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Un festival dans ton salon

Transformers, La Planète des Singes : l'affrontement, les Gardiens de la Galaxie, Black storm, autant de film de studios qui vont inonder dans les prochains jours les écrans français. Des chanceux dont le succès est programmé dès aujourd'hui.

Pour d'autres, la salle reste un graal qu'ils auront connues de manière éphémère.

Trois sorties dvd viennent rappelées aux cinéphiles français les affres de la distribution du cinéma de genre dans l'hexagone.
John dies at the end, The Rambler et Replicas, tous diffusés durant des festivals bien connu des amoureux de "série B" à savoir l’Étrange Festival et le Pifff (Paris International Fantastic Film Festival) connaissent enfin une sortie... dvd.

Et oui car si la quasi généralité des blockbusters américains sont des films fantastiques ou de sciences fictions, de plus en plus de film plus modestes (et pourtant très originaux) n'ont plus de droit de cité dans les cinés. Faute de place ? des distributeurs manquant d'audace ?

Un triste constat qui est certes atténué par cette salve de dvd.

Commençons par le plus "anciens" de ce trio de dvd avec John dies at the end de Don Coscarelli. Adapation de l'ouvrage éponyme écrit par David Wong, John dies at the end fut projeté lors de la seconde édition du Paris Fantastic Film Festival en 2012.
C'est donc deux longues années qu'il aura fallu attendre (en vertu des lois françaises) pour revoir cet incroyable ovni du réalisateur de Phantasm et de Bubba Ho-tep.

Sur un rythme enjoué et une vitalité créative sans limite, John dies at the end nous plonge dans un univers barré dont on retrouve quelques réminiscence de l'univers de Cronenberg, époque Existenz.

John et Dave, deux jeunes losers attachants, vont tester le pouvoir d’une drogue surpuissante, la « Soy Sauce », et découvrir une réalité alternative peuplée de démons...
 
Le second titre a trouver la direction de notre lecteur dvd est The Rambler de Calvin Lee Reeder. Après le très remarqué The Oregonian (bête de festival :  Laussanne Underground Film Festival, Étrange Festival) ayant connu une exploitation en salles par Tanzi Distribution, ce second long-métrage n'aura pas la même chance puisque il faudra se contenter d'un dvd.


Après sa sortie de prison, the Rambler tente de renouer avec son ancienne vie. Mais beaucoup de choses ont changé de pusi son absence... Desormais sans attche il se lance dans un mystérieux voyage à travers les routes sinueuses et mal fréquentées de de l'Amérique pour retrouver son frère disparu.

Etrange, poétique, gore, The Rambler trace un cinéma unique bien qu'il est un je ne sais quoi de Lynch dans son traitement de la campagne américaine. Etonnant dans son traitement, visuellement abouti, espérons que The Rambler permette à The Oregonian de trouver son chemin vers les revendeurs de dvd.

Finissons par la troisième sortie ayant connu le grand écran d'un festival avec Replicas. Vu au Pifff sous le titre In their Skin, ce premier film reprend son identité première pour l'exploitatin vidéo. Un traitement à l'image du synopsis du film fondé sur le remplacement d'une famille par une autre.

Après la mort accidentelle de leur fille de 6 ans, la famille Hughes quitte pour un temps sa vie urbaine et frénétique pour trouver le calme et le recueillement dans une maison de campagne, au milieu de nulle part. Une nuit, le dîner est interrompu par l’irruption d’une famille d’inconnus prétendant s’être égarés. Mais petit à petit, la soirée va se transformer en cauchemar éveillé car cette famille n’est pas tout à fait comme les autres… 

Autant vous le dire tout de suite, ce long-métrage est peut-être le plus faible des trois car étant dans un créneau pour le moins connu et dont les codes ne sont plus à exposer, le Home invasion. De manière habile le réalisateur joue avec les temps morts, les tensions et sur les attentes (perverses) du spectateurs. Mais trop le carcan du genre limite l’inattendu.

En lieu et place de Replicas, nous aurions préféré revoir Crave, autre film de genre vu au Paris International Fantastic Film Festival et qui à ce jour n'a toujours pas connu une exploitation salle ou vidéo.

Patience.

