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Cinémathèque de Nice | De Palma & Pagnol

Si le début d'année 2011 voit la fin du cycle Pierre Etaix et David Leane, la semaine prochaine la cinémathèque de Nice commence deux hommages à Brian De Palma et Marcel Pagnol, une confrontation pour le moins... exotique.

A THE END, nous avons toujours défendu l'idée de "mixité" entre les cinéastes et les films et laissez les questions de hiérarchie au cinéphile pour apprécier un Rollin comme un Godard, un Dominic Sena comme un Lautner. "Récemment" dans l'industrie musicale et vidéo, le "mash-up", mélange de son et d'image en provenance de différente source trouve un certain succès. Un festival, MashUp Film Festival, a même eu lieu au Forum des images à Paris en juin dernier. Si il n'est pas question ici de cette "discipline", la proximité et la possibilité de voir un Pagnol puis un De Palma nous donne le sourire, un sourire plein de perversité cinématographique. Pour le plaisir des yeux, voici quelques affiches de films présentés durant le mois :

FURY [The Fury] (1978)

Un ancien agent de la CIA recherche son fils disparu. Il le retrouve bientôt, prisonnier d'une agence secrète du gouvernement américain qui kidnappe les enfants dotés de pouvoirs surnaturels pour en faire des tueurs…

> mardi 24 janvier à 20h00
> jeudi 26 janvier à 16h30

CARRIE AU BAL DU DIABLE [Carrie] (1976)

Carrie, tyrannisée par sa mère et tête de Turc de ses camarades, a une adolescence difficile. Lorsqu'une de ses camarades la prend en pitié et veut l'aider, une autre monte un complot spectaculaire contre la jeune fille qui doit la ridiculiser…

> mardi 10 janvier à 18h15
> vendredi 13 janvier à 21h15

BLOW OUT (1981)

Jack, ingénieur du son, enregistre accidentellement la preuve d'une conspiration qui a conduit à un meurtre maquillé en accident. Voulant faire éclater la vérité, sa vie est menacé par les tueurs…

> mercredi 11 janvier à 19h30
> samedi 14 janvier à 14h00

PULSION [Dressed to Kill] (1980)

Une jeune femme perturbée consulte un psychiatre. Après ce rendez vous, elle visite un musée et rencontre un homme avec qui elle passe la nuit. Le lendemain elle est assassinée. Il y a un témoin…

> mardi 24 janvier 2012 à 14h00
> vendredi 27 janvier 2012 à 21h30

Tous les films du cycle Brian De Palma
OBSESSION | LE BÛCHER DES VANITÉS | MISSION : IMPOSSIBLE | MISSION TO MARS | FEMME FATALE | LE DAHLIA NOIR | REDACTED | L’ESPRIT DE CAÏN L'IMPASSE | SNAKE EYES

Si nous sommes heureux de pouvoir (re)découvrir sur grand écran la quasi intégralité de l’œuvre cinématographique de Brian De Palma, la cinémathèque n'a malheureusement pas fait "l'effort" de proposer des long-métrages moins "(re)connus" comme Greetings, Hi mom ou encore sa période années 60 comme le récent Murder à la Mod disponible en dvd (et auprès de THE END). Tous sont disponibles sur support numérique et la cinémathèque fait partie des institutions qui n'ont aucun problème pour diffuser ce matériel (à notre grand regret, surtout sans aucune mention).

LA cinémathèque proposera également toute une série de films récents dont :
VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU | THE GHOST WRITER | POETRY | APPALOOSA | NORTEADO | SOMEWHERE | LE COMPLEXE DU CASTOR...

Retrouvez tous les horaires et tous les films sur cinematheque-nice.com

Derek Jarman sur grand écran

Tandis que sa filmographie apparait au compte goutte en dvd - du moins en France seulement trois films disponibles* sur le support - le grand écran (et l'import) reste encore le meilleur moyen pour découvrir ou revoir certains long-métrages rares de Derek Jarman (1942-1994). Le cinéphile aura en ce début d'année deux occasions pour voir dans les salles obscures, deux films emblématiques de sa carrière, Jubilee (1978) au Forum des images (Paris) dans le cadre d'un cycle "London is swinging" et Edward II (1991) au Nouveau Théâtre de la cité (Nice).



L’ange Ariel prédit à la reine Elizabeth l’avenir de l’Angleterre, où régnerait l’anarchie. “Jubilee est un portrait réaliste et haut en couleurs de ce qu’a pu être l’éclosion du mouvement punk à Londres, plein de violence, de passion, de sexe, de drogue et de mort.” (Alain Pacadis, Libération)


Analyse de Gérard Courant
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On se demande bien de quelle manière ce film va être reçu par le public. Tourné en 1977 au moment où le mouvement punk était en pleine effervescence, il a, trois ans plus tard, un petit goût de rétro qui, à coup sûr, n’est pas pour le désavantager. Et pourtant, c’est un film qui ne triche jamais avec lui-même : donner un aperçu parcellaire et jamais global d’un fait de société qui secoua les bases tranquilles de la société britannique. Tout y est : violence, sexe, destruction, vermine, décadence, bref, l’apocalypse. Derek Jarman épouse ces idées et cette réalité en filmant joyeusement et avidement la crasse, un Londres rempli de merde, un Londres ignoré des touristes et envahi par les punks, le tout en un rituel endiablé qui fait plaisir à voir.

Derek Jarman se sent à l’aise dans cet espace. Il n’a ni l’oeil de l’ethnologue, ni celui du sociologue venant enquêter sur un groupe marginal dont il ne pourrait donner qu’une représentation obligatoirement floue et diffuse. Rien de tout cela : il sait sur quel terrain il se trouve et filme en conséquence sans se soucier le moins du monde d’une quelconque grammaire cinématographique. Pour filmer les partisans de la destruction, on ne pouvait pas demander mieux ! Il invente à mesure qu’il filme. Ce n’est jamais génial, mais jamais ennuyeux et toujours emballant.

L’histoire est cucul et à l’eau de chardon : en 1578, l’alchimiste John Dee propose à la Reine Elizabeth de faire un voyage dans l’avenir. Elle accepte et découvre un Londres sans couronne, sans loi, sans ordre, aux mains et aux bottes de cuir de hors-la-loi anarchistes. Comment est-ce possible, se dit-elle ? Vous imaginez sa surprise ! C’est drôle, d’autant que, à aucun moment, les personnages de ce film ne se prennent au sérieux. Je ne sais pas comment Derek Jarman est parvenu à imprimer si fortement cette impression, mais ça marche ! On peut imaginer que chacun des interprètes a pu donner beaucoup de lui-même et en retour Jarman a dû les laisser très libres.

À qui s’adresse un tel film ? Assurément pas aux punks puisqu’ils n’existent presque plus ! À tout un chacun, sans aucun doute, car il se propose, sans ambages ni cérémonie, de mettre à vue et à nu un monde effondré, en totale décrépitude où la seule loi qui demeure est celle du plus fort. Bref, c’est un monde pourrissant qui tire à sa fin. Et si ce monde était le nôtre ?

