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Top 100 des plus beaux films français

Face aux listes et autres top, il y a ceux qui aiment, qui en font, et ceux qui n'aiment pas cet exercice.
L'hebdomadaire Les Inrockuptibles a publié sur son site internet un TOP 100 des plus beaux films français.

Comme toutes les listes celle-ci fera débat pour tous les cinéphiles qui accorderont de l'importance au choix, forcément subjectif, de la rédaction cinéma des Inrocks.

A THE END, nous avons décidé de reprendre ce classement et vous indiquer les disponibilités en dvd/blu-ray.


En rouge, vous trouverez les films indisponibles en dvd/blu-ray, en Bleu, les films disponibles en dvd/blu-ray et en vert, les films disponibles seulement en dvd en France.

1.La Maman et la Putain, de Jean Eustache (1973)
2.Le Mépris, de et avec Jean-Luc Godard (1963)
3.La Règle du jeu, de et avec Jean Renoir (1939)
4. Madame de…, de Max Ophuls (1953)
5. Les Nuits de la pleine lune, d’Eric Rohmer (1984)
6. Belle de jour, de Luis Buñuel (1967)
7. Les Demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1967)
8. Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy (1964)
9. La Jetée, de Chris Marker (1962)
10.Les Yeux sans visage, de Georges Franju (1960)
11.Playtime, de et avec Jacques Tati (1967)
12. L’Atalante, de Jean Vigo (1934)
13. A nos amours, de et avec Maurice Pialat (1983)
14. Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles, de Chantal Akerman (1975)
15. Pickpocket, de Robert Bresson (1959)
16. Cléo de 5 à 7, d’Agnès Varda (1962)
17. Le Rayon vert d’Eric Rohmer (1986)
18. La Belle et la Bête, de Jean Cocteau (1946)
19. La Femme d’à côté, de François Truffaut (1981)
20. Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais (1959)
21. Céline et Julie vont en bateau, de Jacques Rivette (1974)
22. L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie (2013)
23. Lola Montès, de Max Ophuls (1955)
24. Loulou, de Maurice Pialat (1980)
25. Les Hautes Solitudes, de Philippe Garrel (1974)
26. A Bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960)
27. Out 1, de Jacques Rivette (1971)
28. Femmes, femmes, de Paul Vecchiali (1974)
29. Shoah, de Claude Lanzmann (1985)
30. Les Deux anglaises et le continent, de François Truffaut (1971)
31. Une partie de campagne, de Jean Renoir (1936)
32. Hôtel des Amériques, d’André Téchiné (1981)
33. Lola, de Jacques Demy (1961)
34. Une sale histoire, de Jean Eustache (1977)
35. Le Plaisir, de Max Ophuls (1952)
36. Du Côté d’Orouët, de Jacques Rozier (1970)
37. Le Diable probablement, de Robert Bresson (1977)
38. Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard (1962)
39. French cancan, de Jean Renoir (1954)
40. L’Argent, de Robert Bresson (1983)
41. Holy Motors, de Leos Carax (2012)
42. Zero de conduite, de Jean Vigo (1933)
43. Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard (1965)
44. Loin de Manhattan, de Jean-Claude Biette (1981)
45. Baisers volés, de François Truffaut (1968)
46. Que la bête meure, de Claude Chabrol (1969)
47. Les Chansons d’amour, de Christophe Honoré (2007)
48. Le Fleuve, de Jean Renoir (1951)
49. Ma nuit chez Maud, d’Eric Rohmer (1969)
50. La Peau douce, de François Truffaut (1964)
51. Gueule d’amour, de Jean Grémillon (1938)
52. Les 400 Coups, de François Truffaut (1959)
53. India Song, de Marguerite Duras (1975)
54. Les Vampires, de Louis Feuillade (1915)
55. Trouble Everyday”, de Claire Denis (2001)
56. Maine-Océan”, de Jacques Rozier (1986)
57. L’amour l’après-midi, d’Eric Rohmer (1972)
58. Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville (1968)
59. Au hasard Balthazar, de Robert Bresson (1966)
60. Le Carrosse d’or, de Jean Renoir (1953)
61. La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche (2013)
62. Mauvais sang, de Leos Carax (1986)
63. Toni, de Jean Renoir (1935)
64. Sans soleil, de Chris Marker (1982)
65. Histoire(s) du cinéma, de Jean-Luc Godard (1988-1998)
66. La Sirène du Mississippi de François Truffaut (1969)
67. Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson (1956)
68. Le Pont du Nord de Jacques Rivette (1981)
69. Le Trou de Jacques Becker (1960)
70. Adieu Phillippine, de Jacques Rozier (1962)
71. Rois et Reine, de Arnaud Desplechin (2004)
72. Mes petites amoureuses, de Jean Eustache (1974)
73. L’Armée des ombres, de Jean-Pierre Melville (1969)
74. Les Dames du bois de Boulogne, de Robert Bresson (1945)
75. L’Amour d’une femme, de Jean Grémillon (1953)
76. Le Deuxième Souffle, de Jean-Pierre Melville (1966)
77. Choses secrètes, de Jean-Claude Brisseau (2002)
78. La Maison des bois, de Maurice Pialat (1971)
79. Angèle, de Marcel Pagnol (1934)
80. Sauve qui peut (la vie), de Jean-Luc Godard (1980)
81. Comment je me suis disputé (ou ma vie sexuelle), d’Arnaud Desplechin (1996)
82. Le Charme discret de la bourgeoisie, de Luis Buñuel (1972)
83. Peau d’âne, de Jacques Demy (1970)
84. Van Gogh, de Maurice Pialat (1991)
85. Mon oncle, de et avec Jacques Tati (1958)
86. L’Année dernière à Marienbad, d’Alain Resnais (1961)
87. Remorques, de Jean Grémillon (1941) 
88. “Esther Kahn”, d’Arnaud Desplechin (2000)
89. L’Amour fou, de Jacques Rivette (1969)
90. Faisons un rêve, de et avec Sacha Guitry (1936)
91. La Femme infidèle, de Claude Chabrol (1969)
92. La Chamade, d’Alain Cavalier (1968)
93. Falbalas, de Jacques Becker (1945)
94. La Baie des anges, de Jacques Demy (1963)
95. Une femme est une femme, de Jean-Luc Godard (1961)
96. Dieu seul me voit, de Bruno Podalydès (1998)
97. Le Sauvage, de Jean-Paul Rappeneau (1975)
98. Travolta et moi, de Patricia Mazuy (1993)
99. Corps à cœur, de Paul Vecchiali (1979)
100. L’Apollonide, de Bertrand Bonello (2011)