FFF #1

Pour tous les amateurs de rock hexagonal, FFF est la Fédération Française de Fonck. Pour les amoureux du ballon rond, FFF est la Fédération Française de Foot. Et pour tout cinéphile porté sur le Bis et sur l'érotisme, FFF sera le Festival du Film de Fesse, première édition.

Si la France regorge de manifestation LGBT (Lesbiennes, Gay, Bi, Trans), où la sexualité est au centre de certains films, les hétéros n'avaient jusqu'à ce jour aucun festival pour découvrir les films érotiques présents ou passés.

Saluons donc comme il se doit l'initiative d'une telle manifestation au cinéma Le Nouveau Latina que de proposer à partir du mercredi 25 juin et ce pendant 5 jours une sélection de films qui n'ont plus (ou presque) le droit de cité dans les salles obscures.


Le Festival propose une rétrospective consacré à Jean-François Davy, réalisateur français ainsi qu'une sélection de long et court-métrage.

Programme :
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MERCREDI 25 JUIN
20h vernissage et lecture au Salon Rouge
22h Soirée d'ouverture - programme de courts métrages
Curiosité érotiques du début du XXE siècle
Prehistoric Cabaret / Bertrand Mandico
While the Unicorn is watching me / Shanti Masud
Nectar / Lucile Hadzihalilovic
Tapobrana / Gabriel Abrantes

JEUDI 26 JUIN
20h Bananes Mécaniques / 1972 / Jean- François Davy
22h Projection surprise / 2013 /

VENDREDI 27 JUIN
20h Boro in the box / Living Still Life / 2011 / 2012 / Bertrand Mandico
22h Prenez la queue comme tout le monde / 1973 / Jean-François Davy

SAMEDI 28 JUIN
20h El Tercero / 2014 / Rodrigo Gerrero
22 Q, / 1973 / Jean-François Davy

DIMANCHE 29 JUIN
20h Exhibition / 1975 / Jean-Françaois Davy
22h Exhibition 79 / 1979 / Jean-François Davy

Plus d'infos sur la page facebook du Festival

La Femme Bourreau | Luna Park Films

La naissance d'un éditeur est toujours un moment unique. Pouvoir y assister est une chance (rare) à laquelle le distributeur Luna Park Films invite chaque cinéphile un brin curieux à venir à leur rencontre le samedi 14 juin, à partir de 15h30, à la galerie Éof (15 rue Saint Fiacre, Métro Bonnes nouvelles / Grands Bouvelards).

Luna Park Films est née de la rencontre entre Cécile Daul, Francis Lecomte et Anthony Magnoni. Si ces noms ne vous évoquent rien, Francis Lecomte est le gérant du label Choses Vues (éditeur des films de Pierre Clementi en dvd) et Anthony Magnoni va rentrer dans la danse des fans éditeurs avec la parution du premier numéro de son fanzine Back to the movies consacré au réalisateur américain Lee Frost. On y reviendra le moment venu.

Première sortie salle (annoncé en fin d'année 2014), La Femme Bourreau émerge des limbes du cinéma français grâce à ce label qui nous offre une magnifique affiche que nous espérons voir très vite au fronton du plus grand nombre des cinémas (arts & essais) hexagonaux.


Dans le Paris des années 60, d'insolites crimes en série troublent la tranquillité publique. Le 22 mars 1968, Hélène Picard, prostituée condamnée à mort en 1966 pour meurtres multiples de consoeurs, est exécutée par Louis Guilbeau, bourreau de son état. Alors que des crimes, similaires à ceux d'Hélène Picard, reprennent inexplicablement, Louis G. noue une intrigue amoureuse avec Solange, l'inspectrice chargée de l'enquête...

Réalisé par Jean-Denis Donan en 1968, peu avant les célèbres événements, La Femme Bourreau, s'avère, au vu des photos, un film atypique dans la production française. Ce seul et unique long-métrage de son réalisateur  - qui a réalisé des courts métrages en noir et blanc (dont les rares images qui ciruclent attisent tout autant la curiosité) - navigue entre les genres (policier, érotique, drame).

Pour l'anecdote, Tristesse des anthropophage, le premier court de Jean-Denis Donan, a pu voir le jour grâce au cinéaste Jean Rollin (La Vampire Nue, Requiem pour un vampire) qui fait également une apparition dans La Femme Bourreau.