Derek Jarman procède de la même manière que le Godard de Alphaville ou que le Kubrick de Orange mécanique. Ses extérieurs très réels de la périphérie londonienne deviennent un autre monde. Jarman situe son futurisme dans le monde d’aujourd’hui avec des flics presque identiques à ceux de sa majesté, la Reine d’Angleterre. Épurant le genre romanesque avec l’énergie d’une réalité quotidienne, Jarman se trouve confronté avec ce que Annette Michelson, dans son étude sur Alphaville, désigne par la notion d’immanence : immanence du futur dans le présent, de l’horrible dans le quotidien et du fantastique dans le réel.

Et pourtant, il y a une contradiction essentielle entre ce fait apocalyptique qui ne laisse guère d’espoir (le No future craché par les punks) et les personnages de ce film qui, tel Lemy Caution débarquant à Alphaville, prennent possession d’un espace poisseux. Bob, la réincarnation de la Reine, Amyle Nitrite, la chanteuse punk, Mad, la pyromane et Crabs, une « nympho » de première, quatre femmes, maîtresses des lieux, quatre corps qui ne se laissent pas marcher dessus et qui dépensent une telle énergie qu’ils feraient frémir les habitants bien tranquilles de Farenheit 451. Elles investissent l’espace de la plus simple des manières : en fonçant droit devant elles, sans chercher le moins du monde à opérer des détours quand la géographie et la configuration des lieux leur conseilleraient de le faire. Bien entendu, cela ne va pas sans heurts, témoin cette séquence orgiaque et très drôle dans une boîte où s’affrontent hippies, mods et punks, trois générations de marginaux que l’alcool, la drogue et le sexe parviendront à réconcilier. Un joli carnage que Derek Jarman filme avec la dose de délire et d’humour qui scandaliserait la reine Elizabeth en personne si elle avait le malheur de voir ce film.
Gérard Courant in Cinema 80, n°255 - mars 1980

> Jeudi 5 janvier à 16h30
> dimanche 15 janvier à 21h00

Le film Jubilee est disponible auprès de THE END en deux éditions dvd : zone 1 (Criterion) et zone 2 (import UK), attention pas de sous-titres.




Nouvellement couronné, Édouard II rappelle son fidèle ami et amant Piers Gaveston de l’exil. Follement épris de ce dernier, Édouard le couvre de cadeaux et de titres honorifiques, suscitant la jalousie de la cour. Avec l’appui du roi, Gaveston fait torturer et enfermer l’évèque de Winchester, responsable de sa déportation, à la Tour de Londres. Outragé par cet acte, la cour s’organise autour de Mortimer, le chef des armées, et de la reine Isabelle, souveraine délaissée, pour exclure Gaveston. Sous la contrainte, Édouard doit bannir son amant…

Réécriture vandale de la pièce de Christopher Marlowe, Edward II est une oeuvre libre et baroque qui mêle passion, trahison et violence en faisant fi de toute règle. Contestataire et provocateur, Jarman mêle la langue de Marlowe, l’un des plus illustres contemporains de Shakespeare, aux formes et aux emblèmes postmodernes des années 90. Puisant aussi bien dans la scénographie moderne (les espaces vidés du décor qui évoque le carton-pâte du Macbeth d’Orson Welles), que dans l’iconographie gay (le goût pour les uniformes comme revendication identitaire) ou dans l’esthétique pop (l’icône Annie Lennox y fait une apparition remarquée), Edward II mélange les genres sans pour autant renier son origine classique. Artiste protéiforme, figure clé du cinéma expérimental, Derek Jarman fait partie de ces cinéastes qui, avec Ken Russell et Kenneth Anger, ont construit leur cinéma autour du saccage des conventions. Oeuvre d’un auteur culte mort du sida en 1994, Edward II est un condensé magnifique de rage et de poésie.

Présentation de Derek Jarman
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Michael Derek Elworthy Jarman nait le 31 janvier 1942 à Northwood en Angleterre. Il étudie la peinture dès les années soixante à la Slade School of Fine Arts, ce qui lui permet, à la sortie de l’école, de décrocher ses premiers contrats en tant que décorateur pour plusieurs opéras du Royal Ballet.
En 1970, il fait son entrée dans le monde du cinéma grâce à The Devils (Les Diables) de Ken Russell, pour lequel il est engagé pour faire les décors, ainsi que pour collaborer à la production. Se découvrant une passion pour le septième art, il prend part à la recherche de financement pour le film Savage MessiaMessie sauvage) de Ken Russell (1972), tout en s’essayant à la réalisation en tournant des courts métrages et des clips vidéos en caméra Super 8. En 1975, il coréalise avec Paul Humsfress le scandaleux Sebastiane, sur la vie du martyre Saint Sébastien, dans lequel il mêle religion et sexualité. Avec ce premier film, Jarman se forge déjà une réputation de cinéaste marginal -d’autant qu’il se déclare publiquement homosexuel- mais voit son œuvre devenir une œuvre culte pour la communauté homosexuelle, notamment grâce à sa manière d’exalter le corps masculin. En 1977, il signe, cette fois seul, un hommage à la culture punk de Londres, Jubilee (Jubilé), constitué d’épisodes successifs souvent violents et affichant une vision clairement antimonarchique.
Deux ans plus tard, Jarman porte à l’écran la pièce The Tempest de Shakespeare, tout en continuant en parallèle la réalisation de courts métrages. Durant les années quatre vingt, le cinéaste confirme à travers ses films un travail soutenant le mouvement homosexuel, alors en pleine affirmation. Il tourne ainsi The Angelic Conversation, film singulier qui reprend des sonnets de Shakespeare lus par Judi Dench, durant lesquels défilent des images photographiques d’un couple gay au ralenti. En 1986, il présente son film le plus populaire, Caravaggio, qui est à la fois une biographie anti-conventionnelle et une réflexion sur le célèbre artiste italien. Grâce à la conception visuelle du film qui s’apparente aux œuvres du peintre, Jarman reçoit un Ours d’argent lors de la Berlinale ainsi que le Prix spécial du jury au Festival International du film d’Istanbul. Fort de son succès, Jarman enchaine en dressant un sombre portrait de l’Angleterre intitulé The Last of England (1987), puis War Requiem (1988), sérieux réquisitoire contre la guerre. A cette même période, le cinéaste découvre sa séropositivité, et s’engage de manière plus active en faveur de la communauté gaie en parlant publiquement du sida.
Tout au long des années quatre vingt dix, Jarman prolonge son travail de soutien à la cause homosexuelle et de peinture provocante et impitoyable de la société britannique. On peut citer The Garden (1990) dans lequel il revisite la Passion du Christ à travers un couple d’homosexuels, ainsi qu'Edward II (1991), réécriture ravageuse de la pièce éponyme de Christopher Marlowe pour laquelle il fut récompensé du Teddy Award, le prix FIPRESCI à la Berlinale, et le Hitchcock d’or au Festival du Film britannique de Dinard. Très atteint par la maladie, il poursuit malgré tout son travail de relecture de l’Histoire avec Wittgenstein (1992), qui retrace la vie et la pensée du philosophe allemand à travers une succession de saynètes. Quelques mois avant son décès en 1994, il réalise Blue (1993), qui est à la fois un film testament et son autoportrait face au sida et à la mort, et enfin Glitterbug, un documentaire composé d’images inédites de sa vie et de ses tournages.
Proche du cinéma expérimental, Derek Jarman est un des cinéastes les plus extrêmes du cinéma britannique, et surtout un des seuls à être resté en dehors des circuits commerciaux. Véritable novateur, Jarman est une figure essentielle de l’histoire du cinéma anglais, notamment grâce son action en faveur de la communauté gay. Il a su utiliser l’Histoire comme métaphore de la société de l’époque, et faire passer des messages pacifistes à travers l’art et la culture en montrant les homosexuels de manière positive. N’ayant jamais abandonné la peinture, Jarman est également réputé pour son esthétique singulièrement poétique, et son attention aux décors qui participent véritablement à l’atmosphère du film.

