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Cinema Retro #25

Comme tous les trois mois, le nouveau numéro de Cinema Retro vient égayer notre journée avec un programme toujours emprunt de nostalgie, mais surtout de sujet non traité (ou si peu) dans la presse traditionnelle.

 

Au sommaire de ce 25ième numéro, on retrouve les deux étendards de la revue : James Bond et la Hammer et accessoirement deux fleurons du Royaume de sa Majesté.

Interviews de  Daniel Craig, des producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson, du réalisateur Sam Mendes | Couverture de divers événements estampillés Hammer (convention, lieux de tournage, sorties des films en blu-ray) | Analyse de la restauration de Lawrence d'Arabie avec entretien de l'homme à l'origine de cette remasterisation, Grover Crisp | Regard sur la vie et la carrière du bad boy du cinéma anglais Oliver Reed par l'écrivain Robert Sellers | Retour sur les meilleurs films criminels des années 60 et 70 dans le cinéma italien |  Retour sur les films cultes Sands of Kalahari (Les Sables de Kalahari (avec Stuart Whitman et Susannah York, The Swimmer de Frank Perry avec Burt Lancaster et Attaque sur le mur de l'Atlantique (Attack on the Iron Coast) de Paul Wendkos| Hommage à l'artiste Tom Chantrell, auteur d'affiches mémorables pour le cinéma (de Stars Wars à Bus Stop en passant par la vague de films érotique britannique).


Pour ceux qui souhaitent acquérir les numéros précédent, en particulier le 23 et 24 qui ne sont pas encore sur notre boutique, merci d'envoyer un mail à theendstore@gmail(POINT)com ou contact@theendstore(POINT)com

Prix : 12 euro

Rétro-viseur : The Swimmer | Frank Perry (1968)

En Juin 2003, Patrick Brion dans DVDvision revenait sur la carrière (tumultueuse) du film culte The Swimmer, nous vous proposons la quasi intégralité de l'article.


La Solitude du Nageur de Fond
Le moins que l'on puisse dire est que le sujet de The Swimmer, réalisé par Frank Perry (David & Lisa) en 1968, est surprenant. Vous pouvez en juger vous-même : Ned Merrill (Burt Lancaster) décide de rejoindre sa propre maison du Connecticut, distante d'une douzaine de kilomètres, en nageant, de piscine en piscine, utilisant celles de ces amis et connaissances, tout au long du trajet... L'origine de cette fort curieuse histoire est une nouvelle de John Cheever parue en 1964 dans le New Yorker. Le producteur Sam Spiegel (African Queen, Lawrence d'Arabie) s'y intéresse aussitôt et va chercher à en produire l'adaptation, souhaitant, comme d'habitude, pouvoir tout contrôler, du budget au casting, du scénario au montage. William Holden, Paul Newman, George C. Scott et Glenn Ford, contactés pour jouer le rôle de Ned Merrill déclinent la proposition, ne voulant pas apparaitre dans un personnage qui va se révéler négatif. Burt Lancaster, âgé de cinquante-deux ans, accepte, comme s'il voulait - à l'image du héros de l'histoire - se prouver à lui-même qu'il est toujours aussi jeune et que la vedette bondissante du Corsaire rouge et de la Flèche et le flambeau est encore et toujours dans une forme athlétique. Il s'entraîne d'ailleurs à cet effet avec Bob Horne, le coach de natation de l'UCLA. Le tournage pose rapidement de multiples problèmes et la scénariste Eleanor Perry, femme du réalisateur, s'oppose régulièrement à Burt Lancaster. Depuis qu'il est lui-même devenu metteur en scène (L'Homme du Kentucky, Le Flic se rebiffe), Lancaster se laisse diriger de moins en moins facilement, jugeant souvent qu'il est mieux à même que quiconque de décider ce qui doit être fait.
Le film dont le tournage a commencé en 1966 est enfin terminé en 1967 mais le premier montage est jugé catastrophique. Sam Spiegel demande conseil à Elia Kazan dont la compagne Barbara Loden joue dans le film. Prudemment, Kazan ne donne aucun avis définitif alors qu'Arthur Penn prend le parti de Frank et d'Eleanor Perry. Il se souvenait sans doute de la manière dont Lancaster l'avait remplacé par John Frankenheimer lors du tournage du Train... Sam Spiegel accepte de retourner certaines scènes notamment toute la séquence entre Barbara Loden et Lancaster, mais l'actrice refuse de participer au film et Frank Perry est tout aussi mécontent à l'idée de ces "retakes". Spiegel choisit alors d'engager un nouveau réalisateur, Sydney Pollack et une nouvelle actrice, Janice Rule, celle qui fut la superbe égérie de la beat generation dans Les Rats de cave de Ranald MacDougall aux côtés de George Peppard et de Leslie Caron. Jugeant que le film lui a déjà coûté assez cher, il offre à un contrat peu gratifiant à Janice Rule, lui garantissant qu'elle aura par testament - lorsqu'il mourra! - le magnifique tableau de Chagall Les Amants qui trône dans sa chambre à coucher. Janice Rule accepte, mais découvre après la mort de Spiegel que le Chagall en question est parti dans un musée...