Donc, vous l'aurez compris, si vous souhaitez découvrir un réalisateur méconnu, un label ambiteux, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

Le programme du samedi 14 juin :
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Rencontre, projections DJ sets (Patrice Caillet, Opération Kangourou, Radio On...) Stands DVD, livres, disques (Choses Vues, PPT/Stembogen) -

15h30 | Ouverture au public
16h30 | Projections de raretés du cinéma américain et soviétique (présentation de Francis Lecomte / Choses Vues)
18h30 | Présentation de Luna Park Films (en présence de Jean-Denis Bonan).
19h30 | Projection du court métrage Tristesse des anthropophages (1966) et bande annonce de La Femme bourreau (1968), deux films de Jean-Denis Bonan distribués par Luna Park Films.
21h00 | Projection surprise (extrait d'un long métrage) - Musique

source : Luna Park Films

Alleluia / Fabrice du Welz (2014)

Enter the void, Un lac, 4 mouches de velours gris, Cul de Sac, Duel dans le Pacifique, Jackie Brown, L'ultime Razzia, Means Street, toutes ces œuvres sont des troisièmes films.

Allelulia est le troisième long-métrage de Fabrice du Welz

Manipulée par un mari amoureux et jaloux, Gloria s’est sauvée avec sa fille et a refait sa vie loin des hommes et du monde. Poussée par son amie Madeleine, Gloria accepte de rencontrer Michel via un site de rencontre. La première fois qu’ils se voient, il se passe quelque chose. Michel, le petit escroc bas de gamme, est troublé et Gloria tombe éperdument amoureuse. Par peur, Michel se sauve mais Gloria va le retrouver et lui faire promettre de ne plus jamais la quitter. Prête à tout pour sauvegarder cet amour, elle abandonne sa fille et se fera passer pour la sœur de Michel afin que celui-ci puisse continuer ses petites arnaques. Mais la jalousie gangrène peu à peu Gloria...

Le troisième film est bien souvent la confirmation d'un talent, d'un univers. Alléluia pose un véritable problème tant ce film n'était pas destiné à être le troisième long-métrage officiel de son réalisateur Fabrice du Welz.

A l'origine, Colt 45 aurait dû être le troisième effort de Fabrice du Welz après Calvaire et Vinyan. Mais pour  d'obscures raisons, ce polar reste sur les étagères du producteur ? du distributeur ?

Sans Benoit Debie à la photo, mais avec Manuel Dacosse (Amer, L'étrange couleurs des larmes de ton corps), Alléluia ressemble à un projet prématuré, du à un accouchement aux forceps tant la greffe entre les inspirations (expérimentales, mystiques, horrifiques, burlesques) aboutit à un collage protéiforme.

Avec Alléluia, on a l'impression que Fabrice du Welz fait pire que du sur place, il régresse tant ce troisième métrage ressemble à s'y méprendre à un premier film ambitieux, aux influences disparates, à la folie étonnante. Arrêt ou nouvelle direction, seule la sortie de Colt 45 pourra nous dire la ligne que souhaite suivre Fabrice du Welz pour la suite de sa carrière.

Diffusion du film dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des réalisateurs au forum des images.

> vendredi 30 mai à 20h00
> vendredi 5 juin à 18h45


Lech Kowalski, cinéma à vif

Si le nom propre Kowalski était un mot commun, celui-ci pourrait vous rapporter 25 points minimum au scrabble.
Mais Lech Kowalski n'est pas commun et a trainé sa caméra dans les caniveaux de l'underground. Témoin privilégié de la naissance de la contre culture américaine, d'un cinéma d'avant garde forgé à coup de réalisme violent, le cinéma de Kowalski sera présenté à la Villa Arson mercredi 4 juin 2014 en sa présence dans le cadre d'une programmation "Cinéma contemporain, au vif".