> jeudi 12 janvier 2012 à 20h00 (copie 35mm)



source : Forum des images / Carlotta
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* Les trois films disponibles en dvd sont Caravaggio (1985) et Wittgenstein (1994) dans un double dvd et Edward II, tous deux sont disponibles auprès de THE END. Pour commander envoyer un mail à theendstore@gmail(POINT)com

Godard & le groupe Dziga Vertov

Retour sur un coffret incontournable pour tous les amoureux de Jean-Luc Godard dont certaine zone d'ombre dans sa filmographie sont enfin disponible grâce à un éditeur... espagnol.

Malgré le logo Gaumont sur le coffret, ne vous y trompez pas, il s'agit d'une édition étrangère renfermant une parenthèse dans l’œuvre de Godard aussi bien politique que esthétique. Entre 1968 et 1974, Godard, aidé par Jean-Pierre Gorin à partir de Vent d'est, aura pour but de lutter contre le concept bourgeois de la représentation et de combattre les appareils idéologiques d’États. Pour résumer "donner et prendre des leçons et (s') interroger".


Pour vous présenter ce coffret, nous avons décidé de vous proposer des extraits du numéro spécial Godard de la revue Avant scène Cinéma de Juillet - Septembre 1976 consacrant une grande part au groupe Dziga Vertov.

Un film comme les autres (1968)
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Conversation entre trois étudiants de Nanterre et deux ouvriers de Renault-Flins, entrecoupée d'images des événements de Mai 68 tournées par les États Généraux du Cinéma, et des sons pris dans diverses brochures et textes politiques du mouvement révolutionnaire depuis octobre 17. JLG

Produit antispectaculaire qui fonctionne par frustration, par provocation, Un film comme les aures a soulevé lors des quelques rares projections, des réactions de fuite ou de colère. Ainsi, l'unique séance qui a eu lieu au Lincoln Center de New York a été marquée par une véritable (petite) émeute. Il s'est trouvé néanmoins des partisans résolus de ce film dont les critiques de la revue Cinéthique.
Nous citons ainsi de large extraits de l'article de Jean-Paul Fargier : "Une double carthasis" paru dans Cinéthique n°1.
"Un film comme les autres ne ressemble à rien : ni aux films commerciaux, ni aux films des États-Généraux sur Mai, ni aux autres films de Godard (bien qu'il utilise portés à leur degrés zéro, des procédés précédemment élaborés). Efficace parce que d'emblée, il désigne le film comme film, dévoilant la démarche fondamentale de ce film qui consiste à prendre les signes d'abord en seule référence à eux-mêmes. [...]

Il n'est que de prêter attention aux éléments premiers qu'il met en rapport et selon quelle lois, l'action pédagogique ; et cette combinaison s'offre alors comme une deuxième voies d'approche de ce film pas comme les autres.
La bande image est composée de longs plans séquences en couleur montrant un groupe de travailleurs et d'étudiants discutant, cet été, dans l'herbe fleurie d'un terrain vague. Mais précaution envers la censure, procédé de distanciation, facteur d'anonymat ou d’universalisation ? Ils sont toujours cadrés de trop près ou de trop loin, de telle sorte que ces images ne donnent rien à voir, ou, pour être précis qu"elles ne montrent pas ce que le spectateur a envie de voir quand quelqu'un parle : le visage. Ces plans en couleur sont parfois coupés par des séquences en noir et blanc montrant des scènes de Mai, avec particularité qu'elles sont muettes.
La bande son est donc constitué uniquement avec des paroles de l'après-Mai. Elle comprend la discussion des militants sur les thèmes habituels, et un commentaire tantôt monologué tantôt dialogué composé de rappels chronologiques des causes, des moments et des suites de Mai, des citations allant de Shakespeare à Mao en passant par Michèle Firk, et des réflexions personnelles de Godard. Les deux pistes sonores se déroulent simultanément, en concurrence, tantôt s’effaçant l'une devant l'autre par un chevauchement jusqu'à l'inaudible. Ainsi, ce film où il n'y a la plupart du temps rien à voir, n'offre souvent rien à entendre.
Il semble donc conçu moins comme une démonstration au sens propre (il ne démontre ni n'explique rien) que comme une épreuve thérapeutique pour le spectateur. Il ne s'agit pas d'agit-prop ; au contraire, il intègre la propagande (discussion et commentaire) comme de simple éléments d'une composition. Autrement dit, il n'a pas pour but d'inculquer une idée, comme les ciné-tracts que Godard a fait en Juin. [...] Ce n'est ni un film descriptif, ni un film psychologique. Il s'agit plutôt de mettre en œuvre une catharsis politique et esthétique par le seul jeu d'éléments sonores et visuels rattachés à la réalité de Mai, mais détachés de leurs significations premières par leur agencement dans le film. Paroles et images ne signifient pas, mais leurs combinaison au sein du film produit une action directe sur le spectateur.
A ce niveau ce qui compte ce n'est pas les mots qui sont dits, mais qu'il y ait des mots qui soient dits, ce n'est pas celui qui parle, mais qu'on parle.
L'ultime étape est atteinte dans les moments inaudibles. Frustré de tout spectacle, frustré de la parole des autres, le spectateur est renvoyé à sa propre parole. Dans le silence qui nait de la saturation du son sa parole peut s'installer.

