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Soirée Cinéma X

Tout est dit ou presque sur l'image mais en résumé ce soir (mardi 30 octobre 2012) à 19h, la librairie érotique La Musardine accueille les auteurs de trois publications de référence sur le cinéma pornographique, Christophe Bier (Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques), David Courbet (Féminismes et pornographie) et Jacques Zimmer (Le Cinéma X).

La Musardine
122 rue du Chemin- vert
75011 PARIS

Adolpho Arrietta, Underground Paris-Madrid 1966-1995

Bien souvent ce que l'on demande à un éditeur, c'est premièrement, de respecter l’œuvre et le créateur. Ce qui apparait comme une évidence n'est pas obligatoire aux yeux de certains  labels (on pense à ceux qui diffusent des films en dvd sans la version originale). La deuxième chose est l'étonnement. Il n' y a rien de comparable à ce sentiment de découvrir l'inattendu. C'est pourquoi nous aimons particulièrement l'éditeur Capricci qui n'a jamais peur de prendre des risques (calculés ? nous serions tentés de dire oui vu que la société prospère). Le prochain ouvrage de Philippe Azoury (plume passionnante et importante de Libération, de diverses publications et de bonus dvd) en est l'exemple,  permettant de lever le voile sur un cinéaste oublié, Adolpho (ou Adolfo) Arrietta.

"Tous mes films racontent l'histoire d'une perversion" (Arrietta)


Moins connu que Jean Eustache, Philippe Garrel ou Marguerite Duras, dont il fut l’ami, Adolpho Arrietta est pourtant l’un des grands cinéastes underground des années 1970-1980. L’univers de ce magicien du cinéma, digne héritier de Jean Cocteau, va de Madrid à Paris, mais aussi de Jean Marais à Enrique Vila-Matas, des Cahiers du cinéma aux Gasolines : toute une histoire légendaire, à la fois glamour et fauchée, qui revit ici avec brio. Le livre est constitué d’un long entretien réalisé en juillet 2009 à Madrid par Philippe Azoury. Durant trois jours, leur dialogue a creusé la fabrication de Flammes (1978). Ensemble, Azoury et Arrietta évoquent les autres films du cinéaste mais surtout tout un monde, une conception poétique, libre, frondeuse de faire du cinéma comme on vit. De la théorie à la pratique, d’une époque à une autre, cet ouvrage permet au lecteur de se plonger dans le cinéma et la culture de la fin des années 1970.

Adolpho Arrietta est né à Madrid en 1942. Il s’installe en France en 1967, où il réalise ses premiers longs métrages. Considéré en Europe comme un pionnier du cinéma indépendant, il puise son inspiration dans un langage poétique proche de celui de Jean Cocteau. Le cinéaste a marqué les années 1970 par des films tels que Le Jouet criminel avec Jean Marais, Les Intrigues de Sylvia Couski (1974) - qui obtient à Toulon le grand prix du « Cinéma Différent » - Flammes (1978) ou encore Grenouilles (1983). Toujours actif, il a depuis réalisé plusieurs courts et moyens métrages, des oeuvres pour la télévision espagnole et a joué un rôle dans le dernier film d’Albert Serra L’Histoire de ma mort (en production). 
"Aux années 50, la série B (Tourneur, Ulmer Dwan). A ma génération, le cinéma d'Arrieta (de Biette, de Zucca). C'est la même chose, c'est la même question posée à l'apprenti cinéaste : comment atteindre cette vibration nocturne qui hante les films comme un secret ? Réponse : par la mise en scène, ou plutôt par la mise en rumeur, cette capacité à obtenir une attention maximale du spectateur, comme Hitchcock, mais sans installer aucun suspense, à la différence d'Hitchcock, en privilégiant au contraire une attente imprécise un récit de brume.
Serge Bozon in Cahiers du Cinéma #682 - p.92
Seul et unique dvd a être disponible en France (dans le monde ?) grâce à l'éditeur Re:voir, La trilogie des anges renferme trois court-métrage du début de carrière d'Adolpho Arrietta.