En 2010, la Cinémathèque française proposait une rétrospective de son travail. Voici le texte de Nicole Brenez présentant le cinéaste :

Lech Kowalski, une émeute à lui tout seul
L'œuvre de Lech Kowalski, formé à l'Ecole d'Arts Visuels de New York, assistant de Shirley Clarke puis de Nam June Paik, accomplit l'idéal d'un cinéma populaire, c'est-à-dire par et pour le peuple, recueillant les manifestations emblématiques de l'énergie expressive en fusion que libèrent les colères, les désirs et les désespoirs contemporains. Son travail couvre trente ans d'histoire de la contre-culture, plusieurs continents et nombre des figures de la marginalité : musiciens, porn-stars, prostituées, junkies, mercenaires, sans-abris, clandestins, anciens prisonniers, tziganes... On y trouve même un cinéphile (Peter Scarlet en 2003, s'efforçant de ranimer le cinéma en Afghanistan). Commencée à l'écoute fraternelle des exorcismes punk (Johnny Thunders, les Ramones, les Sex Pistols), avec une brève mais splendide incursion dans l'émergence du hip hop (Breakdance Test), l'œuvre s'élargit progressivement aux situations et révoltes collectives pourvu qu'elles restent aussi rugueuses et spontanées que les prestations vocales d'un Joey Ramone à ses débuts. Lech Kowalski incarne en cinéma le mouvement punk : excitation maximale à la rencontre de singularités inassimilables qui obligeront le grand corps social inerte à se déplacer lentement, face à face extralucide avec la misère (sociale, mentale, sexuelle...), refus de la préservation de soi, foudroyante crudité stylistique, le trash comme résurrection critique du naturalisme. L'art non comme produit émouvant mais comme émeute productive. Cela nous vaut quelques films désormais fameux : D.0.A. (1981, sur la tournée des Sex Pistols aux Etats-Unis), On Hitler's Highway (2002, rencontres de laissés pour compte au long d'une autoroute construite par les nazis et qui mène à Auschwitz), À l'Est du Paradis (2005, portrait de sa mère déportée en Sibérie et autoportrait de l'artiste en déviant américain) et bien d'autres classiques instantanés. Avec quelques complices, en 2008 Lech Kowalski crée l'entreprise Camera War, usage exemplaire des possibilités logistiques et esthétiques actuelles en matière de guérilla visuelle. (camerawar.tv). "Chacun est en recherche d'une expérience mieux partagée, pure et délivrée des intérêts financiers. La montée de l'activité, de la créativité et de la rébellion à laquelle nous avons assisté en 2008 et 2009 partout dans le monde est une part de la guerre en cours. La fabrique de la propagande et de la publicité ne fonctionne plus aussi bien qu'auparavant. Les corporations paniquent. Les peuples le sentent et s'agitent. Voyons où cette énergie sans repos va nous mener." (Lech Kowalski, 2010). Grand événement le 5 novembre : en compagnie de Mimetic, Lech Kowalski se livre à un mix en direct qui constitue le lancement de son prochain projet filmique, une fresque intitulée "The End of the World Starts With One Lie".

Nicole Brenez / Cinémathèque Française
WINNERS AND LOSERS / 2007

La finale de la coupe du monde de football de 2006 opposant l'Italie à la France, rendue célèbre par le très médiatisé coup de tête de Zidane à Materazzi, est filmée dans le dernier documentaire de Lech Kowalski sans jamais montrer les joueurs, du côté des acteurs invisibles et pourtant indispensables au succès d'un tel événement: les supporters.
Ces derniers sont présentés entre Rome et Paris, dans leurs maisons, dans les cafés, dans les stades regardant le match sur un écran. Véritables miroirs de la société moderne, ces nouvelles stars suivies pendant la finale, sont dépeintes dans toute leur complexité dans un quotidien bien particulier.
Au-delà de la tension, du nationalisme provoqué par un tel événement, de l'enthousiasme ou de l'agressivité, Winners and Losers aborde la nature humaine avec beaucoup de tendresse, d'humour et de réalisme
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> mercredi 4 juin à 19h00

HOLY FIELD, HOLY WAR /2014

Partout dans le monde, les petits agriculteurs sont menacés. Leur lutte pour survivre se fait loin des caméras et des médias.
En Pologne, un pays où plus de 60% de la surface est occupée par l’agriculture, de nouveaux acteurs sont en compétition pour s’accaparer les terres. Ce qui se passe en Pologne est un avertissement à prendre au sérieux

> mercredi 4 juin à 21h00

Ces deux films sont inédits en dvd.