Bristish Sounds (1969)
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Comme son nom l'indique, ce film est fondé sur des sons. Dans les six séquences qui le composent, des images simples sont traversées, débordées, par une riche trame sonore. Un poing fermé ouvre le film en crevant un drapeau britanique en papier. Une voix dit " La bourgeoisie fabrique un monde à son image. Camarades, commençons par détruire cette images !"
Remarques de Jean-Luc Godard
Film encore non politique dans la mesure où il ne fait qu’énumérer les problèmes (ouvrier, étudiant, fascisme, etc) en termes sociologiques, comme le Monde ou L'Express, au lieu de les poser à partir d'une prise de position politique. Film non politique qui reste un objet de classe bourgeois, au lieu d'être un sujet encore bourgeois, qui prend une position de classe prolétarienne. Film politique en ce sens que sa façon de procéder extrêmement simple permet à tous de le critiquer facilement ; et donc de faire la démarcation entre être de classe bourgeoise et prendre une position de classe prolétarienne. Film politique en ce sens qu'en face de lui, objet de classe, on doit se définir comme sujet de classe vis-à-vis de cet objet.

Pravda (1969)
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"Au départ, nous étions trois à travailler sur Pravda, et je l'ai fini tout seul. Mais même si j'étais seul, ma solitude était différente de celle que j'ai ressentie faisant Week-end, ou Pierrot le fou, ou A bout de Souffle. Parce que je me suis senti davantage liés aux événements politiques, aux mouvements de masse et à la lutte des étudiants, j'étais pas vraiment seul... C'était très différent".
Jean-Luc Godard in Take One (mars 71)

"un tournage soi-disant politique, en fait, du tourisme politique, ni plus ni moins ; des images et des sons enregistrés un peu au hasard : les cadres, les ouvriers, les étudiants, les rapports de production, l'américanisme, le révisionnisme, etc., bref, des images et des sons enregistrés selon la bonne vieille classification de l'idéologie bourgeoise à laquelle on prétend pourtant s'opposer".

Vent d'est (1969)
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Vent d'est est le résultat d'un échec, d'une mésentente. Cohn-Bendit voulait tourner un "western politique", Godard et Gorin voulaient s'attaquer à travers le western au concept bourgeois de représentation. De cette faille est né un film qui, par son histoire, ne ressemble à aucun autre.

Luttes en Italie (1970)
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Gorin : Luttes en Italie est un film sur la transformation d'une fille qui dit au début qu'elle est impliquée dans le mouvement révolutionnaire et qu'elle est marxiste. Le film présente trois parties. pendant la première partie, tandis qu'elle parle, on découvre petit-à-petit qu'elle n'est pas si marxiste qu'elle dit. L’idéologie bourgeoise marque certains aspect de la vie. Ce que nous essayons d'expliquer dans les deux autres parties, c'est comment c'est arrivé. Donc tout le film est fait de reflets des quelques images de la première partie. Godard : Dans la deuxième partie, elle prend conscience que quelque chose n'allait pas dans la première partie. Elle prend conscience, et nous avons elle (puisque nous lui ressemblons), mais elle ne sait pas vraiment comment découvrir ce qui est arrivé. Dans la troisième partie, à cause de ce qu'elle vient de réaliser, elle doit revenir sur la première partie et essayer de découvrir ce qui s'est passé.

Par comparaison avec les travaux antérieurs du groupe Dziga Vertov, Luttes en Italie marque un progrès au niveau de la recherche théorique sur les sons et les images. [...] Avec Luttes en Italie, film "philosophique" sur l'idéologie, le Groupe entend construire des images simples et justes, veut contrôler entièrement la continuité, la chaine de montage selon le principe de Vertov, que l'on monte avant, pendant et après le tournage.

Qu'est-ce que qu'une image juste ? "c'est une image nécessaire et suffisante" répond le Groupe Dziga Vertov. On peut ajouter que, dans Luttes en Italie, c'est une image fabriquée avec économie de moyens, qui visualise, par un raccourci, le sujet dont il est question dans la séquence. [...] Luttes en Italie, tourné à Paris par des cinéastes qui ne sont pas particulièrement impliqués dans le mouvement révolutionnaire italien, ne traite pas des luttes concrètes, en Italie ou ailleurs. Son objet est abstrait et sa ligne théorique s'apparente à celle de Louis Althusser.

Vladimir et Rosa (1970)
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Vladimir et Rosa s'inspire du procès des "8 de Chicago". Ce procès est ainsi évoqué dans une note additive à la traduction française du livre de Jerry Rubin : Do it (Seuil) : Bobby Seale, Tom Hayden, David Dellinger, Abbie Hoffman, Rennie Davis, Lee Weiner, John Froins et Jerry Rubin : les "8 de Chicago", protagonistes du plus important procès politique américain de ces vingt dernières années (octobre 68 - mars 69). Inculpés de "conspiration" en vue de provoquer une émeute lors de la convention démocrate de Chicago en aout 1968, ils en furent acquittés, mais condamnés à des peines allant de deux mois à quatre ans de prison pour "injure au tribunal" (y compris kes deux principaux avocats). Ce procès fait date en raison de l'attitude irréductible des accusées qui transformèrent la salle d'audience en piste de cirque et en ring de boxe tout au long des six mois que dura le procès. Les "8" représentent à peu près toutes les nuances du "mouvement".

Vladimir et Rosa est un exercice de théâtre de guérilla, une reconstitution semi-brechtienne du procès de la "conspiration de Chicago" et une dissertation sur comment les films, y compris celui-ci devraient être faits.
Susans Rice, Take One, vol.2 n°11

Dans Vladimir et Rosa, comme dans le procès de Chicago lui-même, le style théâtral est d'abord celui de la farce bouffonne. Beaucoup de l'humour de ce film vient de pitreries de Godard et Gorin eux-mêmes, car ils paraissent abondamment à l'écran, soit en tant qu'accusés Yippies (ils semblent s'être attribué les rôles de Abbie et Jerry, bien que Jean-Luc campe dans le procès "Friedrich Vladimir" et Jean-Pierre "Karl Rosa" - d'où le titre du film), soit dans leur rôle également humoristique de fabricants de films essayant de "faire politiquement un film politique".
James Roy Mac-Bean, Film Quaterly, Fall 72

Vladimir et Rosa est peut-être une pochade mais a) contient un certain nombre de notations justes sur l'appareil répressif d’État, qui politiquement ne le rend pas sans intérêt, b) au niveau de la contradiction spécifique du travail de Godard et Gorin, marque surtout l'exaspération d'un ton (la dérision grinçante) que l'on identifiait naguère au "style" Godard, qui de toute façon est présent dans les autres films fu groupe Dziga Vertov, et qui reflète une contradiction politique ; l’absence d'une pratique révolutionnaire organisée de masse, la situation flottante du "groupe" et l'aspect principalement critique, destructeur, de sa pratique ".
Cahiers du Cinéma n°238-239

