Jonas Mekas décrit ce film comme une tentative de dépeindre "l'intérieur" d'une génération à travers ses sentiments, pensées et attitudes. C'est une oeuvre amère mais lyrique. C'est révolutionnaire par la forme, en étant différent par la technique de tout ce que vous avez vu jusqu'alors. C'est un poster, une déclaration, un manifeste. Je tiens Guns of the Trees pour le film le plus important et de loin de la "Nouvelle vague" américaine.
Herman G. Weinberg, New York Film-Makers' Cooperative Catalogue n°6, 1975
THE SIXTIES QUARTET / Jonas Mekas / 129mn.

Mekas

Scenes from the life of Andy Warhol : Friendship and intersections / 1990 / 35mn
"Ce film est constitué d'images que Mekas a filmées pendant tout le temps où il a connu Andy Warhol. Ces images n'avaient pas été jusqu'alors montées, et par conséquent, pas montrées non plus. Le film s'ouvre sur l'un des premiers concerts du Velvet Underground au Dom alors que, sur scène, Edie Sedgwick et Gerard Malanga, muni de son fouet, dansent. Le son est strident, rauque, et accompagne admirablement les éclats de concert, puis sur ces images, la voix de Jonas Mekas se fait entendre : "So long Andy, see you again for sure". Ainsi, Jonas Mekas fait alterner des séquences qui mettent en scène le personnage public, l'artiste - la très belle séquence sur la rétrospective Warhol au Museum - avec des séquences intimistes, Warhol à la plage, ou avec des amis. A côté de ces images, Mekas recourt, comme à son habitude, à des intertitres qui peuvent être des évocations poétiques, ou des réflexions, sur le film que l'on voit. Le film devenant - comme c'est souvent le cas chez Mekas - d'une part un document sur des événements vécus et d'autres part une quête nostalgique d'un passé irrémédiablement perdu. Passé qui n'est pas forcément celui que nous proposent les images. Le film est ce qui permet de renouer avec les souvenirs, et par conséquent avec les émotions et qui sait, peut-être aussi, avec la fraicheur du regard pour les gens et pour le monde. Ce regard ne peut être que nostalgique. "So long Andy..." Yann Beauvais.
Zefiro Torna or scenes from the life of Georges Maciunas / 1992 / 35mn

« Zefiro torna e di soavi accenti
L’aer fa grato e’l pie discoglie e l’onde,
é mormorando tra le verdi fronde… »
Monteverdi, Madrigaux, livre IX, 1651
« La vie de George Maciunas, ses parents, ses amis ; de 1952 à 1978, divers événements de Fluxus : rencontres, réunions d’amis (Yoko Ono, Peter Moore, John Lennon, Andy Warhol, Almus Salcius, etc.). Des images de son mariage et de lui à l’hôpital de Boston, trois jours avant sa mort. Bande-son : musique de Monteverdi (Zefiro Torna), moi-même lisant les parties de mon journal concernant la dernière année de la vie de Maciunas. Méditation sur la Mort et le Néant. » Jonas Mekas
« À l’opposé de la monumentalité froide et pétrifiée du tombeau, Zefiro Torna, le film comme le madrigal, nous enseigne qu’avec la dispersion des cendres, tout peut revenir, tout peut reverdir pour qui est capable de les disséminer, de les abandonner au caprice de la brise ou au fil inconstant de l’eau. […] Étrange histoire de cendres et de souffrance, de retour au pays natal, de flux et de reflux que cet ultime geste qui n’est pas sans m’évoquer, pour finir, une image qui hante, elle, depuis toujours l’écriture et le cinéma de Mekas […], celle, rémanente, d’une pluie d’infimes fragments de paradis qui retombent lentement sur terre. Un paradis jamais perdu pour qui sait les recueillir sous toutes leurs formes, ici et maintenant, au sein d’une communauté d’amis. »
Patrice Rollet, « Zefiro Torna de Jonas Mekas », Trafic n°80, hiver 2011

Happy Birthday to John / 1995 / 24mn / Avec John Lennon, Yoko Ono
Le 9 octobre 1972, la moitié du monde de la musique s’est réunie à Syracuse, N.Y., pour fêter l’ouverture du John Lennon / Yoko Ono Fluxus show, une création de George Maciunas. Le même jour, un groupe, plus petit, s’est réuni dans la chambre d’un hôtel pour fêter l’anniversaire de John. Ce film est un enregistrement de cet événement. La bande-son est composée de chansons d'anniversaires chantées par John, Yoko, Ringo Star, Allen Ginsberg, Phil Oaks etc. Le film montre des documents d'archives du concert de John Lennon / Yoko Ono à Madison Square, le 30 août 1972, du Vigil à Central Park le 8 décembe 1980 et d'autres documents rares ». Jonas Mekas
 This side of Paradise / 1999 / 35mn / Avec Jackie, Caroline et John Kennedy Jr
"De façon imprévue, comme ontpu l'être les moments clés de ma vie, j'ai eu la chance à la fin des années 1960, de pouvoir passer plusieurs étées en compagnie de Jackie Kennedy, de sa soeur Lee Radziwill, de leur famille et de leurs enfants. Le cinéma constituait une part intégrale, inséparable et à vrai dire un élément clé de notre amitié.
A cette époque, la mort tragique prématurée de John F. Kennedy était encore très proche. Jackie voulait donner quelque chose à "faire" à ses enfants afin d'adoucir la transition, la vie sans leur père. Elle pensait qu'une caméra pourrait amuser les enfants. Peter Beard, qui exerçait alors la fonction de tuteur de John Jr. et de Caroline pour leur enseigner l'histoire de l'art, suggéra à Jackie que j'étais l'homme qu'il lui fallait pour initier les enfants au cinéma. Jackie accepta. Et c'est ainsi que tout a commencé. Les images de ce film proviennent toutes, à quelques exceptions près, des étés que Caroline et John Jr. ont passé à Montauk, en compagnie de leurs cousins Anthony et Tina Radziwill, dans une maison que Lee avait louée à Andy Warhol pour quelques étés. Andy passa lui-même quelques week-ends là-bas, dans l'un des cottages, de même que Peter Beard, que les enfants avaient adopté colle leur grand frère ou comme le père qui leur manquait. Ce furent des étés de bonheur, de joie et une continuelle célébration de la vie et de l'amitié. Ces journées furent comment des "Petits fragments de Paradis" Jonas Mekas
Prix : 24 euro pièce.