Seulement trois films de Lech Kowalski sont disponibles en dvd :


Cracovie, un petit groupe de punks fabrique des chaussures en cuir pour survivre, mais aussi pour fouler le sol des rues comme bon lui semble. Le film nous plonge rapidement en noir et blanc dans ce petit microcosme qui se crée ses propres règles, tout en s’inscrivant dans le système qu’il rejette. Sans aucun commentaire, le cinéaste Lech Kowalski suit la petite entreprise artisanale dans son quotidien rythmé par les coups des marteaux et les chansons anarchistes. Les rapports se tissent, entre machines d’atelier et guitares électriques, entre aiguilles à coudre et seringues. Petit à petit la fabrique se perfectionne, les vies s’organisent, le film retrouve alors la couleur dans une deuxième partie où certains changements se font sentir. La caméra se promène, discrète mais toujours totalement immergée dans les événements. Elle ose le très gros plan, n’hésitant pas à mettre en évidence les aspérités du cuir et les cicatrices de la peau. Les images sont tactiles, tout se ressent.
The Boot Factory nous confronte de manière directe avec le réel, dans un rapport de proximité parfois poussé à l’extrême. Le film traduit la brutalité des situations par ses mouvements de caméra inattendus et ses brusques changements de point de vue. Les bruits sont incisifs, la musique envahissante, les plans s’assemblent et s’entrechoquent. Tout fait de ce film un produit brut. Pourtant, derrière l’apparente spontanéité des images se cache une réelle maîtrise cinématographique. Lech Kowalski observe de manière très intime ce qui se fait et se défait sous ses yeux tout en gardant la distance nécessaire. Il réussit habilement à filmer les pas des protagonistes, n’oubliant pas qu’il est aussi important de filmer les empreintes qu’ils laissent derrière eux.



Début des années 80, le Lower East Side à New York. Ici gît, sous un préau de fortune et dans un terrain vague boueux, une cantine tenue par des sans-abri, coincée entre des immeubles carbonisés et une longue haie de grillages. Une femme coiffée d'un képi et un quinquagénaire barbu portant un haut-de-forme aux couleurs des États-Unis, s'affairent autour d'une vaste cuve où mijote la soupe... La fameuse «soupe aux cailloux» décrite par la fable, préparée à partir d'aliments chapardés, négociés auprès des restaurateurs, donnés par des voisins et cuite grâce à du bois récupéré dans la rue. Des clients, jeunes et immigrés pour la plupart, parfois drogués, viennent chercher ici de quoi survivre ainsi qu'un peu de réconfort. Un refuge cependant condamné à disparaître, à être remplacé par des logements pour personnes âgées démunies. À l'heure des négociations avec les autorités, le débat est houleux et dégénère. Sous le regard gêné des conseillers, vieilles dames et jeunes sans-abri s'affrontent, haranguent le public... À la manière du cinéma direct de Wiseman, l'empathie en plus, Lech Kowalski filme avec une sympathie non dissimulée et un réalisme imposé, une marginalité qui s'organise, ce fameux vœu pieu anarchiste confronté à l'ordre gouvernemental. D'un noir et blanc soigné au cadre parfaitement maîtrisé, Rock Soup tranche sur l'esthétique habituelle du réalisateur, tout en préservant son regard si particulier, partagé entre romantisme révolutionnaire et pragmatisme désabusé.


C’est en 1974 à New York que se forme l’un des groupes mythiques de la scène punk-rock, les Ramones. Avec leurs jeans déchirés, leurs blousons en cuir noir et leurs riffs insistants, ils furent les pionniers du mouvement, et lui gagnèrent ses lettres de noblesse. En 1989, Dee Dee Ramone, bassiste du groupe et l’un de ses membres fondateurs, quitte les Ramones et se lance dans une carrière solo, avant de les retrouver brièvement à la fin des années 90.
Dans Hey Is Dee Dee Home, Lech Kowalski réalise une interview de celui qui composa les plus grands morceaux des Ramones. Filmé en plans fixes, assis seul au milieu des ténèbres, la vulnérabilité de cette figure légendaire du rock estencore accentuée par un éclairage qui creuse les traits de son visage. Dee Dee nous livre les démons d’une vie faite d’extrêmes, et dresse le portrait de l’univers de la punk, très sex, drug and rock’n’roll. À travers le catalogue de ses nombreux tatouages, chacun relié à un événement marquant, il revient sur sa carrière, ses amis musiciens, son naufrage dans la drogue et ses tentatives pour en sortir.
À la fin de l’interview, les applaudissements de l’équipe de tournage sortent Dee Dee de sa solitude et le ramènent parmi les vivants. Ce répit ne sera pourtant que de courte durée, puisqu’il sera retrouvé mort quelques semaines plus tard, victime d’une overdose d’héroïne.