Si les films des années 2000 sont plutôt bien positionnés avec neuf œuvres, les années 60 et 70 culminent avec presque 50% des plus beaux long-métrages français, l'effet Nouvelle Vague sans doute.

Pourquoi, aujourd'hui en France, nous n'arrivons pas, à de rares exceptions, à faire des films plastiquement réussi.

Jean-Luc Godard est le cinéaste le plus représentés dans le classement avec sept oeuvres. Vient ensuite Truffaut avec quatre films et les grands noms, Resnais, Chabrol, Cavalier, Pialat, Demy, Marker, Rhomer... sont égalements présents.

Pas vraiment de surprise, si ce n'est la présence à la 100ième place du film de Bertrand Bonello, L'Apollonide. Une position qui consacre le cinéaste du futur biopic sur Yves Saint Laurent.

Bertrand Bonello aura droit prochainement à sa rétrospective au Centre Pompidou, le signe sans doute d'avoir devant les yeux un réalisateur sur qui faudra compter dans les années à venir.

Retrouvez sur le site internet des Inrocks, les avis de tous les films.
> Les Inrocks - Le top 100

Hitchcock et la télévision

Si la parole et les idées de Jean-François Rauger, critique au journal Le Monde et programmateur à la Cinémathèque de Paris, connait  une démocratisation dont on se réjouit dans ces lieux, sa bibliographie reste pourtant bien maigrelette.
Son premier ouvrage, L'oeil qui jouit, était un recueil de texte. Aujourd'hui Rauger attaque un sujet mainte fois abordés en France et dont le livre d'entretien de Truffaut reste encore aujourd'hui un incontournable pour tout cinéphile, Hitchcock.

Quarante ans avant Twin Peaks, Wild Palms et la récente déferlante de show télévisé adoubé par des hommes de ciné, voire réalisé par certains d'entre eux (Scorsese, Fincher ou Tarantino), Alfred Hitchcock était déjà précurseur de cette tendance de consider la petite lucarne avec le plus grand respect qui soit.

Une lucarne, théâtre d’expérimentations.


Entre 1956 et 1962, Alfred Hitchcock a réalisé vingt films pour la télévision, la plupart dans le cadre des séries qu’il produisait, Alfred Hitchcock présente et The Alfred Hitchcock Hour. Quoique peu commentés jusqu’alors, ceux-ci constituent un fragment essentiel de sa filmographie. Pas seulement parce qu’ils ont contribué à la construction d’un personnage devenu une véritable image de marque et étendu la popularité planétaire du Maître du suspense, mais surtout parce qu’ils ont déployé l’art et les obsessions du cinéaste au cœur d’un médium dont il a su saisir la singularité profonde. Entre la continuation par d’autres moyens de son cinéma et l’invention d’une forme, la télévision de Hitchcock ouvre de nouvelles perspectives au suspense et à la vision du monde et de l’homme qu’il signifie. Phénomène industriel et médiatique, l’ensemble de ces téléfilms mérite une analyse détaillée. Elle fera surgir l’existence d’une véritable théorie hitchcockienne de la télévision. L’œil du voyeur devient un œil domestique.

162 pages | 19 euro

Kenneth Anger x Jalouse

La rencontre est aussi étonnante que le cinéma de Kenneth Anger. La connexion entre le magazine féminin et le réalisateur sulfureux, mémoire d'un Hollywood trash et dévergondé, loin des aspects proprets d'aujourd'hui se fait par l'intermédiaire d'Antoine Barraud, réalisateur du documentaire River of Anger en 2008.

Quelques clichés signés Edward Plongeon et Brian Butler, proche de Kenneth, avec qui il forme un duo instrumental tout aussi hors normes que la carrière de l'auteur de Lucifer Rising que nous avions pu admirer lors d'un show à l’étrange Festival en 2012.

L'éditeur dvd Potemkine annonce depuis plusieurs mois un coffret réunissant les principaux films d'Anger, figure emblématique d'un avant garde ayant flirté avec l'occulte et la starification.

Kenneth Anger a fêté le 3 février dernier ses 87 ans.




David Lynch, Small Stories


La Maison Européenne de la Photographie (MEP) propose jusqu'au 16 mars 2014 une exposition consacrée à David Lynch intitulée Small Stories.

Après la rétrospective à la Fondation Cartier, Lynch revient à Paris pour investir nos prunelles de ces cinquante cinq nouveaux clichés envoutants, totalement inédits.

 

Les images fixes peuvent raconter des histoires. La plupart du temps, les images fixes racontent de petites histoires. Et il arrive parfois que les histoires intéressantes soient de petites histoires.
Les petites histoires se déroulent sur une période très courte. Cependant, la pensée et les émotions peuvent être impliquées quand on regarde une image fixe, et les petites histoires peuvent se développer jusqu'à devenir de grandes histoires. Tout ça dépend, bien sûr, du spectateur.
Il est quasiment impossible de ne pas voir une sorte d'histoire émerger d'une image fixe. Et ça, je trouve que c'est un phénomène magnifique.
David Lynch
 

Les apparitions de David Lynch sont devenues, aujourd’hui, des moments solennels, à la limite du religieux. Qu'il s'agisse de peinture, de photo ou qu'il appose son nom sur une bouteille de champagne, la marque Lynch est devenu un synonyme de prestige. Lynch, sa personne et son art sont devenus le fond de commerce de l'artiste.
Si son œuvre photographique et artistique, sont des rappels du génie de l'artiste américain, le cinéphile ne peut que regretter que cette univers si particulier ne retrouve le mouvement du cinématographe.