Les pré-commandes sont ouvertes par mail à theendstore@gmail(POINT)com ou contact@theendstore(POINT)com et prochainement en vente sur theendstore.com

source : Re:voir / Centre Pompidou

Jonas Mekas, inventaire

Dès demain le coffret dvd Jonas Mekas (Re:voir / Potemkine) sera disponible à la vente (nous l'aurons dans les prochains jours sur theendstore.com, un peu de patience). Mais cette fin d'année sera marquée par d'autres événements (dont l'acmé sera la rétrospective au Centre Pompidou) pour célébrer le 90ième anniversaire du cinéaste (le 22 décembre) comme la publication aux éditions Paris Expérimental de deux ouvrages recensant son travail cinématographique, littéraire et artistique.

Présentation de l'éditeur :
-----------------------------------
JONAS MEKAS / Films - Vidéos - Installations (1962-2012)


Né en 1922 en Lituanie, Jonas Mekas a réalisé plus de 80 films, vidéos et installations depuis son arrivée à New York en 1949. Chaque œuvre inventoriée est accompagnée d’un visuel, de la liste des collections publiques et des distributeurs, de la notice technique et d’un ou plusieurs courts textes résumant le contenu de l’œuvre. Présenté de manière chronologique, le travail de Jonas Mekas est ainsi perceptible en son ensemble, l’ouvrage se présentant à la fois comme un inventaire complet et un outil de recherche dans cette œuvre foisonnante. 
Films, vidéos, installations audiovisuelles ou sonores sont autant de propositions dans lesquelles s’exprime le « je filmé » du cinéaste et sa célébration du quotidien. Le catalogue raisonné est réalisé et préfacé par Pip Chodorov, l’un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre de Jonas Mekas. Il est accompagné d’un texte de deux jeunes historiens du cinéma replaçant l’œuvre de Jonas Mekas dans son contexte historique et dans son évolution stylistique. L’ouvrage inaugure une nouvelle collection de Paris Expérimental, « Outils / Tools », consacrée à des outils de recherche dans l’histoire du cinéma expérimental. Il sort simultanément à l’édition d’un Index de la revue Film Culture, revue fondée et dirigée par Jonas Mekas à New York de 1955 à 1996. 

280 pages | 28,50 euro

FILM CULTURE 1955-1966


Fondée à New York en 1955 par Jonas et Adolfas Mekas, la revue, d’abord orientée vers le cinéma d’auteur, s’impose très vite comme le lieu de débat et d’analyse incontournable de presque tout ce qui compte d’important dans le cinéma expérimental américain.
D’abord bimestrielle puis paraissant au gré des aléas financiers, la revue compte au total 79 numéros (dont certains doubles ou triples), de janvier 1955 à l’hiver 1996.
Film Culture constitue aujourd’hui un document-source incontournable, mesurant le pouls de l’avant-garde cinématographique, principalement américaine, mais pas seulement, durant deux ou trois décennies.
La revue recèle une mine d’informations sur les cinéastes qui créent, les mouvements qui se forment, les idées qui circulent, les films qui sont projetés. Elle accueille aussi les textes des artistes eux-mêmes, qui sont autant de manifestes. Sans parler de l’illustration, parfois dense et très diversifiée, la plupart du temps inédite. Tout ceci dans une maquette originale, qui a fait de certains numéros des exemplaires de collection (de 1956 à 1963, Jonas Mekas confie la maquette de la revue à Georges Maciunas).
La publication contient plusieurs index - Index des auteurs, Index des sujets, Index des titres de films et Index des illustrations, - ainsi que la liste complète des sommaires.
L’outil de recherche qui est ici proposé est précédé de deux documents rares. Le premier est le compte-rendu d’une discussion à Columbia University en 2001 entre Jonas Mekas, J. Hoberman, Andrew Sarris et P. Adams Sitney. Le deuxième reprend l’Editorial du numéro 14 de novembre 1957, dans lequel Jonas Mekas, le rédacteur en chef de la revue, plaide pour le renouveau d’un cinéma expérimental en Amérique. 