source : L’Éclat / Lech Kowalski / La Cinémathèque française

Les sorties de l'été 2014

Traditionnellement, l'été est la saison propice pour découvrir en salle les blockbusters. Si cette période débute de plus en plus tôt (The amazing Spider-man 2 a ouvert les hostilités le 30 avril dernier), chaque semaine jusqu'au mois d’août va avoir lieu un déferlement de suite, de franchise et autres films survitaminés made in Hollywood. Et les prévisions pour l'année 2015 confirme cette (triste ?) tendance.

Pour autant, la France a depuis plusieurs années, décidé de consacrer l'été comme la période idéale pour envoyer les cinéphiles s'enfermer dans les salles obscures pour (re)découvrir des œuvres cultes ou méconnues.

Dès mercredi (28 mai), le distributeur Swashbuckler Films ressort en salles le mésestimé Dressé pour tuer aka White Dog de Samuel Fuller (1912-1997).

Un chien, dressé pour attaquer les Noirs, est recueilli par une jeune femme qui cherche à lui faire oublier la haine.

Samuel Fuller (Naked Kiss, Au delà de la gloire, Shock Corridor, Le Port de la drogue), Curtis Hanson (L.A Confidential), Romain Gary et Ennio Morriconne. Voulez-vous d'autres raisons pour découvrir ce joyau méconnu du cinéaste américain ?

Swashbuckler Films continuera son travail d'exhumation avec le 9 juillet, la reprise d'un Sidney Lumet (1924-2011), Le Prêteur sur gages (1963).



Sol Nazeman a vu disparaître sa femme et son fils dans les camps de la mort. Rescapé de la Shoah, il a quitté l'Allemagne et vit aujourd'hui à Harlem où il exerce le métier de prêteur sur gages. C'est un homme froid, sans émotion, que ce soit dans ses affaires qu'il mène avec un détachement glacial ou dans ses relations aux autres. Sol est en fait accablé par les souvenirs des camps, par la culpabilité du survivant. Son cœur détruit a besoin d'un électrochoc pour recommencer à battre. Celui-ci va venir de son jeune commis qui essaye maladroitement, ne sachant rien de son passé, de le sortir de sa carapace... 

Spécialiste des adaptations, pièce de théâtre  (L'Homme à la peau de Serpent, Equus, La Colline des hommes perdus, La Mouette, The Offence), de nouvelle (Serpico, Contre-enquête) Sidney Lumet a une carrière exemplaire qui serait de bon ton de réhabiliter. Cette rareté vient ajouter une preuve supplémentaire de son talent.

Une semaine avant, l’éditeur dvd Malavida proposera deux films de Bertrand Mandico dans un double programme où l'étrangeté flirtera avec le bizarre, quelque part entre Lynch et Jan Švankmajer.

BORO IN THE BOX / 2011
De sa conception épique à sa mort cinématographique, le portrait fantasmé et fictif du cinéaste Walerian Borowczyk (dit Boro). Boro in the box découvre un monde cruel et obscène, traverse des aventures sensitives et organiques, de la Pologne à Paris, au coeur d’un abécédaire fantasmagorique. 

LIVING STILL LIFE / 2012
Dans un monde en déliquescence, Fièvre, une femme mystérieuse,collecte des animaux morts et leur redonne vie en les filmant image par image. Un jour, elle reçoit la visite d'un homme. Sa femme est morte.... 

Jusqu'à présent, l’œuvre de Mandico était réservée aux festivaliers, qu'il s'agisse de ceux de Cannes (Quinzaine des réalisateurs) ou de Bucarest (Bucharest International experimental film). Grâce à cette sortie salles, que l'on imagine réduite, ce secret du cinéma français risque d'avoir une exposition plus importante.

Finissons ce tour d'horizons des sorties de l'été avec nos deux coups de coeur.