♫ Jesús revient, Jesús revient ♫

On aurait pu jouer le parallèle avec un autre Jésus venant de lui de Nazareth mais nous n'avons dieu que pour le seul et l'unique Jesús de Madrid.

Cinéaste bis par excellence, l'image de Jesús Franco est pour le moment figé dans ce "carcan" un brin réducteur pour l'un des expérimentateur les plus important du XXième siècle.

Mais grâce à des entretiens comme celui que propose le fanzine Cannibale Fanzine, la vision que l'on pourrait avoir de cet hédoniste de la pellicule pourrait bien évoluer. Car au détour d'une foultitude d'anecdote issue de la mémoire d'Alain Petit, on retient quelques œuvres méconnus et qui semblent très loin de toute la vague érotique de l'auteur de Vampyros Lesbos.

Sommaire :
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- Le Labyrinthe de Jess : entretien fleuve avec Alain Petit autour de Jesús Franco (22 pages)
- Santo, Blue Demon, La Llorona, Zovek : la nouvelle collection mexicaine de Bach Films passée en revue
- Le Roi de l'autre ciné : rencontre avec Jorge Grajales
- La genèse du Diabolique docteur Flak : chronique du film + entretien avec Jean-Jacques Rousseau
- L'enfance de l'art : rencontre avec Jean-Pierre Putters au sujet de Mad... ma vie !
- Compte-rendus festivals / séances spéciales : MOTELx + Absurde Séance Nantes : Japan eXtrem
- Django, prépare ton cercueil chroniqué
- Retour sur la saison 6 des Cannibales Séances
- Notes de lectures
Premier numéro à être disponible dans notre boutique (theendstore.com), ce quatrième numéro de Cannibale Fanzine édité à 200 exemplaires signe, après trois numéros (dont un numéro zéro) le passage au dos carré collé et à un certain "professionnalisme" esthétique enfin à l'image des écrits de très grande qualité.

Pour accompagner ce prozine, rien de mieux que de (re)découvrir trois long-métrages rarissimes que l'éditeur Artus Films nous propose dans des éditions de qualité.

LE MIROIR OBSCÈNE / 1973
Annette (Emma Cohen) et Marie (Lina Romay), deux sœurs, vivent avec leur père sur une île, à Madère. Depuis leur plus jeune âge, elles entretiennent une relation ambiguë, mêlant jalousie et obsession fusionnelle. Lorsque Annette décide de se marier, Marie, ne le supportant pas, se suicide. Annette se renferme davantage sur elle-même, et quitte l’île pour habiter en ville. Désormais, sa sœur va la hanter à travers un miroir, jadis témoin de leurs rapports incestueux… 




Disponible dans deux montages différent, et ce pour la première fois en dvd, le film bénéficie également d'un module donnant la parole à... Alain Petit.

LES INASSOUVIES / 1970
Mr Mistival (Paul Muller) confie sa fille Eugénie à sa maîtresse, Mme de Saint-Ange (Maria Rohm) afin de l’initier aux jeux de l’amour. Arrivée sur une île, la jeune fille va découvrir les joies de l’érotisme, du saphisme et d’autres perversions raffinées. Sa naïveté et son innocence décuplent le plaisir de ses initiateurs qui l’emmènent de plus en plus loin dans la débauche… 

En supplément, on retrouve Alain Petit qui est devenu la mémoire du cinéaste espagnol, l'historien d'une carrière qui n'a pas encore révélé tous ses secrets.

Dernier film de cette nouvelle salve, The Girl from Rio, précédemment disponible en zone 1 chez Blue Underground sortira en France sous le titre Sumuru, la Cité sans hommes.