185 pages | 85 euros

Ces deux ouvrages sont disponibles sur commande contact@theendstore(POINT)com ou theendstore@gmail(POINT)com

Adolpho Arrietta, Underground Paris-Madrid 1966-1995

Bien souvent ce que l'on demande à un éditeur, c'est premièrement, de respecter l’œuvre et le créateur. Ce qui apparait comme une évidence n'est pas obligatoire aux yeux de certains  labels (on pense à ceux qui diffusent des films en dvd sans la version originale). La deuxième chose est l'étonnement. Il n' y a rien de comparable à ce sentiment de découvrir l'inattendu. C'est pourquoi nous aimons particulièrement l'éditeur Capricci qui n'a jamais peur de prendre des risques (calculés ? nous serions tentés de dire oui vu que la société prospère). Le prochain ouvrage de Philippe Azoury (plume passionnante et importante de Libération, de diverses publications et de bonus dvd) en est l'exemple,  permettant de lever le voile sur un cinéaste oublié, Adolpho (ou Adolfo) Arrietta.

"Tous mes films racontent l'histoire d'une perversion" (Arrietta)


Moins connu que Jean Eustache, Philippe Garrel ou Marguerite Duras, dont il fut l’ami, Adolpho Arrietta est pourtant l’un des grands cinéastes underground des années 1970-1980. L’univers de ce magicien du cinéma, digne héritier de Jean Cocteau, va de Madrid à Paris, mais aussi de Jean Marais à Enrique Vila-Matas, des Cahiers du cinéma aux Gasolines : toute une histoire légendaire, à la fois glamour et fauchée, qui revit ici avec brio. Le livre est constitué d’un long entretien réalisé en juillet 2009 à Madrid par Philippe Azoury. Durant trois jours, leur dialogue a creusé la fabrication de Flammes (1978). Ensemble, Azoury et Arrietta évoquent les autres films du cinéaste mais surtout tout un monde, une conception poétique, libre, frondeuse de faire du cinéma comme on vit. De la théorie à la pratique, d’une époque à une autre, cet ouvrage permet au lecteur de se plonger dans le cinéma et la culture de la fin des années 1970.

Adolpho Arrietta est né à Madrid en 1942. Il s’installe en France en 1967, où il réalise ses premiers longs métrages. Considéré en Europe comme un pionnier du cinéma indépendant, il puise son inspiration dans un langage poétique proche de celui de Jean Cocteau. Le cinéaste a marqué les années 1970 par des films tels que Le Jouet criminel avec Jean Marais, Les Intrigues de Sylvia Couski (1974) - qui obtient à Toulon le grand prix du « Cinéma Différent » - Flammes (1978) ou encore Grenouilles (1983). Toujours actif, il a depuis réalisé plusieurs courts et moyens métrages, des oeuvres pour la télévision espagnole et a joué un rôle dans le dernier film d’Albert Serra L’Histoire de ma mort (en production). 
"Aux années 50, la série B (Tourneur, Ulmer Dwan). A ma génération, le cinéma d'Arrieta (de Biette, de Zucca). C'est la même chose, c'est la même question posée à l'apprenti cinéaste : comment atteindre cette vibration nocturne qui hante les films comme un secret ? Réponse : par la mise en scène, ou plutôt par la mise en rumeur, cette capacité à obtenir une attention maximale du spectateur, comme Hitchcock, mais sans installer aucun suspense, à la différence d'Hitchcock, en privilégiant au contraire une attente imprécise un récit de brume.
Serge Bozon in Cahiers du Cinéma #682 - p.92
Seul et unique dvd a être disponible en France (dans le monde ?) grâce à l'éditeur Re:voir, La trilogie des anges renferme trois court-métrage du début de carrière d'Adolpho Arrietta.

Le Crime de la toupie (EL CRIMEN DE LA PIRINDOLA / 1965 / 18 minutes)  
Un enfant, inlassablement, surveille la danse d’une toupie…
« La figure de l’ange, la première fois, est apparue dans le noir et blanc que j’ai utilisé dans Le Crime de la toupie. Je filmais Xavier [Grandes] en train de jouer avec une toupie et j’ai senti qu’il fallait la figure d’un ange qui regarde son jeu. Une amie qui était là a mis un drap et j’ai coupé des ailes en papier qu’elle a collé sur son dos... Après, l’ange apparaît dans mes films en noir et blanc, toujours avec un drap et des ailes en papier. »
L'imitation de l'ange (LA IMITACION DEL ANGEL / 1966 / 21 minutes)
« Dans Imitation de l’ange, le garçon, German Portillo, essaie d’imiter un ange… C’est une méditation sur l’angélisme que je ne peux pas raconter. »
Le Jouet Criminel / 1969 / 36 minutes
« En 1969 je rêvais de faire un film avec Jean Marais. Finalement je l’ai rencontré à Paris. Il était ami avec un ami à moi qui lui avait parlé de mon projet. Il aimait beaucoup l’idée de faire un film underground. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’on allait faire. (…) Un jour on se promenait dans Malakoff. Ce quartier ressemblait un peu aux ruines dans Orphée de Cocteau. (…) Soudain jean s’est arrêté, il a regardé au sol une flaque qui brillait comme un miroir et qui contenait deux gants en caoutchouc blanc, comme les gants de la Mort d’Orphée. Jean n’a rien dit, et moi non plus, mais il me semble qu’on a eu le même sentiment. J’ai senti qu’on était en train de faire un remake d’Orphée. »
Toutes les citations sont d'Adolfo Arrietta, conversations avec Philippe Azoury (2009).
Le dvd et le livre sont à commander par mail à theendstore[at]gmail.com ou contact[at]theendstore.com

> Adolpho Arrietta, Un morceau de ton rêve / Paris-Madrid 1966-1995 par Philippe Azoury / 136 pages / 14,50 euro
> La trilogia del angel / Français - English - Spanish subtitles / livret 16 pages signé Erik Bullot / 24 euro

Paul Sharits, déconstruire le cinéma

Dans la constellation des cinéastes / artistes expérimentaux, Paul Sharits tient une place à part, de part son travail - divisé en divers temps - que de sa personnalité imprévisible. Réalisateur de courts et de moyens métrages questionnant le dispositif cinématographique, Sharits a participé à l'aventure Fluxus initié par Jonas Mekas, Yoko Ono et de Georges Maciunas. Travaillant sur des motifs simples en apparence (couleurs, mot) mais soulevant énormément de questions sur la perception, Sharits a une œuvre protéiforme qui dépasse le cinéma pour déborder sur les arts en général.