1PM. One Parallel Movie (1971)
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[...]fin 68. Il commence à New-York, avec D.A. Pennebaker, le tournage de One American Movie (One A.M.) à propose de " la nouvelle Révolution américaine". Plusieurs scènes et interview ont été tournés avec Eldrige Cleaver (au nom des Black panther PArty), Tom Hayden qui fut le premier président du S.D.S. (Students for a Democratic Society, principale organisation de la Nouvelle Gauche entre 1960 et 1970), le groupe Jefferson airplanes... et un administrateur de Wall-Street. Mais très rapidement, des conflits éclatent entre Godard et l'équipe Leacock-Pennebaker qui veulent faire du cinéma vérité et qui prennent le pouvoir en dénonçant "les manipulations et les déformations des faits par Godard" (Note : printemps 70), Godard, décide, en accord avec Gorin, d'abandonner définitivement le "cadavre" de One A.M. Pennebaker utilise les rushes du film pour monter sa propre version qu'il appelle One Parrallel Movie (One P.M.) J.P. Gorin dit à propos de ce film : " c'était une merde parce que que les rapports entre Jean-Luc et Pennebaker étaient absolument inexistants. Leacock et Pennebaker ont fait leur truc en jouant du zoom et en courant autour, Jean-Luc ne voulait que des plans fixes. Et c'es très étranges quand tu regardes One P.M. car tu vois Jean-Luc comme un zombie dans un coin de l'écran absolument incapable de sais ces singes fous" Interview dans Take One en 1975).

Letter to jane, an investigation about a still (1972)
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En octobre 72, il fait avec Gorin une tournée dans les universités américaines où ils présentent Tout va bien et un essai en 16mm : Lettre à Jane, enquête sur une photo. Ce film de 45 minutes est basé sur une photo-couverture de L'Express qui représente Jane Fonda en train de regarder un village dévasté du Nord-Vietnam. La légende de la photo dit à peu près ceci : "Jane Fonda interroge les Nord-Vietnamiens sur les bombardements américains". La lettre que Godard-Gorin adresse à Jane Fonda est une critique de son attitude de vedette internationale, de son comportement "paternaliste" envers les Vietnamiens qu'elle se permet d'interroger au lieu de simplement les écouter...

"exercice en sémiologie barthésienne, une étude en cybernétique, une histoire du cinéma, une critique marxiste de la culture populaire "
Sight and Sound, été 73

Deux autres films sont disponibles dans le coffret :
> un film publicitaire Schick (1974)



> Ici et ailleurs (1974) / 53 minutes

En bonus, nous retrouvons des présentations de David Faroult, un livre (en espagnol) Chronologie du groupe Dziga Vertov (64 pages).

Enfin nous ne pouvions finir ce message sans évoquer la prochaine sortie de trois films de Jean-Pierre Gorin en zone 1 chez Criterion / Eclipse


> Poto and Cabengo (1980)
Grace and Virginia are young San Diego twins who speak unlike anyone else. With little exposure to the outside world, the two girls have created a private form of communication that’s an amalgam of the distinctive English dialects they hear at home.
> Routine Pleasures (1986)
What do a club devoted to model trains and the legendary film critic and painter Manny Farber have in common? These two lines intersect in Jean-Pierre Gorin’s lovely and distinctly American film.
> My Crasy Life (1992)
Jean-Pierre Gorin’s gripping and unique film about a Samoan street gang in Long Beach, California, is, like other works by the filmmaker, a probing look at a closed community with its own rules, rituals, and language.

Un coffret 100 % U.S.A. pour un réalisateur français dont aucun film n'est disponible en France. Il faut croire que, ni sa collaboration avec Godard, ni son travail documentaire n'est trouvé grâce aux yeux des éditeurs français... et c'est bien dommage. Grâce à ces deux coffrets dvd, le cinéphile a aujourd'hui la possibilité de voir ces trésors oubliés.

Pour commander le coffret Godard envoyez un mail à theendstore@gmail(POINT)com

Capricci, planning 2012

A de nombreuses reprises, nous avons affirmé sur ce blog les qualités éditoriales de Capricci et le premier trimestre 2012 confirmera cela avec un programme chargé dans lequel nous retrouvons tout l'éclectisme qui caractérise l'éditeur.

En plus de proposer des livres, des dvds, voire les deux ensembles, Capricci publie également une "revue" (nous sommes plus proches du livre que d'un simple magazine) annuelle faisant aussi bien le bilan de l'année écoulée qu'offrant un regard sur les projets futurs de l'éditeur. Ce Capricci 2012 peut-être considéré comme le porte drapeau de l'éditeur, renfermant les ambitions à venir, les coups de cœur comme des réflexions sur le médium.


On trouvera pêle-mêle dans ce numéro un chapitre inédit de l'autobiographie de Luc Moullet (à ne paraître intégralement qu'après sa mort), un journal de tournage du nouveau film d'Albert Serra, tenu par l'écrivain catalan Jaume C. Pons Alorda, le récit d'une rencontre haute en couleurs avec Vincent Gallo, un extrait du nouveau scénario de Matt Reeves, le réalisateur de Cloverfield, et de nombreux autres projets et bien d'autres choses dévoilées prochainement.

Originellement prévu pour septembre dernier (ce numéro 5 de la collection Actualité critique devait paraître après Réponse à Hadopi de Juan Branco, finalement, c'est David Fincher ou l'heure numérique qui a pris sa place) est dorénavant annoncé pour 2012, espérons que ce livre de 96 pages verra enfin le jour.


Oz, série américaine créée en 1997 par Tom Fontana, a été saluée comme une des plus influentes de ces vingt dernières années. En 6 saisons et 56 épisodes, Tom Fontana construit un drame shakespearien complexe à travers la vie et la mort de détenus d’une prison de haute sécurité. Suspens oppressant, personnages imprévisibles, crudité de la violence et du sexe montrés à l'écran (interdite en France aux moins de 16 ans), la série n'a pas vieilli depuis sa fin en 2003. Jean Douchet est le plus influent des critiques français en activité. A ce jour il ne s'est jamais exprimé sur une série télévisée. Ce livre est l'événement qu'attendent ses admirateurs. La Vie en Oz traverse les motifs de la série : la violence des relations entre hommes en prison, l'homosexualité, la famille et les clans, la religion... Il analyse la vision d'un système carcéral, le rapport des Américains à la morale, à la justice, à la peine de mort. Il est le croisement entre la vision d’un monde d'images en plein bouleversement et celle d'une société américaine pour qui la fiction permet d’interroger ses paradoxes.

