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Inside Out, le cinéma de Dwoskin

Le 28 juin 2012, Stephen Dwoskin disparaissait. Si divers hommages lui ont été rendu dans les jours qui ont suivi (voire les mois puisque des festivals comme Cinéma du Réel ont organisé des projections en 2013 pour saluer le travail du cinéaste), la sortie de ce premier ouvrage français vient, non pas clore, mais célébrer le cinéma de Dwoskin et offrir une nouvelle porte d'entrée dans un univers méconnu.

En 1981, Dwoskin réalisait Outside In sur le quotidien d'une personne handicapée. Avec Inside Out, les éditions Independencia propose de plonger dans l'envers de l’œuvre du réalisateur et de ces composants les plus prégnants, le désir et la douleur.

Présentation de l'éditeur :


Atteint par la poliomyélite à l’âge de neuf ans, Stephen Dwoskin n’a jamais laissé le handicap prendre le contrôle de sa vie. Au contraire, c’est lui qui, très vite, en a pris les rênes et en a fait le centre, le moteur, l’obsession, l’enjeu, l’horreur d’une oeuvre immense et bouleversante qui couvre presque cinquante ans de cinéma.
Inlassablement et jusqu’à sa mort en juin 2012, il a refusé l’immobilité, la pitié et les regards contrits pour mettre en avant sa résistance de cinéaste et d’homme libre. Chacun de ses films, courts ou longs, fauchés, radicaux, cérémoniaux, questionne le concept de douleur, explore le burlesque et le pathétique de ce corps si lourd et si faible à la fois, visite l’esthétique glaçante et graphique de la maladie et des hôpitaux qui ont rythmés sa vie et enfin, et surtout, expose aux yeux du monde son amour absolu des femmes, de leurs nudités, de leurs danses et de leurs regards sur lui.

Ce livre réunit auteurs, cinéastes, programmateurs, critiques, théoriciens, historiens de l’art et du cinéma, collaborateurs et amoureux de l’oeuvre de Stephen Dwoskin. Maureen Loiret, Pip Chodorov, Gloria Morano, Philippe Azoury, Pierre Léon, Nicole Brenez, Judith Revault d’Allonnes, William Fowler, Andrea Monti, Anthea Kennedy, Ian Wiblin, Louis Skorecki, Štrajk, Cyril Neyrat, Jean-Pierre Rehm, Philippe Grandrieux, Rachel Bénitah, Raymond Bellour, Tatia Shaburishvili, Sabrina Paul et Pascale Cassagnau.

Table
Avant-propos par Antoine Barraud
L’oxymore incarné par Maureen Loiret
Entretien avec Pip Chodorov par Antoine Barraud
Eloge d’une quête, le corps de l’autre comme présence à soi par Gloria Morano
Dirty par Philippe Azoury
Entretien avec Nicole Brenez et Pierre Léon par Antoine Barraud & Maureen Fazendeiro
Disposer de son corps, à propos de Dyn Amo par Antoine Barraud
Elle, Dwoskin et moi, à propos de Behindert par Judith Revault d’Allonnes
Rencontres avec Central Bazaar par William Fowler
Notes sur Outside In par Andrea Monti
Entretien avec Anthea Kennedy et Ian Wiblin par Antoine Barraud
Dwoskin et le nichon d’or, à propos de Further and Particular par Louis Skorecki
La quête de l’inaccessible, à propos de Trying to Kiss the Moon par Maureen Loiret
Mademoiselle Douleur, à propos de Pain is… et Intoxicated by my Illness par Antoine Barraud
Handicap, douleur et amour à mort par Štrajk
Au miroir invisible de l’amitié, à propos de Video Letters par Pascale Cassagnau
Loin de l’Amérique, à propos de Video Letters par Antoine Barraud
De D. à D., notes sur Dad par Jean-Pierre Rehm
Entretien avec Stephen Dwoskin autour de Oblivion par Cyril Neyrat
Sous le ciel de Dwoskin, à propos de The Sun and the Moon par Philippe Grandrieux
Entretien avec Sabrina Paul et Tatia Shaburishvili par Antoine Barraud & Maureen Fazendeiro
L’inoubliable, à propos de Age is… par Antoine Barraud
Entretien avec Stephen Dwoskin autour de Age is… par Antoine Barraud & Rachel Bénitah
Souffles de vie, à propos de Age is… par Raymond Bellour
Bref florilège par Pascale Cassagnau Steve e morto par Tonino De Bernardi
Filmographie
Présentation des auteurs
Crédits photos