Depuis quelques semaines, un dvd regroupant trois de ses films est disponible par l'intermédiaire des éditions Re:voir et donc auprès de THE END.


Présentation de l'éditeur :
--------------------------------------------------
Au milieu des années 1960, Paul Sharits met au point un cinéma abstrait en rupture avec la tradition picturale. Toute son œuvre constitue une réflexion sur la nature même du cinéma et de ses composants : la pellicule, le photo-gramme, le défilement, les perforations, l'écran, la projection ayant principalement recours à la technique du flicker (clignotement de motifs et de couleurs), il met en évidence la discontinuité des photogrammes, révélant les puissances insoupçonnées du montage.

Le dvd contient les films suivants :
--------------------------------------------------
Piece Mandala / End War, 1966, color, silent, 5 min.
N:O:T:H:I:N:G, 1968, color, son, 36 min.
T,O,U,C,H,I,N,G, 1968, color, son, 12 min.

En supplément un livret de présentation de Vincent Deville avec des écrits de Paul Sharits.
"L'écran, irradié par le N:O:T:H:I:N:G de Paul SHARITS, semble adopter une forme sphérique, par moments - due, je pense, à la magnifique qualité de lumière obtenue par ses flashes de photogrammes, une perle baroque pourrait-on dire-merveilleuse! Un des plus beaux films que j'aie vu."
Stan Brakhage
"Le film vous entraîne dans un monde coloré, il accroît votre sens des couleurs, l'enrichit. Vous devenez attentif aux changements de tonalités qui entourent votre réalité quotidienne. Votre vision a changé. Vous commencez à voir la lumière sur les objets autour de vous. L'éventail de vos expériences s'est élargi. Vous disposez maintenant d'une nouvelle compréhension. Vous en sortez humainement plus riche."

Jonas Mekas
Pour en apprendre davantage sur l'homme, voici quelques éléments biographique permettant de retracer son parcours aussi bien universitaire que artistique.

Paul Sharits, né le 7 février 1943 à Denver dans le Colorado, est l’un des plus singuliers représentant de l’école de Buffalo, du mouvement du cinéma structurel et un des premiers inventeurs du «flicker genre», le film à clignotements. A sa sortie du lycée en 1960, il se rend à la « University of Denver’s School of Art » où il obtient quatre années plus tard un « Brevet of Fine Arts » en peinture. Initialement dévoué à cette pratique, il découvre grâce à un enseignant, Stan Brakhage, qui deviendra son mentor, les films 16 mm. Afin de parfaire cette nouvelle direction artistique, il se rendra à la « Indiana University » où il obtiendra un « Master of Fine Arts » en design visuel. Tout en continuant à explorer diverses techniques liées à l’expérimentation filmique, Paul Sharits enseigne au « Maryland Institute of Art, puis au « Antioch College ». Invité dès 1973 par le professeur Gerald O’Grady à rejoindre l’équipe de recherche qu’il monte autour du cinéma expérimental à la « State University of New-York » de Buffalo, Paul Sharits y fréquente alors Hollis Frampton, Tony Conrad ou encore Woody et Steina Vasulka. Depuis cette date jusqu’à sa mort, Sharits enseigne dans le « Departement of Media Study », le premier aux États-Unis à s’intéresser aux relations que tissent l’art, la science et les nouveaux médias.

Paul Sharits meurt le 8 juillet 1993, à l’âge de 50 ans.


Cet extrait est issu du guide de l'exposition FIGMENT, première exposition rétrospective autour de l’oeuvre de Paul Sharits qui eu lieu à l’Espace multimédia Gantner Paul de Belfort en 2007/2008.
En introduction, nous évoquions la personnalité de Paul Sharits comme quelqu'un d’imprévisible ou plutôt aventureuse comme les essais qu'il a pu entreprendre par l’intermédiaire du cinéma ou de ses créations artistiques (installations et peintures). C'est ce qui ce dégage de cette anecdote de Jonas Mekas que nous vous proposons.