A l'instar de Sidney Lumet, Frankenheimer(1930-2002) est considéré comme un honnête artisan, auteur de quelques réussites (Un crîme dans la tête, Grand Prix, Le Train) mais son parcours réserve bien des surprises, et L'Opération Diabolique (1967) en est une !
 
Un homme d'âge mur, déçu par son existence monotone, reçoit un jour un coup de téléphone d'un ami qu'il croyait mort. Celui-ci lui propose de refaire sa vie en simulant sa mort. Il finit par signer un contrat qui lui permet de changer de visage et de repartir de zéro mais tout a un prix et cette nouvelle existence n'ira pas sans poser quelques problèmes.

Faisant le tour des festivals alternatifs (Paris International Fantastic Film Festival, Hallucinations Collectives), Seconds montre que Hollywood a toujours volontairement ou non, le lieu où des œuvres à la limite de l'expérimental pouvait être produite.

Autre exemple avec Cutter's Way (1981), exploité en France et disponible en dvd sous le titre La Blessure des possibilités qu'avait Hollywood à produire, jusqu'au début des années 80, des œuvres dénuées de toutes velléités mercantiles et ne rentrant dans aucuns moules.
Alex Cutter a été traumatisé après la guerre du Vietnam. Son handicap a ruiné sa vie professionnelle et affective. Son ami Richard assiste à un meurtre et croit reconnaitre l'assassin. Mais celui-ci est soupçonné. Les deux compères vont mener l'enquête...

Suivant l'exemple de son compatriote Milos Forman, Ivan Passer scénariste des Amours d'une blonde et de Au feu les pompiers, tente l'expérience américaine en 1971 avec Né pour vaincre. De cette période, peu de film sortent du lot, La Blessure est sans aucun doute son projet américain le plus abouti.

Cette version restaurée et distribuée par Carlotta redonnera toute l'ampleur à ce film oublié, coincidant au même titre que La porte du paradis de Michael Cimino, sorti la même année, comme la fin du Nouvel Hollywood.


Merci à Jean-Sylvain qui a permis à l'auteur de ces quelques lignes de découvrir ce long-métrage étonnant et envoutant.

Grandrieux, cinéaste épileptique


Si Philippe Grandrieux n'a pas encore retrouvé les salles obscures pour un nouveau film après Sombre, Une Vie nouvelle et Un Lac (disponible en dvd sur theendstore.com). Cet auteur français pour le moins iconoclaste - dont nous évoquions toute la singularité ici - n'est pas pour autant inactif.

Ainsi, il sera possible de découvrir le dimanche 4 mai à 11h30 à la Cinémathèque de Paris son film WHITE EPILEPSY (2012). 68 minutes pour retrouver cette hypnotisante bulle que représente le cinéma de Grandrieux. Arraché de l'espace temps d'un cinéma français moribond et arcbouté sur des schémas narratifs éculés, Grandrieux nous propose comme à chacune de ses œuvres une expérience de cinéma totale donnant tout son sens à la découverte en salle obscure.



Le film sera suivi par une rencontre avec Philippe Grandrieux.

Les figures qui hantent le film ont une réalité étrange, envahissante. Elles sont soumises à des forces souterraines qui les relient entre elles. Leurs actes répondent à une injonction que nous ne pouvons pas comprendre, à laquelle nous n’avons pas accès, mais dont nous pressentons l’impérieuse souveraineté. Une humanité ancienne, archaïque, répète au cœur de la forêt les scènes défaites d’une cérémonie. C’est un rêve ou un cauchemar. Le récit est tissé par la peur, la sexualité et notre animalité qui sourd à fleur de peau. Le film se construit par un agencement d’intensités affectives par lequel se développe la narration, un agencement d’intensités nerveuses. Cette narration particulière conduit celui qui regarde le film à éprouver le monde de White Epilepsie depuis ses expériences intimes de la peur et du désir, depuis l’entrelacement affectif qui est le sien.
Philippe Grandrieux
Le moi de mai sera définitevement l'occasion (pour les parisiens) de découvrir les dernières réalisations de Grandrieux. Son documentaire, Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution, sur le cinéaste japonais Masao Adachi sera diffusé au Forum des Images dans le cadre du Mois Documentaire, le mardi 13 mai à 19h00.
Réalisateur, scénariste, critique, théoricien, poète, acteur, activiste, prisonnier politique… Masao Adachi né à Fukuoka en 1939 mène un indéfectible combat contre toutes les formes d'oppression. Il est une figure cardinale de la contre-culture japonaise des années 60/70. Fasciné par le mouvement surréaliste, il en fait le prisme fondateur de sa pensée et de sa démarche cinématographique... En 1974 il s’engage durablement pour la cause révolutionnaire palestinienne, rejoignant les rangs de l’Armée Rouge Japonaise et devenant l’un de leurs théoriciens et leaders politiques. On ne sait que peu de choses de ses 23 années d’activités clandestines, jusqu’à son arrestation au Liban en 1997. Extradé en 2001 au Japon, il est libéré après deux ans d’emprisonnement et interdit de sortie du territoire. Dans la foulée il publie une autobiographie Cinéma/Révolution. Après 35 ans d’absence il réalise Prisoner/Terrorist (2007) dans lequel il revient sur son engagement révolutionnaire. Il prépare actuellement un documentaire sur les centrales nucléaires au Japon.