Les films de Stephen Dwoskin sont en vente sur theendstore.com

Le livre sera prochainement en vente sur le site.

286 pages | 27 euro

Éclaboussements au BAL

En juillet dernier, nous avons eu le plaisir d'évoquer pour la première fois le BAL (lieu d'exposition et de réflexion autour de l'image) avec ses propositions cinématographiques assurées par Philippe Azoury.


Dans le cadre de l'exposition d'Antoine Agata, Anticorps, Philippe Azoury a sélectionné une série de films expérimentaux et documentaires.

Présentation :
Le cinéma coule autrement qu’une photographie. Il est né sous une autre durée. Le temps du film est à la fois toujours trop étiré si on le compare à l’éblouissement cruel de l’instant, et plus serré, plus accéléré qu’une nuit blanche. C’est son avancée, et aussi son embarras. Le cinéma sait bien qu’il est tout autant capable de flash que de désillusions. Aussi l’idée d’associer, comme on dit, la chèvre et le chou : nous avons monté ces quatre programmations avec l’envie de mêler les coups de force esthétiques (la beauté rare de certains Dwoskin, Wojnarowicz, Iimura…) à des films partis en quête d’une parole (de Rithy Panh à Guy Debord). N’y voir aucune tentative morale d’expliquer, de racheter ou de laver les images de d’Agata. Mais bel et bien d’observer sur une durée de deux heures comment, en échos aux images de d’Agata, et dans le prolongement des sensations et des idées que ses images charrient, des films auront la douleur et le plaisir comme seul choix possible, et comment, en cela, ils vont dévisager le monde, faire l’expérience de l’obscurité et de la résistance. Pour public averti, lisait-on autrefois à l’enseigne des salles obscures. Parions qu’au sortir de ces quatre soirées, avertis comme jamais, vous en vaudrez deux, trois, ou mille.

Philippe Azoury

EXPERIENCES/ Mardi 15 janvier 2013 à 20h
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Dirty, Stephen Dwoskin, 1971, 12’ (SONORE)
Ai (Love), Taka Iimura, 1962, 10’ (SONORE)



Aka Ana, Antoine d’Agata, 2008, 22’ (VOSTF)
A Fire in my belly, David Wojnarowicz, 1986-87, 21’ (SILENCIEUX)
El Carrer, Joan Colom, 1960, 30’ (SILENCIEUX)

Cette séance d’expériences rassemble une poignée de films entretenant une correspondance avec quelques-uns des champs que traverse le travail de d’Agata : la nuit, la folie, l’Autre, le dépassement de soi. Chacune à leur façon, ces œuvres expérimentales entourent Aka Ana, un film « work in progress » qu’Antoine d’Agata tourne depuis 2006, en en modifiant sans cesse la structure, le montage. Expériences s’ouvre avec deux fulgurances signées Stephen Dwoskin et Taka Iimura, deux films d’une grande beauté plastique, habités par une pulsion scopique délirante, où la caméra voudrait aller par-delà la surface de l’image, dans le grain, au plus profond de la peau et de la sensation. Cette même pulsion habite Aka Ana, ici présenté dans le montage réalisé pour l’exposition L’Image d’après, à la Cinémathèque, en 2007. D’Agata y passait le relais à six femmes rencontrées dans Tokyo, chacune racontant son histoire et s’emparant du film en en bouleversant le point de vue. La séance s’achèvera sur A Fire in my belly, poème filmé et exubérant de l’artiste new-yorkais David Wojnarowicz (mort en 1992) où Wojnarowicz s’enfonce, à l’occasion d’un voyage au Mexique, dans un rêve de désir et de mort. Enfin, la nuit tombera sur El Raval, le quartier des brigands, des matelots et des prostituées de Barcelone, avec El Carrer, filmé en super8 au début des années soixante par celui qui l’aura photographié toute sa vie, le catalan Juan Colom.