De la vie de Paul Sharits
Extrait de mon journal
- 19 juillet 1982

Paul Sharits, 8 juillet : bléssé par balle à l'entrée d'un bar minable de Buffalo. Erreur d'identité : on l'a pris pour quelqu'un d'autre. Ablation de la rate.
Paul Sharits, 1981 : ayant perdu ses clefs, a tenté de rentrer chez lui par le vasistas sur le toit. Est tombé. S'est brisé le pelvis.
Paul Sharits, 1980 : poignardé dans un bar lors d'une dispute avec un inconnu. [...]
Paul Sharits, 1979 : a décidé d'apprendre à faire du roller. Dès la première tentative, fait une mauvaise chute et se casse la jambe. [...]
Paul Sharits, 1978 : accident de voiture dans un cimetière près de Buffalo. A fini hospitalisé pour plusieurs jours. Et déclaré que la vision de ce cimetière l'avait plongé dans une profonde méditation sur la mort, lui faisant oublié de regarder la route.
Paul Sharits, 1990 : à une fête de l'université de Buffalo où il enseignait, Paul, complètement ivre, s'est approché du doyen, lui a exprimé toute sa haine et signifié sa démission immédiate.
Arrivant dans sa classe tout à fait normalement le lendemain, Paul a été accueilli par un représentant officiel de la fac qui lui a demandé ce qu'il faisait là. Paul l'a informé que c'était sa classe. L'officiel l'a informé en retour que lui, Paul, avait démissionné la veille au soir, et qu'il n'avait donc rien à faire là. Des amis, d'autres professeurs ont tenté d'obtenir sa réintégration, mais le doyen n'a pas cédé. Paul n'avait plus de poste.
Paul Sharits, 1990 : de la fumée a été repérée dans le hall de l'Anthology. Le directeur a appelé les pompiers. Cette fumée venait des toilettes. Où l'on a retrouvé Paul Sharits avec un extincteur, en compagnie d'une jeune femme vêtue d'une drôle de tenue. Paul était en train de brûler des trous dans sa robe. [...]
Paul Sharits, 1971 : Paul ayant besoin d'un endroit où passer la nuit, j'ai décidé de l'autoriser à dormir dans le bureau de l'Anthology. En y entrant le lendemain matin, je n'ai pas cru au spectacle qui s'offrait à moi : Paul, entièrement nu, flashait la moindre parcelle de son anatomie sur notre énorme photocopieuse.
Tandis que je suis en train de taper ces notes, je reçois un coup de téléphone de Gerald O'Grady, de l'Université de Buffalo. Il me rassure : d'après les médecins Paul ne devrait pas garder de séquelle de sa blessure. [...]
"Ah, et puis, a ajouté O'Grady, son père est avec lui, il est venu le voir." De surprise, je l'ai fait répéter. Je croyais que le père de Paul avait depuis longtemps fini comme tous les Sharits, tant ils sont prédisposés aux accidents. "Non, a-t-il précisé, mais il y a une dizaine de jours il est tombé d'un arbre et s'est cassé quelques côtes. C'est pour ça qu'il n'a pu venir voir Paul les premiers jours, il était lui-même hospitalisé. [...]

P.-S. Un entrefilet dans un journal de San Fransico m'apprend que Greg Shapiro, le frère de Paul, a été abattu par la police. [...] Greg avait dirigé la Film Maker's Cinematheque pendant quelques mois en 1966. Il était tombé amoureux de Carla, qui tenait le guichet. Comme ce n'était pas réciproque, il avait pris un train pour Buffalo. Tout près de l'arrivée, comme le train traversait de hauts passages en surplomb, il avait sauté dans le vide ; survécu ; subi un an d'hospitalisation.

Jonas Mekas in Anecdotes - Éditions Scali - p.291


Deux choses à noter par rapport à ces extraits. Premièrement, l'épisode universitaire semble se terminer bien avant sa mort, ce qui contredit la présentation faite dans le programme de l'exposition qui stipule qu'il a enseigné dans l'université de Buffalo jusqu'à sa mort. Le deuxième point est une précision qui dit beaucoup sur la personnalité de Paul Sharits. Après toutes ses (més)aventures, c'est lui qui décida de mettre fin à ces jours le 8 juillet 1993.



Prix : 25 euro

Pour commander le dvd, merci d'envoyer un mail à contact@theendstore(POINT)com

Les films de Serge Bard | Zanzibar

Les éditions Re:Voir comble petit à petit le vide cinématographique autour du mouvement Zanzibar. Ces films tournés dans les années 60/70 traduisent aujourd'hui toute l'insouciance d'une génération en pleine révolution artistique et politique, d'un ton et d'une liberté qui émerveille le spectateur.
Pour accompagner les présentations de l'éditeur, nous avons (à titre informatif) recopié quelques passages du livre "Égéries Sixties" (Éditions J'ai Lu, mai 2008 [merci à Jean Sylvain Cabot pour nous avoir fait découvrir cet ouvrage]) pour étayer la brève et étrange carrière de Serge Bard.

DÉTRUISEZ-VOUS

Détruisez-vous 1968 35mm 55’
Bonus Détruisez-vous 2005 video 17’
+ Livret de 44 pages (textes d'Alain Jouffroy et Philippe Azoury)

Détruisez-vous (et son sous titre implacable : le Fusil silencieux) a été tourné entre mars et avril 68. Un carton, en lieu et place de générique annonce même, avec un brin de fierté (il peut se le permettre car après tout il ne sont pas nombreux dans son cas, à avoir fait preuve de clairvoyance) : « film tourné en avril 68. » (…) C’est un film tourné de façon sauvage sauvage, fait en dehors de toutes règles. C’est le premier film Zanzibar (il précède même le nom du mouvement). Une tentative de faire un cinéma hors des règles de production bravant la chaîne commerciale.


La collection Zanzibar regroupe les films de Serge Bard, Philippe Garrel, Jackie Raynal, Patrick Deval, Olivier Mosset, Daniel Pommereul, et d'autres.