SUMURU, LA CITE SANS HOMMES / 1969


Le détective privé Jeff Sutton est envoyé en mission au Brésil afin de retrouver une jeune femme disparue. Transportant avec lui une mallette pleine de dollars, il atterrit à Femina, une cité futuriste peuplée par des femmes d’un genre nouveau. Menée par Sonanda (Shirley Eaton), ces amazones modernes ont pour but d’asservir l’espèce masculine. Tout se corse quand Sir Matthews (George Sanders) convoite l’argent de Sutton, et cherche à s’emparer de la réserve d’or de Sonanda. 



Film psychédélique et sixties, Sumuru se voit offrir rien d'autre que le directeur de la Cinémathèque de Paris et instigateur des soirées Cinéma Bis pour évoquer la confection du film à travers la figure de son producteur britannique Harry Alan Towers.

Plus d'une vingtaine de films de Jesús Franco sont disponibles sur theendstore.com dont la nouvelle vague de l'indispensable Collection Jess Franco d'Artus Films.

La Route de Salina

Disparu en novembre 2013, Georges Lautner, réalisateur français ayant marqué le cinéma hexagonal d’œuvres devenues incontournables (Les Tontons Flingueurs, Le Pacha, Le Professionnel) n'est pas seulement l'auteur d'un cinéma populaire mais aussi l'homme qui signa au même titre qu'un Barbet Schroeder avec More (1969), un film culte, La Route de Salina. Lautner tourne son chef d’œuvre. Invisible ou presque depuis sa sortie, ce film est une rareté qui ressort de temps à autre durant des festivals ou des hommages comme celui que la Cinémathèque de Nice rend au réalisateur de La Valise.

Sur la Route de Salina, Jonas, un jeune hippie, s'arrête dans une maison isolée où une mère, Mara, et sa fille, Billie, reconnaissent immédiatement en lui leur fils et frère Rocky, disparu quatre ans auparavant. Mais dès que Jonas n'accepte plus d'être Rocky pour la belle Billie dont il est tombé amoureux, la situation se dégrade...

"En 1968, j'étais à Rome. Je travaillais sur une coproduction franco-italienne, Michelle Strogoff. Un grand film en costume. nous sommes allés deux fois en repérage en Yougoslavie. En été, les plaines étaient poussière, en octobre, c'était de la boue. nous avons écrit deux versions, une pour l'hiver, une pour l’été ; nous avons commencé le casting. et le film ne s'est pas fait. j'ai perdu beaucoup de temps dans cette affaire. Depuis Le Pacha, en 1967, je n'avais pas fait de film.
De retour à Paris, je commence l'adaptation d'un polar, La mort a mis les gants. je travaille avec son auteur Christophe Izard, et nous nous entendons très bien. Mais, l'a non plus, rien n'aboutit.
Finalement , mon producteur, Robert Dorfmann, me met entre les mains le roman de Maurice Cury, La route de Salina.
Le scénario a été écrit quatre fois. J'ai d'abord travaillé avec une espèce de hippie anglais, habillé comme un moine, ne pensant qu'a bouffer, et qui se prenait très au sérieux. Il me faisait un peu peur. On n'a pas garder grand chose. J'ai aussi travaillé avec Pascal Jardin, que j'aimais beaucoup. Mais nous ne sommes pas entendus, nous n'étions pas sur la même longueur d'onde. Il voyait une histoire de cul. En définitive, il y avait le livre de Maurice Cury. Je lui suis resté fidèle.
C'était un roman qui se déroulait en Amérique. Il fallait que se soit un film américain. Avec un casting américain et tourné en anglais. Et me voila parti avec Yvon Guezel, le coproducteur, pour Los Angeles. C'était la première fois que j'allais à Hollywood, mais ce voyage aux États-Unis marque surtout la première rencontre avec Rita Hayworth. Elle paraissait seul dans la grande maison qu'elle avait loué à Glen Ford. Elle avait l'air un peu inquiet, guettant sans cesse le téléphone. Mais je crois celui a fait plaisir de voir des gens qui l'admiraient lui proposer un rôle.
Nous sommes allés reconstituer Salina aux Canaries à Lanzarote. Nous y avons dégotté une vieille bicoque en ruine, exactement le décor que je cherchais. Nous avons retapé entièrement la baraque, installé deux pompes a essence devant, et c'est devenu la station service tenu par Rita et sa fille.
 Nous avons atterri à Lanzarote un jour de septembre 1969 dans un avion charter rempli de matériel. Nous y sommes resté trois mois, a des années lumières du reste du monde. C'était l'époque "love and peace". Durant trois mois, nous avons fait l’expérience de la vie communautaire en pleine nature, sauvage et sublime.
Le tournage se faisait en anglais. Je parlais un anglais de cuisine. Mais, une fois que tu oses, tu parles, tu oublies ta gêne et tout le monde te comprend. Face à Rita hayworth, Mimsy Farmer, lumineuse, jouait le rôle de sa fille. Pour interpréter le rôle de son faux frère, j'avais choisit Bob Walker Junior, le fils de Robert Walker et de Jennifer Jones. Il y avait aussi Bruce Pecheur en hippie et un vieil  acteur américain que j'aime beaucoup, Ed Beugley. Marc Porel était le seul français de la distribution.
Et Rita Hayworth, au milieu de tous ces hippies...