Le film Dirty est disponible dans le coffret Stephen Dwoskin en vente sur theendstore.com

AGONIE / Mardi 12 février 2013 à 20h
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Main Line, Michel Bulteau, 1971, 12’ (SONORE)
Pain is..., Stephen Dowskin, 1997, 80’ (VOSTF)

En 1971, Michel Bulteau et son ami poète « électrique » Patrick Geoffrois braquent une pharmacie puis, avec une seringue hypodermique, s’injectent à peu près tout ce qu’ils y ont trouvé, dans le but d’en filmer les effets de l’intérieur, se passant la caméra à tour de rôle avant de laisser leurs tremblements diriger la mise en scène. Main Line est un film-expérience (comme on dit en laboratoire), qui a le goût amer d’un baiser avec la mort… Dans Pain is…, Stephen Dwoskin envisage la douleur comme une vertu curative. La douleur, toutes les faces de la douleur… Ce sera l’objet d’une enquête à la première personne, où le rituel masochiste auquel se soumet depuis longtemps le cinéaste sera l’axe central par lequel passeront toutes les idées philosophiques que la douleur charrie en elle. Mis en contact, ces deux films adressent un sourire aguicheur à l’idée même d’agonie.

ABATTAGE / Mardi 19 mars 2013 à 20h
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Le sang des bêtes, Georges Franju, 1949, 21’ (VF)
Le papier ne peut pas envelopper la braise, Rithy Panh, 2007, 86’ (VOSTF)

Pour Georges Franju, qui venait de réaliser Le sang des bêtes dans les abattoirs de Vaugirard et de la Villette, les échaudoirs représentaient la métaphore la plus concise d’un monde qui, en 1949, sortait de la découverte horrifiée des camps de concentration. Soixante ans plus tard, Rithy Panh recueille les paroles des prostituées de Phnom Penh avec la même attention avec laquelle il avait interrogé les survivants des camps de la mort des Khmers rouges. Le Papier ne peut pas envelopper la braise a été tourné cinq années après l’inoubliable S-21, la machine de mort Khmère rouge. Il en est, de façon symbolique, la suite terrible.

SITUATION / Mardi 16 avril 2013 à 20h
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Marseille vieux port, László Moholy-Nagy, 1929, 3’,VF, (SILENCIEUX)
Mise au point, Ode Bitton, 1972,13’ VF, 16MM (SILENCIEUX)
In girum imus nocte et consumimur igni, Guy Debord, 1978, 95’ ,VF.

In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni : nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu. Le plus long palindrome latin donne son titre au plus lyrique des films de Guy Debord, un splendide poème introspectif où, plus qu’ailleurs, le penseur situationniste dit l’essence de la dérive tout en dénonçant notre condition générale d’esclave. En première partie de programme, trois minutes d’errance du photographe Lázló Moholy-Nagy dans les ruelles du vieux port de Marseille, à la fin des années vingt. Dans ces mêmes années, dans le même port de Marseille, Walter Benjamin consignait sur papier les idées nées lors de protocoles de prise de haschisch. Au tout début des années soixante-dix (il se donnera la mort en 1972), c’est le peintre et poète lettriste Gabriel Pomerand, un des premiers compagnons de route de Debord avec Isidore Isou, qui laissera la cinéaste Ode Bitton consigner sur pellicule le rituel de prise d’opium auquel il s’adonne. Mise au point, film rarissime, rappelle certains Garrel du début des années soixante-dix.