FUN AND GAMES FOR EVERYONE

1968 * 35mm * 1.66 Noir & Blanc * Sonore 53 minutes
Réalisation : Serge Bard
Financement : Sylvina Boissonnas
Directeur de la photographie : Henri Alekan
Musique : Barney Wilen & Sunny Murray
Casting : le public de la galerie Rive Droite, Michel Auder, Patrick Bauchau, Caroline de Bendern, Pierre-Richard Bré, César, Salvador Dalí, Alain Jouffroy, Jean Larcade, Amanda Lear, Jean Mascolo, Olivier Mosset, Sunny Murray, Jean-Pierre Raynaud, Barbet Schroeder

Contient un livret de 16 pages avec un texte de Serge Bard et un texte de Jackie Raynal.

> BONUS
Un Film Porno
de Olivier Mosset * 1968 * Super 8 mm * Couleur * Muet * 3 minutes 30 Avec / With Caroline de Bendern, Pierre Clémenti

« Fun and Games (for Everyone), film d'un noir d'encre et d'un blanc lactal enregistré live durant le vernissage d'une exposition d'Olivier Mosset. Sous une improvisa- tion psychédélique, se croisent, dans une image sola- risée, épaisse comme un trait de pinceau, les Zanzibar, Salvador Dalí, Barbet Schroeder, Jean Mascolo... » -- PHILIPPE AZOURY

« Bard, dans ce 2ème film, laisse à nouveau le champ libre à un va-et-vient incessant de parisiens qui assis- tent au vernissage du peintre minimaliste Olivier Mosset et dont l'expo consiste en 10 toiles, toutes similiaires, blanches avec des cercles noirs peints en leur centre. C'est la révolution qui critique l'art et la peinture... Et Serge qui critique le Cinéma ! » -- JACKIE RAYNAL

« (A propos de Fun and Games) La lumière peut devenir expression graphique sans modelé et dépersonnaliser les comédiens au point de leur "manger" le visage en supprimant tout détail et créer un environnement attractif. » -- HENRI ALEKAN

« Je n'avais rien à voir avec le film, il était juste tourné pendant mon exposition. » -- OLIVIER MOSSET


[...] dans Détruisez-vous de Serge Bard, Caroline jouait l'élève du poète Alain Jouffroy et repétait sa leçon assez simple à retenir. Le rebelle lui expliquait qu'il fallait détruire les banques et faire la révolution. Caroline répétait après lui d'une façon un peu maladroite. Un rôle ambigu. Elle se foutait de Jouffroy lorsqu'il expliquait, citant Breton, que l'acte surréaliste suprême consiste à descendre dans la rue et à tirer au hasard dans la foule. Caroline n'était pas favorable à une révolution sanglante. Elle pensait juste qu'il fallait changer le monde, qu'il fallait s'éclater comme beaucoup de gens à l'époque. Bard, le réalisateur, était étudiant en sociologie à Nanterre. Il fréquentait Cohn-Bendit et, juste avant 68, il avait décidé de faire un film financé par Sylvina Boissonnas, une héritière Schlumberger, mécène de l’extrême gauche et des féministes.Elle avait décidé de financer des films dans l'esprit de 68. Détruisez-vous, sorti en avril 68, était assez prémonitoire puisque la révolution allait éclater quelques semaines plus tard. Le film aurait dû s'appeler les fusils silencieux. Serge préféra reprendre un slogan qui fleurissait sur les murs de Paris.[...]
Dans le film de Bard, Caroline effectuait le geste qu'elle reproduira le 13 mai sur les barricades avec le drapeau. Le réalisateur pensait que son physique de mannequin était un atout : il pousserait les gens à faire la révolution... L'original de Détruisez-vous a brûlé. Il n'en reste plus qu'une copie comme pour ses autres films, Ici, maintenant et Fun and Games for everyone, tourné lors du vernissage d'une exposition d'Olivier Mosset.

Fabrice Gaignault in Égéries Sixties, Éditions J'ai lu, mai 2008. page 151

[...] je suis partie en Afrique avec Bard, Pommereulle et tout une équipe de tournage. C'était une idée de Serge. Le but : aller de Paris à Zanzibar. Il m'avait prise pour le rôle féminin principal. Le tournage devait durer six mois. Une folie financière ! Isabelle Pons nous apportait de la part de Sylvina des liasses de billet cachées dans ses bottes. On ne se rendait absolument pas compte des réalités africaines. Lorsque nous sommes arrivés, exsangues, à Tamanrasset, Serge a décrété qu'il avait besoin de davantage de matériel. Il n'avait pourtant rien filmé ! Il est reparti en nous plantant dans le désert. On est restés à végéter là pendant quelques mois, puis on est partis un beau jour pour le nord du Niger. Serge a débarqué en nous annonçant sa conversion à l'Islam, une religion qui proscrit les images. Il était désormais hors de question pour lui de faire le film. Les techniciens se sont cassés. Notre mécène, Sylvina, a trouvé que la plaisanterie avait assez duré. Elle nous a coupé les vivres. On s'est retrouvés sans un sou et on a dû rentrer en Europe rapidement, via le mali. La situation était devenu comique : Bard avait affirmé qu'en tant que femme, donc impure, je ne devais plus partager les repas avec des hommes.