Tout l'équipe a eu une histoire d'amour collective avec Rita. Elle venait de jouer un petit rôle dans un film en Italie. Elle s'était fait maltraité par cette équipe. Il lui disait : " hey, là-bas, au fond, à vous !". Et la, elle arrivait sur une équipe franchouillarde, un peu bébête, en vénération devant elle. Il y a eu beaucoup de joie entre nous. Mais parfois, elle semblait un peu perdue. Elle ne vivait pas avec nous, elle vivait dans sa chambre, avec une amie, ou elle jouait de la guitare. Le jour de son anniversaire, j'ai fait venir l'orphéon du village. A la fin d'une scène j'ai dit "coupé" et l'orphéon s'est mis çà jouer happy birthday... nous avons passé toute la soirée à danser ensemble ! Quand nous l'avons accompagné à son avion, tout le monde pleurait sur le tarmac... elle surtout.
Pour La Route de Salina, j'ai tourné des scènes de nue comme on en tournait peu a l'époque. Je l'ai fait parce que les acteurs étaient beaux, le cadre était beau, et puis le climat sur le film etait propice ! love and peace ! Il faut avouer que nous ne fumions pas que des Gitanes [...]
Le soir, en rentrant au cantonnement, en traversant ces paysages extraordinaires, il y avait toujours un pour dire : "Regardez de tous vos yeux. Vous ne verrez plus jamais ça de votre vie." Et c'était vrai...
J'ai confié la musique aux musiciens du groupe Clinic, une bande de mômes de dix neuf ans. Par la suite, son leader, Alan Reeves est devenu un compositeur réputé outre atlantique. On peut aussi entendre une chanson en anglais de Christophe. La musique était très importante, elle faisait partie de l’époque. On était bercé par les Beatles, Leornard Cohen, les Roling Stones, les Noody Blues....
Le film n'a pas eu de succès. D'abord, il est sortie le jour de la mort de Gaulle ! Mais le vrai problème était une erreur de production dont on était responsable. La Route de Salina était un film americain pour les français et français pour les américains. Il n'était ni américain, ni français. Hybride. [...] J'étais très déçu.
[...] La bande de hippies a eu un destin bizarre. Le conducteur de la voiture, Bruce Pecheur a été poignardé à New-York dans son appartement par un junkie en manque. Bob Walker, je l'adorais. On ne s'est jamais revu, ni écrit. Je l'ai vu dans des séries télé. Je suppose qu'il s'en sort pas mal, mais il s'en sort en ayant trahi ses rêves.[...] Marc Porel est mort très jeune..."
Georges Lautner in On aura tout vu
> Mardi 21 janvier à 20h00
> Samedi 25 janvier à 16h00

Esprit Négatif : Bertha Boxcar

25 décembre 2013. Le Loup de Wall Street, 24ième long-métrage, de Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio sort sur les écrans français. Le film est un succès. Leonardo remporte le Golden Globes du meilleur acteur pour sa prestation et le comédien est en bonne position pour remporter le premier Oscar de sa carrière.