Jean Douchet est cinéaste, critique, historien du cinéma. Rédacteur aux Cahiers du cinéma de la première époque, grand pédagogue, aussi actif à la radio qu'à travers ses ciné-clubs, il a marqué des générations de cinéphiles. Il est l'auteur de succès de librairie, sur Alfred Hitchcock et sur la Nouvelle Vague, mais aussi d'analyses des œuvres de Murnau, Vincente Minnelli, Akira Kurosawa ou Jean-Luc Godard. Son enseignement à l'IDHEC, puis à la Fémis, a marqué de nombreux jeunes réalisateurs. Il n'a jamais cessé d'animer des ciné-clubs, dont chaque semaine celui de la Cinémathèque française. Il apparaît dans de nombreux films : A bout de souffle de Jean-Luc Godard, Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, La Maman et la putain puis Une sale histoire de Jean Eustache, Un jeu brutal de Jean-Claude Brisseau, La Reine Margot de Patrice Chéreau

Si certains cinéastes ou genres cinématographiques ont une actualité littéraire restreinte, voire quasi inexistante (et c'est bien dommage) le cinéaste chinois Jia Zhang-Ke peut se targuer d'avoir déjà un livre analysant son œuvre (Le cinéma de Jia Zhang-ke, No future (made) in China ; Éditions PUR / 2009) et bientôt un second avec Mon gène cinématographique : Textes et entretiens sur mes films, la Chine et le monde par le réalisateur lui-même.


Mon gène cinématographique est un recueil d'essais, d'entretiens et de discours donnés par Jia Zhang-ke entre 1996 et 2010. Le livre est organisé en dix parties, traitant chacune d'un film. Chaque texte reflète la pensée du cinéaste à une époque donnée, offrant un éclairage immédiat et vivant sur ses oeuvres. Les sujets abordés sont divers et complets : récit des expériences de jeunesse, problèmes survenus lors des tournages, production et distribution des films, en passant par un exposé de l'esthétique cinématographique de Jia et des observations faites au fil de ses contacts avec le monde du cinéma. Mais la véritable valeur du livre tient à l'observation pointue et aux critiques virulentes adressées à la société et au cinéma chinois. Jia laisse fuser un humour piquant et une certaine veine satirique visant principalement les représentants du cinéma industriel en Chine. Les entretiens accordent également une place à plusieurs figures notables du cinéma, notamment les réalisateurs taïwanais Hou Hsiao-Hsien et Tsai Ming-Liang. Certains essais traitent de réalisateurs ayant joué un rôle direct sur l'oeuvre de Jia, comme Martin Scorsese, ou indirect, comme Yasujiro Ozu. Ces personnages constituent un cadre dans lequel il devient possible de comprendre quelle position Jia tient vis-à-vis de ses pairs.

C'est 1998 que le public français découvre Jia Zhang-ke, né en Chine en 1970, et son premier long métrage Xiao Wu, artisan pickpocket. Aujourd'hui, Jia est unanimement reconnu comme le plus grand cinéaste chinois actuel. Mieux que quiconque, il s'est fait le peintre des bouleversements de son pays au passage du communisme au capitalisme, et le chroniqueur d'une jeunesse post-Tien-an-Men, particulièrement dans des films comme Plaisirs inconnus (2002) ou The World (2004). Il a su montrer comment ces bouleversements sont liés à des mouvements plus profonds, à la résistance d'un vieux monde. C'est en partie l'objet de Still Life (2007), c'est plus directement celui de ses documentaires In Public (2001), 24 City (2008) et I wish I knew (2010), tournés dans l'intervalle de ses fictions. D'abord contraint de tourner sans autorisation, Jia peut désormais travailler plus librement. Il a reçu de nombreux prix dans les festivals de films internationaux, dont la Montgolfière d'Or au Festival des trois continents pour Xiao Wu, artisan pickpocket (1999) et Platform (2001), le grand prix au FIDMarseille pour In public (2002) et le Lion d'or à la Mostra de Venise pour Still Life (2007).

Rappelons également les disponibilités imminentes des ouvragesClint Fucking Eastwood et Deux Temps, Trois Mouvements évoqués sur le blog il y a quelque semaines. Mais nous avons également les prochains titres, à défaut de visuel et d'informations sur le contenu, à paraitre au printemps prochain

> Charlie Sheen, un certain art de vivre de Cédric Anger (critique au Cahiers du Cinéma, réalisateur [Le Tueur, 2007] et scénariste [Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, 2005]

> D'où viens-tu Dylan ? de Louis Skorecki (déjà auteur chez Capricci d'un récent "Sur la Télévision")

De belles lectures en perspectives qui confortent la position (dominante ?) de Capricci sur le segment de la littérature consacrée au cinéma, peut-être pas en terme de vente mais en qualité éditoriale c'est une évidence.

Pour toute commande ou demande de tarification, un seul mail theendstore@gmail(POINT)com

Bach Films : rééditions & nouveautés

Bach Films termine l'année en beauté avec une salve de nouveautés qui raviront les fans de Science Fiction des années 50 avec pas moins de cinq nouveaux doubles programmes et des rééditions pour une nouvelle collection. Commençons justement par ces trois ressorties (précédemment disponibles chez l'éditeur) qui ont eu droit à une cure de jouvence bien mérité avec des copies remastérisées et réunis sous la bannière "Collection Films Noirs".

MORT A L'ARRIVE / Rudolph Maté (1950)


Frank Bigelow, un homme apparemment sans histoire, fait irruption dans un commissariat de police pour signaler un meurtre : le sien. Epuisé et mourant, il raconte aux policiers comment il a été empoisonné et la diabolique conspiration dont il a été la cible.

Plus reconnu pour son travail en tant que directeur photo (To Be or not to Be d'Ernst Lubitsch, Elle & lui de Leo McCarey ou encore Vampyr de Carl Theodor Dreyer) que pour son travail de metteur en scène, Rudolph Maté (1898-1964) de son vrai nom Rudolf Mayer n'a pourtant pas démérité avec de très beaux films (westerns) comme Le Souffle de la Violence et le classique Horizons lointains, tous deux réalisé en 1955.
Comme bon nombre de long-métrage libre de droit, Mort à l'arrivé a connu plusieurs éditions dont une chez Wild Side dans leur collection Vintage Classics. Voici selon eux les 5 bonnes raisons pour découvrir ce film :

• Parce que les scènes de rue avec Frank Bigelow en panique ont été tournées sans que les piétons soient au courant.
• Parce qu’il sagit du 3ème et du plus célèbre film de Rudolph Maté, un immense chef opérateur né en Pologne qui a travaillé, une fois établi aux États-Unis, aussi bien avec Fritz Lang, Alfred Hitchcock que Leo Mac Carey et Orson Welles (pour La Dame de Shanghai !).
• Parce qu’Edmond O’Brien, qui a obtenu à deux reprises l’Oscar du second rôle (pour La comtesse aux pieds nus et pour 7 jours en mai), est le « character actor » par excellence.
• Parce que Mort à l’arrivée marque les débuts de Neville Brand qui incarnera Al Capone face à Eliot Ness / Robert Stack dans Les Incorruptibles.
• Parce que le film est bien supérieur – et de loin ! – à ses deux autres remakes : Color me dead en 1969 et Mort à l’arrivée de Rocky Morton et Anabel Jenkel en 1988.
Si de prime abord, il semble que la qualité penche naturellement plus vers Wild Side, attendons les premiers avis pour se faire une idée sur la remasterisation de Bach. Nous pouvons espérer une belle surprise. En revanche le Bach Films a le mérite de proposer un bonus, "LE SUSPENS, documentaire de Laurent Préyale (26 mn)", une interactivité là ou le Wild Side ne comportait strictement rien. Un bon point pour ceux qui ne possèdent pas déjà une édition ultérieure de ce film.