Encore une fois éclectisme et (re)découverte sont au centre des choix de Philippe Azoury, journaliste à Libération et auteur du récent livre d'entretien avec Adolpho Arrietta que nous évoquions ici

Plus d'informations sur le site Le Bal

Stephen Dwoskin, la douleur du désir

Décédé en juin dernier à l'âge de 73 ans, le nom de Stephen Dwoskin est remonté jusqu'à nos oreilles grâce à l'auteur Philippe Robert, et à ses conseils toujours avisés. Si Dwoskin nous évoquait peu de choses, le visuel du film Central Bazaar en dvd (BFI) avait particulièrement retenu notre attention mais sans jamais approfondir sur l'auteur de cette œuvre.
En 2004, à occasion de la rétrospective Dwoskin au festival Côté Court de Pantin, Philippe Azoury avait fini son article dans Libération avec cette phrase "Passez à côté de ça, et vous aurez l'air con dans dix ans". Moins de dix ans après,le réalisateur est parti et nous regrettons de ne pas avoir connu son cinéma plus tôt.

Honte à nous d'avoir manqué ce rendez-vous avec cette grande figure du cinéma expérimental, quelque part entre Andy Warhol et John Cassavetes. Mais nous allons rattraper le temps perdu avec un coffret exceptionnel, deux films cultes et un documentaire accompagné de court-métrages. Bref un beau panorama de tout ce que Stephen Dwoskin a pu offrir au cinéma, du désir et de la douleur.




Dvd 1
Take me 

Une femme chantonne en déambulant tranquillement en robe de chambre. Cette scène tranquille, se transforme peu à peu en une magnifique peinture mobile. Dwoskin, peintre et cinéaste, prend son modèle comme support, tout en semblant masquer son corps avec des couches de peinture, il réussit à capter, grâce à la caméra, l'être intérieur.

Dirty
(...) Nous apercevons deux femmes à moitié nues dans un lit, buvant d'abord à même une bouteille, puis jouant avant d'entamer un jeu érotique. Les saletés, le grain de l'image et les ruptures de continuité dans l'action confèrent au film la qualité d'un souvenir fortement chargé en érotisme. Le film donne l'effet d'une remémoration onirique d'une scène où le rêveur est libre de revoir ou de faire une pause sur un geste particulier, figer certains moments privilégiés comme la caresse d'une main, le rebondissement d'un sein, un regard, etc... Le film devient un rêve érotique éveillé, un jeu d'images sensuelles tirées d'une scène dont on aurait été témoins dans le passé."  

Girl
"ll est tout à fait intéressant de constater la complexité de la forme simple. Une jeune fille n'est confrontée à rien d'autre qu'à ses pensées. Tout au long de la période d'observation (alors qu'elle vous regarde), ses expressions et ses mouvements, se transforment en un miroir permettant au spectateur de se vivre. L'expérience est uniquement émotive entre vous et elle et se produit en temps réel."

Dad
"Ode à mon père et, peut-être, à tous les pères. Ce film, que ma sœur a qualifié de peinture en mouvement , mélange d'anciennes archives familiales que j'ai retrouvées et qui montrent mon père jeune, puis vieillissant. " (Stephen Dwoskin)

Grandpère’pear
"Mon grand-père était un artiste plein de charme et il aurait joué la comédie s'il avait eu un public. Dans ce film, extrait d'images familiales, c'est une simple poire qui fait l'objet de son panache." (Stephen Dwoskin)

Dear Frances (in memoriam)

"Ma chère amie Frances est morte, soudainement et tristement. J'ai eu besoin de m'accrocher à elle pour vivre cette perte. Et j'ai fait ce film." (Stephen Dwoskin)


Dvd 2
Pain is…
Depuis sa chaise roulante, Stephen Dwoskin enquête sur l'essence de la douleur. A partir d'expériences individuelles, il élabore sa recherche et questionne à son tour son propre rapport à la douleur, celle de l'esprit, du cœur, de l'âme et du corps. Un film au ton humble et bouleversant en quête de compréhension de la condition humaine, complexe et fragile. Auteur d'une trentaine de films expérimentaux d'inspiration autobiographique, Dwoskin voit en la douleur une des expériences fondatrices de l'humain. 