Caroline de Berdern in Égéries Sixties de Fabrice Gaignault, Éditions J'ai lu, mai 2008. page 154

Serge Bard est devenu un fou d'Allah. Il nous affirmait qu'il avait eu une illumination au Mali. Après avoir changé son prénom pour celui d'Abdullah, il s'est installé à La mecque, où il réside et travaille toujours. Serge est convaincu que le bon vieux temps de notre jeunesse furieuse est une époque diabolique qu'il faut expier. Pour lui, pas de doute, nous sommes tous dans l'erreur. Un jour, Garrel lui a avoué qu'il ne croyait pas en Dieu, et, à ces paroles sacrilèges, Abdullah (Siradj) m'a semblé proche de l'infarctus. Quand je pense que je l'ai connu, tout jeune étudiant venant d'une bonne famille protestante, comptant même quelques Juifs dans sa famille ! Je l'avais rencontré au cours de l'un des fameux happenings de Lebel, organisés dans le cadre du festival de la Libre Expression, auxquels je participais avec Pommereulle.

Mosset est un type insensé. Il peint des ronds et des monochromes depuis quarante ans. Il est devenu biker et vit dans un trou de l'Arizona. Il porte des cheveux longs, une barbe à la ZZ Top, et est couvert de tatouages.


Frédéric Pardo in Égéries Sixties de Fabrice Gaignault, Éditions J'ai lu, mai 2008

>> Détruisez-vous en vente sur theendstore.com
>> Fun and Games for everyone en vente sur theendstore.com

Jonas Mekas présente Fluxfriends / George Maciunas / John Lennon / Yoko Ono

Cet ouvrage - signé Jonas Mekas - propose de revenir sur le mouvement d'art contemporain Fluxus et de dévoiler "l'intimité" des membres éminents qu'étaient George Macinuas, Yoko Ono et John Lennon.

Fluxfriends - locution que nous avons préférée à la traduction littérale du titre original américain Trois amis, se moule sur les néologismes inventés par George Maciunas : Fluxhouses, FLuxboxes, Fluxfilms.

Fluxus a été proposé par George Maciunas comme titre d'une revue en octobre 1960, lors de la réunion à la Galérie d'Almus Salcius de jeunes lituaniens qui voulaient créer un lieu de rencontres culturelles pour la diaspora newyorkaise.[...]

Fluxus : emprunt de la langue latine signifie "qui coule".
Jean-Michel Bouhours



Fluxfriends relève d'une catégorie littéraire inédite, le livre de montage, en référence au film de montage, préférant à la linéarité d'un récit un assemblage savant d'archives, d'entretiens, de textes et d'extraits de journaux intimes qui utilisent nombre de figures de style de cinéma : le flashback, l'ellipse, la séquence, l'insert.

Mouvement artistique international majeur des années 60-70, Fluxus s'est insurgé contre la sacralisation de l'art, maniant l'humour, la dérision, l'insignifiance.

Ce livre montre la véritable nature de ce mouvement, au travers du prisme des amitiés entre quatre individus : George Maciunas, clown, personnage espiègle, inventeur de la planète Fluxus ; Yoko Ono, artiste japonaise expérimentale, plasticienne, musicienne, cinéaste ; John Lennon, membre des Beatles, star de la Pop Music, et enfin ; Jonas Mekas, poète, chroniqueur, cinéaste, auteur de Journaux filmés.


Cher lecteur,

Vous allez trouver dans ce livre des fragments de trois êtres humains dont les vies ont été inextricablement entremêlées par le destin.
Georges Maciunas - esprit et corps de Fluxus, véritable cirque Barnum du mouvement ; humoriste zen, génie de l'insignifiant et du subtil ; créateur de Soho et du mouvement du logement coopératif ; John John - le plus célèbre membre des Beatles, groupe dont l'influence a sans doute été la plus grande de notre temps, dont les activités après 1966 pourraient aisément relever à la fois du Zen et du Fluxus, et Yoko Ono, qui amena John à Fluxus et qui est inextricablement liée à la formation de Fluxus, à la fois par son art et par son amitié avec George - ces amis, dont les existences, l'art et les rêves de changer le monde avec leur art sont entremêlés. Il faudra bien des ouvrages pour véritablement mettre en perspective leurs personnalités et leurs œuvres complexes. Tous les trois, ils ont contribué de manière fondamentale au développement artistique de la seconde moitié du XXe siècle. Leur influence sera encore sensible au siècle suivant.
Ce livre ne contribuera que modestement à la compréhension de leur œuvre. Mais il m'a semblé que les informations qu'il contient permettront de mettre en lumière des périodes et des aspects de leur vie et de leur travail grâce à des renseignements impossibles à obtenir auprès d'autres sources
Je souhaite remercier un autre ami, Richard Foreman, pour m'avoir autorisé à reproduire son essai sur Yoko Ono ; Hollis Melton pour sa contribution sur Soho ; et j'aimerai remercier tout particulièrement Yoko Ono, pour tout


Jonas Mekas

Prix : 22 euro (quantité limitée)

> en vente sur theendstore.com
------------------------------------------------------
à noter qu'un dvd contenant les films Fluxus réalisés par Nam June Paik, Dick Higgins, George Maciunas, Chieko Shiomi, John Cavanaugh, James Riddle, Yoko Ono, George Brecht, Robert Watts, Pieter Vanderbiek, Joe Jones, Eric Anderson, Jeff Perkins, Wolf Vostell, Albert Fine, George Landow, Paul Sharits, John Cale, Peter Kennedy, Mike Parr, Ben Vautier est disponible auprès de THE END.