Burt Lancaster, de son côté, renonce à être payé pour ces nouvelles journées de tournage. Le bruit court qu'il aurait même - pour sauver le film - payé beaucoup plus que prévu. Parallèlement au travail de Sydney Pollack, Slavomir Vorkapich, le fils de Slavko Vorkapich, célèbre pour les séquences de montage de quelques-uns des plus célèbres films de la M.G.M. (Marie-Antoinette, San Franscico, Test Pilot), assure la nouvelle réalisation de plusieurs scènes jugées moins importantes. En dépit - ou à cause ? - de tous ces remaniements, le film ne sera jamais jugé satisfaisant et ne récupérera pas son coût de production. Échaudée, la Columbia prendra d'ailleurs la décision de ne pas le sortir en France* ! Vingt-cinq ans plus tard, grâce au DVD, on peut donc le (re)découvrir et le juger peut-être plus sereinement. Malgré quelques inutiles effets de réalisation (ralentis, flous artistiques, etc) qui peuvent paraitre démodés et beaucoup trop liées aux recherches de l'époque The Swimmer ne manque pas d'une certaine sensibilité. L'Amérique est alors, notamment à cause de la guerre du Vietnam, en pleine contestation et le film témoigne de la volonté de mettre en doute le rêve doré promis par l'American Way of Life, Ned Merrill, le héros du film, n'est pas un de ces jeunes et brillants cadre qui commencent à prendre le pouvoir dans la finance comme dans la politique mais un homme usé dont on va bientôt découvrir les nombreuses failles.
[...]

DVDvision #33 - Juin 2003, p.92-93

*Différents échos annoncent au contraire une sortie technique en France en mai 1968 pendant les célèbres événements. Le site Internet IMDB, lui parle d'une sortie en septembre 1968. Encore des éléments qui renforcent le caractère "maudit" du film.

The Swimmer / Le Plongeon | Frank perry (1968)

Depuis l'ouverture de la boutique, et ce, jusqu'à sa fermeture en mars dernier, The Swimmer fait partie des films que nous avons défendu ardemment. Sorte de film emblème de THE END, Le Plongeon représente à peu près tout ce que nous aimons : un réalisateur méconnu de talent, une star à contre courant, un scénario novateur, en définitive un film inoubliable et chaque vision provoque le même déchirement pour le personnage de Ned Merrill.

Le film sera diffusé mercredi 15 juin à 14h00 et vendredi 17 juin à 20h00 à la Cinémathèque de Nice.



Quand Ned Merrill s’invite en maillot de bain un après-midi d’été dans les villas d’une banlieue chic du Connecticut c’est l’occasion pour lui de démêler le fil de son existence en nageant de piscine en piscine pour rentrer chez lui. Et ce qu’il y trouvera ne correspondra pas forcément aux idéaux de vie qu’il s’est forgés...