Intoxicated by my illness 
Faits de multiples images en surimpression, ces films suivent Dwoskin, de loin, comme dans un rêve, au cours d'une période récente de sa vie qui l'a mené d'examens médicaux en soins intensifs. C'est, principalement, une rêverie sur les fantasmes érotique et surtout sur l'ambiguïté atroce et poignante des sensations physiques d'un corps tiraillé entre une douleur intense et un plaisir exquis. Parallèle entre le personnage de l'infirmière qu'on pourrait voir comme une maîtresse SM et celui de la maîtresse SM qui touche le corps "dominé" le plus tendrement du monde. Dwoskin accompagne parfois ces images de musiques de films connues pour mettre en avant, de façon ironique, sa propre dramatisation et, ce faisant, nous attirer finalement dans une intimité rare et précieuse. 

Dvd 3 
Tod und Teufel 
L'action se déroule dans différentes pièces d'une grande maison, et traite des confrontations vécues par les personnages. Tod und Teufel est basé sur la pièce de Wedekind, écrite en pleine période expressionniste en Allemagne. Il s'agit d'un essai sur la libéralisation des hommes et des femmes. La belle Lisika semble être une femme réellement libérée. Sa "liberté" est rapidement dissoute par l'action persistante de la caméra. Casti Piani manipule et domine sa relation avec Elfriede, en se moquant de son manque de sensualité. 

Face Anthea 
Que le visage soit naturel ou qu'il soit embelli grâce au maquillage, à la coiffure et aux bijoux, rien ne peut empêcher l'imagination de se livrer à toutes sortes de spéculations. Tous les sens sont concentrés sur cette tête : les yeux, les oreilles, le nez, la langue et la peau qui les recouvre tous de son réseau vibrant de nerfs. On peut imaginer les sens, cette contrepartie de nous-mêmes, prêts à réagir avec nos humeurs, nos suggestions et nos accords. Rien que par le regard, quand les yeux entrent en contact avec les notres, c'est un dialogue visuel et une intéraction qui s'engagent. Et quand les lèvres, jointes dans une parfaite harmonie, s'écartent pour sourire, elles invitent à la découverte. Alors, avec le temps, ce dialogue nous transporte de la spéculation à la réalisation. Le visage passe de la suggestion abstraite à la projection singulière de la séduction. Ce n'est plus un visage anonyme, c'est celui d'une personne bien précise. 

Dvd 4 
Behindert 
"Stephen Dwoskin, qui a contracté la poliomyélite à l'âge de neuf ans, montre ici sans complaisance le rapport socio-personnel dans une relation amoureuse du point de vue de la personne handicapée. Au terme d'une soirée entre amis, la voix d'un homme propose à Carola de la raccompagner, mais elle ne voit pas son interlocuteur. Ayant aperçu des béquilles, elle pense qu'il est infirme. Plus tard, elle accepte de le revoir ; il s'agit de Stephen Dwoskin, qui nous raconte deux jours de la vie de Steve et Carola. (...) Un visage de femme, longuement filmé en gros plan, sourit à la caméra, mais quelques-unes de ses expressions révèlent parfois un certain désarroi. Les plans sont brefs, le montage saccadé, la prise de vues "tremblée". Le malaise provoqué est visiblement voulu. Autrement dit, la technique - très voisine de celle du cinéma d'amateur - se réclame de l'avant-garde. C'est donc un effet de l'art, un parti pris." (Stanislas Gregeois, Télérama, 1977) 