Le Crime de la toupie (EL CRIMEN DE LA PIRINDOLA / 1965 / 18 minutes)  
Un enfant, inlassablement, surveille la danse d’une toupie…
« La figure de l’ange, la première fois, est apparue dans le noir et blanc que j’ai utilisé dans Le Crime de la toupie. Je filmais Xavier [Grandes] en train de jouer avec une toupie et j’ai senti qu’il fallait la figure d’un ange qui regarde son jeu. Une amie qui était là a mis un drap et j’ai coupé des ailes en papier qu’elle a collé sur son dos... Après, l’ange apparaît dans mes films en noir et blanc, toujours avec un drap et des ailes en papier. »
L'imitation de l'ange (LA IMITACION DEL ANGEL / 1966 / 21 minutes)
« Dans Imitation de l’ange, le garçon, German Portillo, essaie d’imiter un ange… C’est une méditation sur l’angélisme que je ne peux pas raconter. »
Le Jouet Criminel / 1969 / 36 minutes
« En 1969 je rêvais de faire un film avec Jean Marais. Finalement je l’ai rencontré à Paris. Il était ami avec un ami à moi qui lui avait parlé de mon projet. Il aimait beaucoup l’idée de faire un film underground. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’on allait faire. (…) Un jour on se promenait dans Malakoff. Ce quartier ressemblait un peu aux ruines dans Orphée de Cocteau. (…) Soudain jean s’est arrêté, il a regardé au sol une flaque qui brillait comme un miroir et qui contenait deux gants en caoutchouc blanc, comme les gants de la Mort d’Orphée. Jean n’a rien dit, et moi non plus, mais il me semble qu’on a eu le même sentiment. J’ai senti qu’on était en train de faire un remake d’Orphée. »
Toutes les citations sont d'Adolfo Arrietta, conversations avec Philippe Azoury (2009).
Le dvd et le livre sont à commander par mail à theendstore[at]gmail.com ou contact[at]theendstore.com

> Adolpho Arrietta, Un morceau de ton rêve / Paris-Madrid 1966-1995 par Philippe Azoury / 136 pages / 14,50 euro
> La trilogia del angel / Français - English - Spanish subtitles / livret 16 pages signé Erik Bullot / 24 euro

Rétro-viseur : Les Petites Marguerites (1966)

Le Lausanne Underground Film Festival (LUFF) a débuté mercredi 17 octobre avec comme chaque année une programmation mettant l'accent sur des films oubliés ou méconnus. Entre une carte blanche à John Waters, des rétrospectives consacrées à Richard Stanley, Christoph Schlingensief, sans oublier des films actuels, le LUFF, malgré un programme conséquent, a décidé de revenir en quatre films sur une période "dorée" du cinéma d’Europe de l'Est.
Sous l’appellation "Anarchy in Marxland", vous pourrez donc (re)voir L’incinérateur de cadavre, Haut les mains, Sweet Movie et Les petites marguerites. Des œuvres qui témoignent de la vitalité (d'alors) des artistes en provenance de l'ex bloc soviétique. Une belle occasion pour THE END d'évoquer l'emblématique film de Vera Chytilova, Sedmikrasky aka Daisies aka Les petites marguerites dans notre rubrique le Rétro-viseur.

 
Du côté de chez Marx
Si un film mérite d'être qualifié de "bombe", c'est bien le second long métrage de Vera Chytilova, auprès duquel son Quelque chose d'autre fait figure d’œuvre étonnamment sage et rationnelle. C'est, en une heure et quart d'un choc visuel ininterrompu, les aventures délirantes de deux jouvencelles, Marie Un et Marie Deux. mais écoutons l'auteur : " Ce film présente un tableau de la vie d'une certaine conception de la vie qui, dans une démonstration amplifiée, montre les péripéties de la vue de deux jeunes filles. Il n'est pas ici question de critique de jeunes filles particulières qui, bien qu"extravagantes, ne sont pas typiques mais de la critique de leur style de vie dont les éléments, dans une mesure plus ou moins large, sont tirés de la vie de chacun de nous. Il s'agit de la peinture d'une vie dépravée, dans son cercle ensorcelant, de pseudo-rapports et de pseudo-valeurs menant au néant, à l'affectation ; peu importe si nous feignons le vice ou le bonheur (...). Ce grave problème a été traité sur un rythme très léger, à la façon d'une quelconque comédie bouffonne, accompagnée d'ombres sarcastique et d'une satire à l'égard des deux héroïnes. Je crois de cette manière provoquer une réaction critique de la part du spectateur. De même qu'en accentuant et en ridiculisant le grotesque des répliques et des événements, le spectateur, se sentant troublé, pourra prendre conscience de la réalité et du véritable propos du film."