18 décembre 2013. Le distributeur Mission ressort en salle ce que beaucoup considère - à tort - comme le premier "vrai" film de Scorsese, Bertha Boxcar (1972). (On oublie trop souvent Who's that knocking at my door de 1967).


Novembre 1973. Henry Moret dans la revue Écran 73 critique le second long-métrage de Martin Scorsese, le premier a connaitre une exploitation dans les salles françaises.
Si aujourd'hui Martin Scorsese est une légende, un monstre sacrée du 7ième art cela n'a pas été immédiat. Retour sur l'une des premières critique à l'égard de Scorsese.
Une paysanne révoltée par la mort de son père tué par l'inconscience d'un patron, un cheminot syndicaliste qui la suit hors des chemins de la loi, des hold-up aux dépens des compagnies de chemins de fer, des flics sauvages et des contestataires, un noir et des blancs amis jusqu'à la mort, le tout dans le cadre de la crise américaine des années trente, cela pourrait faire un film "social", revendicateur, révolutionnaire, proche de JOE HILL.
Un gang qui se fait et se défait, des attaques à main armée, des fuites en wagons de marchandises, des captures, des évasions et beaucoup de sang, cela pourrait donner une saga du gangstérisme amateur, dans le genre de BONNIE AND CLYDE.
Un couple maudit d'amants traqués, faisant l'amour dans la paille d'un train ou dans une cabane en ruines, les séparations, Bertha chez les prostituées, Bill aux travaux forcés, les retrouvailles, la fin tragique, cela pourrait donner lieu à une romantique et et lyrique épopée amoureuse, style LES AMANTS DE LA NUIT.
BERTHA BOXCAR n'est ni ceci ni cela et un peu l'un et l'autre tout à la fois. Ou plutôt un tout petit peu du premier, mais l'aspect revendicatif est bien mince et après y avoir sacrifié un instant, les auteurs l'ont rapidement gommé ; beaucoup du second, mais sans les moyens ni la fougue qu'il y faudrait pour nous faire décoller du fauteuil ; un peu de troisième, mais sans la conviction, ni le poids des personnages (et des interprètes) nécessaires pour que nous pleurions devant ce grand amour condamné.
Si ce bric-à-brac reste très séduisant, peut-être le devons-nous à Martin Scorsese (qui surgit pour nous du néant, est-ce son premier film ?) mais nous l'attribuerions plutôt au label des productions Roger Corman. On retrouve ici ce qui fait le charme des produits maison, quelque chose de parfois impondérable, peut-être dû au tournages économiques donc rapides, aux interprètes peu connus donc plus crédibles, à une désinvolture tantôt proche du négligé, tantôt curieusement efficace, à ces va-et-vient entre des scènes tarabiscotées, d'un esthétisme complaisant et d'autres gauches et bâclées.
Reste qu'un charme joue dans cette sorte de "cinoche", un peu racoleur, quelquefois prétentieux dont les relents de serial populaire ne sont point à dédaigner. BERTHA BOXCAR évoque dans son ton et sa fabrication l'assez fameux BLOODY MAMMA du dit Corman. C'est presque un compliment, et cela donne en tout cas au spectateur potentiel une assez juste idée de ce qui l'attend...
Henry Moret in Écran 1973, p.69 - Novembre 1973.

Peu d'information sur Henry Moret, homonyme d'un peintre normand, directeur de la revue Écran au mitan des années 70 et qui fut associé dès la naissance du titre et ce jusqu'à sa disparition (fusion avec La Revue du Cinéna) en décembre 1979.