Premier documentaire d'une collection qui se veut "tête chercheuse" de cinéaste méconnu réalisé par des réalisateurs. Cette série se veut un prolongement de ce qu'un André S. Labarthe a pu produire avec l'anthologie "Cinéaste de notre temps".

Ce film documentaire de 74 minutes est le parfait bonus pour approfondir la vision et la compréhension d'un cinéaste quasi invisible aujourd'hui, de l'ouvrage publié en 2012 par Rouge Profond Le Bus de la Révolution passera bientôt près de chez toi", retraçant le parcours d'un acteur important du cinéma guerilla durant les années 60 au Japon.

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SombreSombre /1998
Jean tue, il rencontre Claire, elle est vierge. Claire aime Jean. Elle reconnaît à travers les gestes de Jean, sa maladresse, sa brutalité, elle reconnaît ce qui obscurément la retient elle aussi hors du monde. Et jusqu'alors frappée de désespoir, du désespoir d'une vie non vécue, cet homme la redonne à la lumière. C'est un conte. L'amour est ce qui nous sauve, fut-il perdu, d'emblée perdu.

Un Lac
Le Bus de la Révolution...Un Lac / 2009
Le film se déroule dans un pays dont on ne sait rien, un pays de neige et de forêts, quelque part dans le Nord. Une famille vit dans une maison isolée près d’un lac. Alexi, le frère, est un jeune homme au cœur pur.  Enclin à des crises d’épilepsie, et de nature extatique, il ne fait qu’un avec la nature qui l’entoure. Alexi est très proche de sa jeune sœur, Hege. Leur mère aveugle, leur père et leur plus jeune frère, observent en silence cet amour incontrôlable.

Le Bus de la Révolution passera bientôt près de chez toi / Masao Adachi
« En tant que créateurs, nous possédons d’une part la fermeté, la ténacité et l’hétérogénéité du corail et, de l’autre, la capacité de croissance des plantes héliotropes. » (1967). Cinéaste révolutionnaire en lutte contre l’impérialisme, Masao Adachi a rédigé de nombreux écrits accompagnant son trajet engagé, dont presque trois décennies se déroulèrent dans la clandestinité et une part en prison : manifestes, chroniques, journaux, analyses de films « frères » (Kôji Wakamatsu, Nagisa Ôshima, Jean-Luc Godard, Glauber Rocha, R. W. Fassbinder…). Il s’y déploie une théorie de l’art comme action et une théorie de l’activisme soucieuse d’expérimenter en toutes choses et en tous lieux, dans les rapports avec autrui, dans les gestes de luttes, dans les usages de la langue. Rarement trajet de cinéaste fut plus radical, inventif et fidèle à ses idéaux d’émancipation. Auteur de chefs-d’œuvre (A.k.a Serial Killer, Prière d’éjaculation, Armée Rouge/FPLP : Déclaration de guerre mondiale…), Masao Adachi reste à ce jour interdit de sortie de territoire au Japon. « Je ne me considère pas moi-même comme un hérétique. Mais si l’on observe objectivement la place de mes œuvres, du point de vue de leur contenu, on peut les situer dans les extrêmes. » (2010) 

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