On l'a compris : le film est une parabole. Mais comme toutes les paraboles, il peut d'abord se lire au premier degré. Ces deux ravageuses donzelles sèment le désordre et la panique partout où elles se trouvent : elles cassent, saccagent, piétinent, renversement, déchirent, incendient ; elles raillent, ridiculisent, blasphèment, chapardent ; enfin elles ne cessent pas de manger, que dis-je, elles bouffent, goinfrent, ingurgitent. Voilà, n'est-il pas vrai, un tableau fidèle de l'adolescence d'aujourd'hui : c'est presque un documentaire, en tout cas pour ce qui est de la permanente fringale, laquelle n'est naturellement, vous diront les psychiatres, qu'une transposition alimentaire d'un inextinguible besoin d'idéal. Donc cette rage de destruction, des objets matériels comme des valeurs morales est pour nos deux Marie une façon de s'affirmer, une façon aussi de résister, de "tenir le coup" : 
"Puisque tout le monde est pourri, disent-elles en substance, nous aussi nous serons pourries ! " Cette petite phrase, qui n'a l'air de rien, contient pourtant assez d'explosif pour branler les bases de toute société. Et Chytilova, sans le savoir, cite le Marquis de Sade qui écrivit en substance il y a deux siècle : " Dans un monde où tout le monde triche, la seule façon de survivre est de tricher aussi ". Mais pourquoi nos "petites marguerites" se révoltent-elles : "Parce qu'on ne nous comprend pas" se lamentent-elles et leur désespoir ne semblent pas entièrement feint puisque l'une d'elles va jusqu'à une tentative de suicide, faux suicide car si elle a bien ouvert le gaz elle a négligé de fermer la fenêtre, mais hantise de la mort, indiscutablement. C'est cette inquiétude profonde qui donne à leur rage de vivre toute sa gravité : il faut vivre sa vie, vivre à tout prix (ces formules évoquent irrésistiblement d'autres films dont l'inspiration est voisine), "tout essayer" tant que c'est possible, avant la noyade finale (Nous nous noyons parce que nous sommes pourries !") ou l'apocalypse atomique. 

Car enfin, il s'agit bien d'une parabole. Ces demoiselles sont pourries parce qu'elles sont victime d'une société et d'un monde organisés (désorganisés) par les adultes. "Pourquoi cherchez-vous à nous pervertir ?" lancent-elles aux vieux messieurs qui les invitent à déjeuner, en quête d'une bonne fortune. Encore cette "perversion" n'est-elle pas grand chose au regard du danger de guerre qui plane sur le monde et dont les images qui accompagnent le générique et terminent le film évoquent la terrifiante menace. Et la morale de l’œuvre est explicitement donnée à la dernière image par une formule qui s'inscrit avec un crépitement de mitrailleuse : "Ce film est dédié à ceux qui ne s'indignent  que pour des salades piétinées ". En d'autres termes à ceux qui s'emportent contre les timides débordements d'une jeunesse assoiffée de vie et de bonheur mais qui dorment sur leurs deux oreilles tandis qu'un génocide s'accomplit au Vietnam. Ainsi, alors que l'injustice et le crime sont tolérées, la vie quotidienne se remplit d'interdits et de tabous et certain ballet visuel de portes soigneusement cadenassées ne laisse pas de doute sur les intentions de la réalisatrice. 
C'est du moins une lecture possible de son film, puisqu'elle laisse délibérément la voie libre à de multiples interprétations. Interrogée sur le point de savoir si sa critique visait la société capitaliste ou la société socialiste, elle a répondu savoureusement : "c'est une protestation contre l'idiotie : mais peut-on choisir entre les diverses formes d'idioties ?" Dont acte. il reste que Chytilova est Tchécoslovaque et que ce n'est pas solliciter son film que d'y voir (et le film a été très mal vu par les dirigeants politiques du pays) une satire sournoise tendance à l'embourgeoisement d'une société de consommation : le saccage des pompes alimentaires du diner officiel est significatif à cet égard. Nos deux "marguerites" allient des grâces botticelliennes à une fureur dignes des affreuses gamines de Ronald Searle : leur déchaînement, c'est quelque chose comme les exploits des sœurs Marx vus par un cinéaste marxiste. Car sous des dehors de gratuité provocante et décorative le film a de singuliers prolongements. 

Quant au traitement plastique, impossible d'en donner une idée précise par les morts. C'est le triomphe du "pop", un époustouflant collage visuel rehaussé de toutes les gloires de la couleur, un tourbillon burlesque et grotesque superbement mis en images par une artiste qui sait rendre la beauté agressive et fascinante l'invite à la réflexion. Chytilova s'exprime de façon moderne sur un thème de la plus brûlante actualité : je crois que son film est une date.