Les histoires brèves et précises de John Cheever se sont toujours avérées l’excellent fourrage pour la télévision. The Swimmer de Frank Perry, adapté pour le grand écran par sa femme Eleanor Perry, est une tentative rare et réussie avec Parc de Arnaud des Pallières de transformer une histoire de Cheever en long métrage.
Il s’agit d’une adaptation d’une nouvelle de John Cheever du même nom, sortie en 1964, qui représente une métaphore de la vie d’un homme à travers sa volonté de traverser la vallée en nageant de piscines en piscines. De piscine en piscine, de valeurs en valeurs, le parcours du protagoniste montre l’univers des banlieues cossues de la côte Est des Etats-Unis, les cocktail-parties, les plaisirs de la chair portés à hauteur presque spirituelle, mais aussi la mélancolie, le mal-être dont souffre le personnage en quête de quelque chose qu’il ne sait nommer mais dont l’absence lui est insupportable.
Vêtu seulement en maillot de bain tout au long du film, Burt Lancaster joue Ned Merrill, un homme âgé, riche, qui se lance dans un voyage étrange et révélateur à travers ses sentiments et les souvenirs d’une mémoire endommagée. Ned Merrill choisit une façon inhabituelle de rentrer chez lui: traverser le comté où il vit à la nage par les piscines qui appartiennent à des amis et des connaissances. L’aventure n’est pas qu’un jeu pour le nageur. Mais à chaque étape, il se retrouve face à face avec un incident de son passé et il devient de plus en plus déçu par ce qu’il croyait être son mode de vie idéal. Le film de Frank Perry se construit comme un conte, démarrant par le merveilleux, le superficiel, il se termine par une dure mélancolie. Toute la première partie sans vouloir masquer l’étrangeté du but de Merrill, est complètement « 60’s » dans toute sa splendeur. Ambiance bucolique, ralentis, photographie colorée et pétillante, décors divins, cocktails. Quand sa compagne de route (l’ex baby-sitter de ses filles) brise le rêve en le laissant seul, Merrill se voit confronter à la vérité à laquelle il veut échapper. Ainsi Merrill continu sa route des piscines, but illusoire auquel il s’accroche mais le voile est tombé, laissant apparaître blessures, rancoeurs, amours déçus, lâcheté, échec social. Une vie qu’il a eu mais qu’il n’a plus pour des raisons qui nous resterons plus ou moins inconnues. Tout le long du film Merrill transporte avec lui un fantôme qui petit à petit va prendre forme, avec noirceur, à la fin de son périple, clôturant sa dépression.
Burt Lancaster est l’acteur parfait pour ce rôle. Il est remarquable en ex-apollon, le regard toujours ailleurs, comme noyé dans un vieux rêve. En dépit d’avoir 55 ans au moment où le film a été réalisé, il était en excellente forme physique. Cela contribue fortement à la façon dont le public l’estime au début. Il ressemble à un homme qui est sur le toit du monde. Dans une carrière de plus de quarante ans, dont trois nominations et un Oscar du Meilleur acteur pour Elmer Gantry le charlatan de Richard Brooks, c’est l’une des meilleures performances de Burt Lancaster.
Autour de lui, notons la belle blonde au regard bleu azur, Janet Landgard qui représente la jeunesse perdue de Ned et Janice Rule (The Chase d’Arthur Penn), qui joue son ancien amour, son ancienne maîtresse, définitivement perdue pour lui.
La musique est l’élément important du film. Pour envelopper ce rêve éveillé Frank Perry a eu le soutien de la magnifique partition de Marvin Hamlisch. Passant de la joie au trouble en un instant, complètement en adéquation avec son sujet, la musique du film représente le premier travail du célèbre compositeur pour le cinéma.
L’un des épisodes très intenses du film - la scène de la confrontation entreNed Merrill et son ex-maîtresse joué par Janice Rule - a été réalisé, sans crédit, par Sydney Pollack.


Source : Splendor Films

Le film est disponible en dvd auprès de THE END en VOSTF [inédit en France]
> theendstore(at)gmail.com