HOLD-UP EN 120 SECONDES / Charles Guggenheim (1959)


Un jeune étudiant fauché se laisse entraîner par une bande de braqueurs professionnels pour le casse du siècle : le cambriolage de la Southwest Bank de Saint Louis.

Après le Blob en 1958, Hold up en 120 seconde de Charles Guggenheim (1924-2002) marque, après des débuts à la télévision, les grands débuts de Steve McQueen sur grand écran. A partir de ce film, chacun de ses films deviendra un classique du Septième art. Alors remercions Bach Films de nous ressortir un de ces premiers films pour voir où tout à commencé.

Le 4ème homme / Phil Karlson (1952)


Joe Rolfe, un ancien détenu, est arrêté pour l’attaque d’un camion blindé où 4 gangsters masqués ont dérobé 1,2 millions de dollar en petites coupures. Après avoir subi un interrogatoire musclé orchestré par la police, il ressort blanchi. Mais Joe n’en reste pas là pour autant et avec l’aide de complices mafieux, il retrouve la trace d’un des braqueurs et usurpe son identité sans éveiller le moindre soupçon.

Comme pour Mort à l'arrivé, Le 4ième homme a connu diverses sorties dont la dernière chez Wild Side qui pour motiver le cinéphile avait présenté le film comme l’œuvre qui a inspiré le scénario de Reservoir Dogs de Tarantino. Pour nous Phil Karlson (1908-1985) reste cet artisan (au sens noble du terme) auteur de quelques films devenus mythiques dans les années 60 et 70 comme la série des Matt Helm avec Dean Martin mais surtout par ce classique de vigilantisme : Justice Sauvage (1973).

Passons maintenant à la collection "Double programme SF" avec ces 5 nouveaux titres :


LA MARTIENNE DIABOLIQUE (1954)
Une martienne se pose sur Terre afin d'enlever des hommes et les utiliser afin de repeupler la planète Mars qui se meurt…

FUSÉE POUR LA LUNE(1958)
Deux évadés de prison se cachent dans une fusée. Le scientifique qui les découvre les force à piloter le vaisseau jusque sur la Lune. Là, ils découvrent un peuple lunaire uniquement constitué de


L'HOMME DE NEANDERTHAL (1953)
Le professeur Clifford Groves est un iminent scientifique qui a orienté ses recherches sur l'étude des origines de l'homme. En étudiant la morphologie de l'homme de Neanderthal, il avance la théorie que cette espèce n'était pas moins intelligente que l'homo-sapiens. Mais sa démonstration est rejetée par l'ensemble de la Société Naturaliste. De retour dans son laboratoire, il travaille alors à la fabrication d'un serum, qu'il compte essayer sur lui-même...

LES MANGEURS DE CERVEAU (1958)
La tranquilité du petit village de Riverdale se trouve perturbée avec la découverte d'un cône d'origine extraterrestre sorti tout droit des profondeurs de la Terre.



LE MONSTRE MAGNÉTIQUE (1953)
Deux agents du bureau des enquêtes scientifiques partent à la recherche d'un élément hautement radioactif dont ils ont toutes les raisons de croire qu'il se trouve à Los Angeles. S'en suit une enquête peu ordinaire…

ZONTAR, LA CHOSE DE VENUS (1966)
Des scientifiques dupés font venir un alien sur Terre depuis la planète Vénus. La créature, nommée Zontar, leur promet d’œuvrer pour le bien de l'humanité. Mais rapidement, Zontar s'avère être une dangereuse créature prenant le pouvoir en contrôlant psychiquement des personnalités de haut rang.


L'INDESTRUCTIBLE (1956)
Charles ''Butcher'' Benton, un criminel dangereux est condamné à mort sur la chaise électrique. Après son exécution, le corps de Benton est soumis à une expérience scientifique inédite : des chercheurs vont tenter de ramener le psychopathe à la vie.

L'HOMME EN 4 DIMENSIONS (1959)
Tony Nelson, un scientifique brillant mais irresponsable, met au point un amplificateur permettant à des objets d'entrer dans la 4ème dimension et de traverser d'autres objets. Tony veut présenter sa trouvaille à son frère Scott, qui mène une expérience sur un nouveau matériau impénétrable : la cargonite.

Enfin finissons avec le double programme le "moins" intéressant sachant qu'un des deux films (en l’occurrence Le Continent perdu aka Lost Continent) est déjà proposé chez Artus Films dans le coffret Les Dinosaures attaquent.


LE CONTINENT PERDU
(1951)
Le Major Joe Nolan mène une expédition dans le Pacifique sud afin de retrouver un missile atomique égaré. L'équipe est victime d'un crash et se retrouve sur une île mystérieuse...

LE MONDE PÉTRIFIÉ(1957)
Quatre aventuriers explorent des fonds sous-marins, où nul homme n'a jamais été, grâce à une cloche révolutionnaire créée par le Professeur Wyman. Mais lors de l'exploration, les câbles de la cloche reliés à la surface cèdent et les plongeurs sont entraînés au fond des abysses peuplés de monstrueuses créatures.

Félicitions les éditeurs français en général et Bach Films en particulier de nous proposer ces petites curiosités ou ces grands films oubliés dans de bonne conditions à un prix très abordable.

Prix : 10 euro (édition simple) | 15 euro les doubles programmes

A commander à theendstore@gmail(POINT)com

Arrow, les prochaines nouveautés

Le planning du mois de mars 2012 de l'éditeur anglo-saxon vient de tomber et THE END ne pouvait laisser passer pareil occasion de vous dévoiler l'intégralité des sorties prévues pour ce printemps. Certes, les premiers titres annoncés sont moins porteurs que des Argento, Fulci ou Lustig mais le soin apporté au bonus et aux packagings font de ces futures éditions des "must have", qui plus est en blu-ray pour 2 titres :


Commençons par Les Oies Sauvages (1978) de Andrew V. McLaglen, célèbre pour ses westerns La loi de la Haine ou Rancho Bravo. The Wild Geesse (en V.O.) marquera le retour au premier plan du film de mercenaire et ce grâce à un casting 4 étoiles, Richard Burton, Roger Moore, Richard Harris et Hardy Krüger. La fin de carrière de McLaglen témoigne de ce revival du film de commando puisqu'il signera la suite du mythique film de Robert Aldrich, Les Douze Salopards et d'autres films de militaires baroudeurs.

En bonus cette édition blu-ray proposera 3 couvertures réversibles, un poster, un livret écrit par Ali Catterall (auteur du livre en anglais "British Cult Movies Since the Sixties") mais surtout un nouveau transfert Haute Définition, un commentaire audio de Sir Roger Moore, du producteur Euan Lloyd et du réalisateur de seconde équipe John Glen (il est également réalisateur de 5 James Bond dont Dangereusement Votre et Octopussy).