Marcel Martin in Cinéma 67, p90-91 

Les petites marguerites sont disponibles en dvd sur theendstore.com
Edition digipack cartonné contenant un livret : Les métamorphoses de l’impertinence, critique de Paul-Louis Martin et un entretien avec la réalisatrice par Michel Delahaye et Jacques Rivette (extraits des Cahiers du cinéma).
Note de l'éditeur :
 Incarnation éclatante de l’inventivité et du talent de la nouvelle vague tchèque. Ce film, censuré très rapidement après sa sortie, est devenu culte dans le monde entier. Vera Chytilova avait alors scandalisé la Nomenklatura à l’Est et époustouflé l’Ouest par sa liberté de ton et son insolence.


La Bouche de Jean-Pierre

Rares sont les films français a créer le trouble. Rares sont les cinéastes français a créer l'événement à chaque sortie cinématographique. Gaspar Noé fait parti de ces réalisateurs qui ont su réveiller un cinéma français en pleine léthargie et ce dès son premier film Carne. C'était l'époque des Kounen, Kassovitz, Jeunet & Caro, qui trustait les premières places dans les "charts" des amoureux de cinéma (national). C'était l'époque où le renouveau était possible. Depuis, seul Gaspar Noé semble avoir gardé son "intégrité" artistique... enfin sans compter sur Lucile Hadzihalilovic, partenaire privilégiée de Noé, réalisatrice singulière dans le paysage français avec un premier long, Innocence, malheureusement passé inaperçu.

Dans quelques semaines, son premier essai filmique sera enfin visible grâce aux éditions Badlands / 1kult, webzine du cinéma alternatif, qui se lance dans le grand bain de l'édition et frappe fort avec ce moyen métrage (52mn) qui reste encore dans de très nombreuses mémoires pour le choc et le malaise provoqué.


Après la tentative de suicide de sa mère a laquelle Mimi a assisté impuissante, la tante Solange emmène la fillette vivre quelque temps chez elle. Or Solange est un peu maniaque, chez elle, chaque chose a sa place, celle de Mimi est dans un recoin près de la porte, mais dès le premier soir, le sommeil de la fillette est troublé par l'arrive de Jean-Pierre, le nouveau fiancé de Solange.

Reflet de Carne et de Seul contre tous de Gaspar Noé, La Bouche de Jean-Pierre confirmera à tous ceux qui avait apprécié Innocence du talent incontestable de son auteur pour les univers intemporelles et l'attrait pour le charme noir de l'adolescence.

En supplément, Badlands a décidé de montrer toute son ambition question bonus avec
> Les souvenirs de Jean-Pierre (35mn)
> Les amis de Jean-Pierre (52mn)
> Le court-métrage Good boys use condoms (6mn)
> Un livret de 40 pages avec le scénario original
> Bande-annonce

Pas encore de date, ni de prix mais il nous tarde de découvrir cette première sortie qui on l'espère sera en vente sur theendstore.com


source : Badlands

Koji Wakamatsu (1936-2012)



Quand l'embryon part braconner (1966)
La Saison de la terreur (1969)
 Naked Bullet (1969)
Va Va Vierge pour la deuxième fois (1969)
Running in madness, dying in love (1969)
Sex Jack (1970)

Double Take | Arte



Les plus fidèles d'entre vous auront sans aucun doute reconnu (Hitchcock cela va s'en dire) mais surtout le visuel d'un film que nous proposons à la vente depuis plusieurs mois sur theendstore.com  (et nous sommes quasiment les seuls !).
Double Take, sorti dans les salles en France en septembre 2010 par E.D Distribution, va bénéficier d'une "exposition" exceptionnelle via Arte. Les guillemets sont de rigueur car les deux diffusions télévisuelles du film de Johan Grimonprez auront lieu ce soir (lundi 15 octobre) à 00h15 et le 31 octobre à 03h15, autant dire que seuls les avertis ou les insomniaques pourront profiter de ce film rare et étrange.