Dès le début des années soixante, Fluxus s'inscrit comme un héritage des avant-gardes futuristes et Dada, dans une logique des abandons face aux dictats des beaux-arts et de l'art officiel.
L'esthétique du mouvement comprend un gestuel réductif, en partie Dada, en partie Bauhaus, en partie Zen, et présume que tous les médias et toutes les disciplines artistiques sont une proie idéale pour la combinaison et la fusion. Perçu au début comme rien de plus qu'un réseau international de farceurs, les artistes
évidemment enjoués de Fluxus étaient, et restent, un réseau de visionnaires radicaux qui ont cherché à changer la perception politique, sociale, et esthétique.
L'Anthologie des Fluxfilms consiste en 37 courts métrages datant des années soixante. Ils étaient présentés à l'époque au sein des événements et happenings de l'avant-garde new-yorkaise comme des éléments d'environnements éphémères. Cette
collection de films s'étend de 10 secondes à 10 minutes et célèbre toute l'humeur éphémère du mouvement. Nous retrouvons ici le montage qu'à fait George Maciunas (1931-1978), fondateur du mouvement, de ses films avec ceux des artistes ci-dessus.
Contient un livret de 32 pages de Maeva Aubert sur les artistes Fluxus et leurs films.

Coming soon : Jonas Mekas / Walden


Poète et héros de la contre-culture américaine, Jonas Mekas, né en 1922 en Lituanie, est avec Walden l'inventeur du Journal filmé. Immense fresque du milieu artistique new-yorkais des années 60, Walden reste aujourd'hui un film essentiel.

«Depuis 1950, je tiens un journal filmé. Je me promène avec ma Bolex en réagissant à la réalité immédiate : situations, amis, New York, saisons. Certains jours je filme dix images, d'autres jours dix secondes, d'autres encore dix minutes, ou bien je ne filme rien. Walden contient le matériel tourné de 1964 à 1968 monté dans l'ordre chronologique. »Jonas Mekas

«Les films de Jonas Mekas célèbrent la vie, ils font oeuvre de résistance contre le monde envahissant de la marchandise et tentent de renouer avec les plaisirs que sont l'amitié, l'apparition de la première neige ou le retour du printemps. La génie de Jonas Mekas tient à cette générosité qu'il a de nous inclure dans sa vision du monde nous faisant ainsi (re)découvrir au détour d'une image, l'incroyable force et nécessité de la poésie.
»

Yann Beauvais



Dans les années 60, le cinéaste underground US organisait déjà la rencontre de Proust et de You Tube. Une ode à la mémoire.

Il existe encore quelques films majeurs de l’histoire du cinéma que personne ou presque n’a vus. Walden fait partie de ceux-là. Tourné entre 1964 et 1968, sorti en VHS en France en 1997, ce chef-d’œuvre de la contre-culture US, du cinéma dit “expérimental” et des images du XXe siècle en général est longtemps resté bloqué dans son écrin de bande magnétique. Son éditeur considérait qu’un DVD affaiblirait le grain si particulier d’un film de Jonas Mekas. Le débat semble clos et on ne regrettera pas d’avoir attendu une éternité. (Re)voir Walden aujourd’hui permet l’expérience d’un double mouvement, pas si contradictoire : retour aux sources et visite dans un futur dont on rêve.

Comme presque toute l’œuvre de ce pilier de l’underground new-yorkais, Walden est composé d’une copieuse agglomération (trois heures) de “haïkus visuels” tournés avec une caméra Bolex 16 millimètres, qui permettait arrêts sur image, ralentis, accélérés, surimpressions, le tout sans passer par l’étape du montage. Ce cinéma primitif, aux coutures naturelles, s’enfouit sous la peau du réel pour en tirer la lumière. Matrice du home-movie, Walden ne propose “ni tragédie, ni drame, ni suspense”, comme le clame la voix off quasi chantée. Saison après saison, Mekas filme son quotidien et le sublime grâce à son art stupéfiant du détail. Entre la Factory de Warhol, un concert du Velvet Underground featuring la fameuse danse du fouet de Gerard Malanga, un goûter d’anniversaire, une manif à Manhattan, une fleur tout juste éclose, un oiseau posé sur un banc, tout est filmé à égalité, ramené à sa condition essentielle : juste une image, que l’on pourrait presque toucher, que l’on voudrait habiter.

Une fois le tremblé épileptique assimilé (à l’heure de la caméra-téléphone portable, ce n’est pas difficile), Walden apparaît comme une ode déchirante à la mémoire, le mausolée d’une vie hantée par la perte. Le tout dans la plus grande atmosphère de joie possible. Allez comprendre.

Emigré de Lituanie avec sa famille dans les années 1940, Mekas a trouvé avec le cinéma un nouveau pays, comme il ne cesse de le clamer aujourd’hui encore à 86 ans. C’est pourquoi la moitié de son activité depuis les sixties, en plus de faire des films, a consisté à archiver ceux des autres dans le cadre de l’Anthology Film Archive, cinémathèque new-yorkaise de l’underground qu’il a créée. Pour tout cela, Jonas Mekas devrait aussi s’appeler Mister Memory.

On espère qu’il dépassera avec ce DVD le cercle habituel de ses fans, tant sa conception du cinéma épouse en toute simplicité l’ère YouTube. Mekas avait lui aussi eu l’idée, il y a plus de cinquante ans, de filmer le quotidien sur le vif. Mais avec un désir de beauté né chez Henry David Thoreau et Marcel Proust. Proust + YouTube ? Le futur, on vous dit.

Un livret de 150 pages contenant la traduction française des dialogues du film et des textes inédits de soixante auteurs, dont des protagonistes du film.


Olivier Joyard pour Les Inrockuptibles

prochainement disponible à la boutique