Restons au pays de sa majesté avec Who Dares Wins (1982) sorti en France sous le titre Commando.


Réalisé par Ian Sharp, plus habitué à tourner pour la télévision, nous ne connaissons que peu de choses à propos de ce film si ce n'est qu'il s'agit comme pour Les Oies Sauvages d'une production Euan Lloyd que l'on retrouve dans les bonus. Le casting nous révèle la présence de deux figures légendaires du cinéma, Ingrid Pitt (1932-2010) et Richard Widmark. Si Ingrid Pitt restera à jamais la Comtesse Dracula dans l’emblématique film de la Hammer, ici, elle tient un rôle bien secondaire. Tout le contraire de l'immense acteur Richard Widmark (1914-2008) qui restera à jamais affilier aux plus beaux polars US des années 50 (Panique dans la rue mais surtout les Forbans de la nuit de Jules Dassin).
Côté interactivité, Arrow met comme toujours les petits plats dans les grands avec une avalanche de bonus et permettra de découvrir ce film dans les meilleurs conditions.

Reversible sleeve with 3 original poster artworks and newly commissioned artwork cover
- Double-sided fold-out artwork poster
- Collector’s booklet featuring brand new writing on the film by Ali Catterall, author of British Cult Movies Since the Sixties
BLU-RAY CONTAINS:
- High Definition Presentation of the film
- Audio commentary with producer Euan Lloyd and director Ian Sharp
- The Making of Who Dares Wins, featuring Euan Lloyd, Ian Sharp, Lewis Collins, Judy Davis and more!
- The Last of the Gentleman Producers: A Documentary on the life of the legendary producer Euan Lloyd, featuring Sir Roger Moore, Ingrid Pitt, Kenneth Griffith and more!

Quant au film suivant, The Deadly Spawn, les plus habitués du blog et des éditeurs indépendants n'auront pas manqué de se souvenir qu'une édition française existe pour ce film signé Le Chat qui fume. Un long-métrage aux effets spéciaux pour le moins soignés au vue d'un budget qu'on imagine riquiqui. La première sortie de l'éditeur français était déjà remplie de supplément et bien Arrow propose encore plus. Détails ci-dessous


- Digitally remastered windowboxed transfer in the original full frame aspect ratio
- Reversible sleeve with original and newly commissioned artwork by Craig Kraaken
- Double-sided fold-out artwork poster
- Collector’s booklet featuring brand new artwork by Craig Kraaken, writing on the film by Calum Waddell and Tim Sullivan (2001 Maniacs) and an interview between Tim Sullivan and Special Effects Director John Dods.
- Two Audio commentaries with writer and producer Ted A. Bohus and editor Marc Harwood.
- A Comic-style prequel with its own musical score
- Alternate opening sequence with new effects and credits
- In the Workshop of S/FX Director John Dods
- A selection of archive TV interviews featuring the filmmakers
- Stills gallery featuring behind-the-scenes images, pages from the script, artwork and more!
- Outtake Reel
- Audition Tapes
- Original Theatrical Trailer


Mais en ce qui nous concerne LA sortie de ce mois de mars sera la disponibilité dans leur sous collection "Arrow Drome" du film que bon nombre de nostalgique de la VHS ont gardé précieusement : Pyromaniac (1980) de Joseph Ellison. Premier film de Joseph Ellison, qui ne signera par la suite qu'un seul et autre long-métrage Joey en 1986. Don't go in the house en VO est une sorte de démarcation de Maniac de William Lustig et de Deranged d'Allen Ormsby.


Voici ce que l'on pouvait lire sur la jaquette vidéo du film :
"Maman était méchante avec moi... Alors elle a été punie. Maintenant je sais que les femmes sont mauvaises alors je dois les punir..."


Ambiance glauque, meurtres au lance flamme, cette (petite) production des années 80 devenue culte avec l'essor de la VHS aura droit - on l'espère - à un traitement princier quant à la qualité d'image et de son car au niveau des bonus, le cinéphile devra se contenter d'un livret signé Anthony Timpone (auteur de divers ouvrages sur le cinéma horrifique) et d'une batterie de bandes-annonces.

source : Arrow

Deux temps Trois mouvements | Capricci

"Le Cinéma a toujours entretenu de rapports très intimes avec le monde musical, que ce soit paradoxalement au temps du muet avec les accompagnements au piano dans les salles, redevenus à la mode ces dernières années avec la réapparition des ciné-concerts, ou, bien sûr dès l'arrivée du cinéma parlant. Avec cette dualité d'intérêt : la musique doit-elle être seulement illustratrice du propos de l'image ou aurait-elle une fonction d'appui, voire de redondance, à l'action proprement dite, voire carrément de message parallèle au film ?"

Cette citation n'est pas extraite du nouvel ouvrage à sortir aux éditions Capricci mais de l'avant-propos de l'article Parole, Parole, Parole du fanzine Peeping Tom dont nous vous parlions voici quelques jours. Un article qui résonnera sans aucun doute avec la lecture de ce bouquin co-signé Narboni, Cassard et Chevrie et présenté sous la forme d'entretien


Quelles sont les affinités entre Franz Schubert et Ingmar Bergman ? Louis Beethoven, Jean-Luc Godard et les Rolling Stones ? Jean-Pierre Melville et Morton Feldman ? L’Atalante et Franz Liszt ? Jean-Marie Straub et Yves Angelo ? L’enseignement du piano et Andreï Tarkovski ? Au cours d’entretiens réalisés par Marc Chevrie et Jean Narboni, le pianiste Philippe Cassard propose une approche inédite des correspondances entre musique et cinéma. Il commente les partitions écrites pour l’écran, le recours à des compositeurs classiques ou les films montrant des musiciens au travail. Il décrit les timbres uniques de Danielle Darrieux, Gérard Depardieu, Arletty ou Claude Piéplu. Il analyse le tempo et l’écoute propres aux oeuvres de Robert Bresson, Federico Fellini, Charlie Chaplin, Joel et Ethan Coen… Enfin, il évoque l’influence de son amour du cinéma sur sa pratique d’interprète. Plus qu’un livre sur la musique de film, Deux temps trois mouvements est un livre dédié à la musique du cinéma, au cinéma de la musique, aux films que celle-ci permet de construire, de reconstruire ou d’imaginer.

L'AUTEUR
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Philippe Cassard est pianiste, concertiste, interprète unanimement salué de Schubert et de Debussy. Producteur à France Musique depuis 2005, ses « Notes du traducteur » ont obtenu le Prix Scam en 2007. Un coffret de 6 CD regroupant quelques-unes de ses émissions consacrées à Schubert a été récemment récompensé par le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros. Il est l’auteur d’un essai sur Schubert (Actes Sud, Classica).

18 euro | 272 pages
Sortie le 13 janvier 2012