Présentation du film par Arte
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Quand Hitchcock rencontre... Hitchcock, sur fond de guerre froide. Un documentaire haletant qui mêle fiction et réalité pour explorer l'illusion et la confusion des identités sur les montagnes russes de l'Histoire.
"On dit que si l'on rencontre son double, il vaut mieux le tuer. Sinon, c'est lui qui vous tuera. Je ne me souviens plus lequel, mais... il faut savoir que parmi vous deux, il y en a un de trop. D'ici la fin du script, l'un de vous deux doit mourir." Ainsi commence Double Take et ainsi se déroule-t-il. Alfred Hitchcock rencontre son double, plus âgé de vingt ans - et le cinéma rencontre la télévision. Lequel est le bon, lequel saura se débarrasser de l'autre ? En toile de fond, s'intercalent des images du Kitchen Debate qui réunit Nixon et Khrouchtchev, à l'exposition américaine de Moscou en 1959. L'adversaire politique se fait sosie et la guerre froide thriller, tandis que le maître du suspense et son Mister Hitch rêvent de crime parfait.
Faux-semblants
Mêlant images d'archives, extraits de films et séquences narratives, ce documentaire d'une grande maîtrise esthétique met en scène des couples étranges et des négociations bilatérales, et montre comment la politique a fait de la peur un bien culturel de masse dans l'Amérique des années 50. Aussi captivant qu'un film d'Hitchcock, Double Take joue avec brio et humour de l'authenticité et des faux-semblants. Un essai et un coup de maître signé Johan Grimonprez, Black Pearl du Meilleur nouveau réalisateur de film documentaire, à la troisième édition du Festival international du film du Moyen-Orient (MEIFF) d'Abu-Dhabi en 2009.

Pour ceux qui souhaiteraient découvrir le film, l'édition que nous proposons comporte des sous-titres français ainsi que des suppléments (The Hitchcock Casting,Trailer et teasers, Folger's coffee shop). Plus d'infos ici
Un film difficilement classifiable à l'instar de son réalisateur.
On peut être tenté de vous qualifier de cinéaste expérimental. Quelle différence faites-vous entre le cinéma « classique » et celui que vous pratiquez ?
Hier soir, Double Take a été projeté au centre Pompidou à Paris dans le cadre du festival Cinéma du réel. C’était dans une vraie salle de cinéma, mais qui fait partie d’un musée d’art contemporain. Mes films se rapprochent d’une forme usuelle, avec un début, un milieu, une fin. Même si comme Godard l’a dit, il n’est pas nécessaire qu’ils soient dans cet ordre-là. En tous cas, j’y raconte quelque chose de manière structurée, où je laisse du temps aux éléments pour qu’ils puissent être compris. Ca reste du cinéma, et pas par exemple de la pub, où ce rapport au temps a été totalement oublié. Double Take a visiblement été conçu par sa forme ou sa durée qui est celle moyenne d’un film, pour le cinéma. Est-ce que cela modifie votre démarche ? Non. J’adore l’idée qu’un film puisse être diffusé sur plusieurs supports : Double Take va passer en télé en Allemagne, parce qu’il a été co-produit par la ZDF et Arte. Il est actuellement montré dans une exposition à New York. Je serai même ravi qu’il passe sur des chaînes américaines où il serait entrecoupés de spots publicitaires. Parce que chaque moyen de le diffuser permet une recontextualisation en soi.

La figure centrale de Double Take est Alfred Hitchcock, cinéaste ô combien symbolique. Pourquoi ce choix ?
Double Take est en fait né d’un autre film, que je n’ai pas encore fait. Pour celui-ci, j’avais besoin d’un sosie d’Hitchcock.J’ai donc monté un casting au cours duquel j’ai rencontré Ron Burrage, son sosie officiel, qui le joue depuis vingt-cinq ans. En fait il a quasiment démarré sa carrière quand le vrai Hitchcock est mort. Cette rencontre a enclenché l’idée de Double Take. La vie de cet homme est tellement bizarre, tellement pleine de coïncidences : il a travaillé comme liftier à l’hôtel Claridge à Londres, là où Hitchcock était logé quand il travaillait sur un projet de film sur les camps de concentration. Il a ensuite travaillé au Savoy, où se trouvait le restaurant favori du réalisateur. J’ai trouvé amusant que la vie de Ron soit tellement liée par le cinéma sans que ça l’empêche d’en avoir fait sa propre vie. C’était une parfaite métaphore pour décrire la condition d’artiste, qui doit définir son propre espace tout en devant intégrer le fait qu’aujourd’hui ce sont les médias qui définissent son statut d’artiste.
Interview de Johan Grimonprez par Alex Masson in  L’Autre Cinéma belge, 2009, Édition Flandrimage.

> lundi 15 octobre 2012 à 00h15
> mercredi 31 octobre 2012 0 03h15

> dvd : Double Take | 22 euro
source : Arte, ED Distribution

Harris Savides (1957-2012)





"j'ai beaucoup de mal à voir un film sur lequel j'ai travaillé lorsqu'il sort en salle. Mon travail déconstruit tellement le film qu'il n'en reste plus rien - ce n'est même plus un film que je peux regarder. Il me faut beaucoup de temps pour être capable de me poser, le voir et l'apprécier".

 Harris Savides - directeur de la photographie in Conversations avec James Gray, Jordan Mintzer - p.116 (Synecdoche)