Outside in 
"Dwoskin filme son environnement quotidien et propose un journal filmé, une chronique qu'il aurait en permanence à portée de la main. La plupart du temps, il passe devant la caméra (in) et tout en se faisant filmer par un tiers (outside), dirige la scène. Il ne montre pas son corps handicapé puisqu'il joue avec en permanence. Un corps souvent muet qui, par son inertie, sa lenteur et sa difficulté à se déplacer dans un plan, son instabilité et ses maladresses, est en fait un vrai corps burlesque. Outside in, à partir de saynètes très courtes, est la fiction d'un corps en déséquilibre qui menace ou bouscule joyeusement l'ordonnance d'une scène." (Charles Tesson, Cahier du cinéma n°333)

Dvd 5 
Trying to kiss the moon 
"Cette autobiographie d'un cinéaste ne ressemble à aucune autre. Le film n'est pourtant pas un exercice d'auto-apitoiement. Rapidement, c'est la vitalité du héros après son accident, de cet homme au sourire narquois qui s'impose et semble montrer qu'entravé par le destin, Dwoskin n'en a que plus d'ambition, de rage, de désir (de cinéma, de peinture, des femmes), de sens de l'utopie. Jusqu'à essayer d'embrasser la lune." (Edouard Waintrop, Libération)

Lost dreams 
"Lost Dreams" est fait de ces petits vestiges d'images, regards fugaces ou moments précis, de ces femmes du temps de leurs premières amours et de leurs rêves de jeunesse. Elles sont tissées ensemble, comme des fragments de la pensée et se font souvenir d'elles, des confins du film aux coins du cadre. Elles sont de nouveau embrassées et reçoivent, même s'il est fugitif, un hommage poétique.



Egalement disponible, Dyn amo (1973) et Central Bazaar (1976)

Présentation de Dyn Amo par Philippe Azoury
"Chaque film de Dwoskin pourrait se décrire ainsi : un homme regarde une femme qui lui rend ce regard. Cet échange bras de fer durera le temps qu'il faut, ce sera parfois doux comme une caresse, aussi intense qu'une demande. Parfois,la peur, le refus, la fierté blessée, l'abandon traversera ce cinéma tendu et paralysé par les regards caméra. Comme au peep-show, ses films se regardent isolé de tout. Ils s'adressent à la solitude de chacun."

A l'instar d'un Coming Apart (1969) ou du français What a Flash (1972), Central Bazaar fait partie des films annonciateurs de la télé-réalité. Inspiré par les groupes post hippy, Dwoskin enferme des femmes et des hommes dans une pièce et filme leurs réactions comme leurs créations les poussant jusque dans leurs limites.
Aussi beau que dérangeant, Central Bazaar est une analyse poétique de nos relations communicationnelles par rapport à l'autre.

Enfin finissons par le documentaire de la collection Cinexperimentaux consacré à Stephen Dwoskin par Frédérique Devaux et Michel Amarger.


La vigueur du cinéma expérimental contemporain nous a incités à rencontrer et à filmer depuis le début des années 2000, des réalisateurs, diffuseurs, responsables de structures, particulièrement actifs dans cet art. Ainsi est née une série de portraits, autonomes, composant un ensemble signifiant de la pluralité d'approches, de pratiques du cinéma expérimental. Nous la réalisons de manière indépendante, en guise d'introduction ou de complément de travail des artistes, des techniciens, des diffuseurs qui participent à la vie du cinéma de recherche contemporain.
En complément, l'éditeur Re:voir à la riche idée de proposer deux films de Dwoskin (Naissant, 1964 et Phone Strip, 2007) ainsi que des bonus dont les détails sont sur theendstore.com.

Cet ensemble, le plus riche à disposition, permet d'avoir un corpus conséquent pour appréhender une œuvre méconnue et passionnante car repoussant les limites du spectateur, le projetant entre voyeurisme et douleur.

> Stephen Dwoskin, 14 films | 99 euro
> Dyn amo | 31 euro
> Central Bazaar | 22 euro
> Cinexperimentaux 9 : Stephen Dwoskin | 25 euro