---------------------------------------------------------------------------------------------------

Etienne O'Leary, films (1966-1968)

Après les musiques, THE END est heureux de vous proposer les films rares du réalisateur québécois Etienne O'Leary en dvd. Mais qui est Etienne O'Leary ? Peu d'information circule, et ce, même sur internet, heureusement quelques entretiens avec des personnes de sa famille (Denis O'Leary, frère d'Etienne), des personnes qui l'ont côtoyé (Jean-pierre Bouyxou) mettent en lumière un personnage effervescent et éphémère. Pendant très longtemps ses films semblaient perdus comme le personnage (schizophrénie, dépression post 68) qui quittât la France au début des années 70 pour un retour au pays. Peintre, musicien, cinéaste, Etienne O'Leary touche à tous les domaines et rencontre des femmes (Michèle Girault, petite amie de l'époque d'O'Leary, elle joue nue dans Voyageur Diurne ; Sylvina Boissonnas, mécène du groupe Zanzibar dont Chromo Sud fait parti) et des hommes (Yves Klein, Olivier Mosset) qui vont influencer son œuvre.
il a fait dans les années 62-63, une école qui était rue du Delta, près de la gare du nord. Il était passionné par le cinéma. Mon père qui était journaliste avait une caméra, et filmait la famille pendant les vacances, les fêtes. Il y avait donc des séances de projections des films de mon père. Et puis un jour il a acheté une caméra 16, une Beaulieu, et c’est là qu’Etienne a commencé à s’en servir. C’est à ce moment là qu’il a décidé de faire du cinéma, mais tout en continuant à peindre, et surtout à faire de la musique. Il faisait tout çà en même temps.
Denis O'Leary pour Mettray


L'édition dvd comprends l'ensemble du travail cinématographique d'Étienne O'Leary. Figure de proue de l'underground et initiateur d'un nouveau langage cinématographique, les images évanescentes et incandescentes du cinéma de O'Leary ont été tournées à Paris dans effervescence de la deuxième moitié des années soixante. Y apparaissent de nombreux acolytes lumineux tel Pierre Clémenti, Jean-Pierre Bouyxou et Pierre Molinier.

> Day Tripper / Le voyageur diurne (1966, n&b, 16mm, 9 min)
> Homeo (aka Homeo : Minor Death : Coming back from goin' home) (1967, couleurs, 16mm, 38 min)
> Chromo Sud (1968, couleurs, 16mm, 21 min)


Le cinéma d’Étienne O’Leary peut facilement être perçu comme une source d’informations documentaires sur l’époque, mais ce serait là manqué l’essentiel. Il s’agit avant tout d’un travail totalement libre, élaboré à partir d’une résistance aux codes du cinéma narratif et d’une subversion de l’univers du film expérimental. C’est une des incarnations les plus convaincantes de la caméra-stylo tel que la concevait Alexandre Astruc.

O’leary filmait constamment et partout, aussi bien dans les espaces publics que privés, glanant ou cultivant les images qui s’y trouvaient, sans qu’à aucun moment la technique cinématographique devienne une embuche à l’élaboration de sa poétisation du monde. Ce cinéma extrêmement personnel, qui n’emprunte pas la forme courante du journal filmé, pas plus qu’il n’a recours aux habituels thèmes du cinéma autobiographique, ne repose jamais sur une simple vision instantanée.

Il est le fruit d’une captation de parcelles de vécu selon un mode qui rappelle les carnets de notes des écrivains ou le sketch book des artistes plasticiens. Pourtant, cet exercice a très peu à voir avec la pochade des peintres, qui n’est qu’une étape permettant l’exécution dans un temps et un espace autre. Chez O’Leary, le travail de filmage correspond à une volonté de rendre le monde abstrait en tirant profit de la surimpression pour en traduire toute la complexité, les entrelacements et les constantes mutations.

Images touffues, donnant l’impression qu’elles refusent de se révéler tant elle sont denses, leur organisation se fait directement dans la caméra, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne s’articulent pas selon les lois du montage, mais qu’elles en font l’économie physique. C’est bien d’un montage abstrait, un véritable choc des idées, que l’on retrouve dans ces films. Dès lors, on comprend mieux pourquoi O’Leary affirmait qu’Eisenstein était le cinéaste qui l’a le plus influencé.

Si l’on retrouve la même sensation d’accumulation, de superposition de couches, sur la bande son de ses films, son travail y est pourtant fort différent. Ici aussi la captation se fait à la volée, mais le mixage se structure ailleurs, en un autre temps. O’Leary élabore des paysages sonores qui déstabilisent par leur consistante brute et directe, jouant avec les ruptures de rythmes et d’ambiances, les musiques repiquées (Day Tripper des Beatles dans la version de Nancy Sinatra par exemple) et les musiques improvisées. On y ressent l’ivresse des rencontres sonores, reconduites grâce à ces collages créatifs obligeant à écarquiller les oreilles.


Les films d’Étienne O’Leary sont non seulement des cristallisations d’un flux de perception, de conscience, qu’il faudrait mettre en lien avec les discours prônant l’ouverture d’esprit (au sens mystique, il va sans dire), mais aussi des déclencheurs d’expériences. Jean-Pierre Bouyxou rapporte qu’Étienne « définissait son cinéma comme cinéma psychédélique. » On pourrait tout aussi évoquer une sorte d’Acid Cinéma, comme on dit Acid Rock, pour qualifier cette musique permettant l’ouverture de l’esprit propice aux voyages vers des horizons trop peu fréquentés.
lorsque l’on regarde les films d’Etienne, on ne peut pas ne pas penser qu’il y a une recherche hallucinatoire, comme dans la prise de trip d’acide. Et peut être qu’une partie de sa recherche consistait à retrouver par l’image tout ce foisonnement que l’on a dans ces « voyages artificiels. »
Denis O'Leary

Les trois films réunis sur le DVD constituent la totalité des œuvres terminées d’Étienne O’Leary. Ils ont en commun, outre leur esthétique, de s’articuler autour du déplacement. On y voyage beaucoup, au propre comme au figuré. Leurs titres même inscrivent à la fois l’idée de la mobilité et de la (dés)orientation : Day tripper / Voyageur diurne ; Homéo : Minor Death etc. Coming back From Going Home ; Chromo sud. Ce cinéma nomade, qui est aussi un cinéma revendiquant sa déterritorialisation, son excentricité, sa marginalité, vise par son éloge de la mise en mouvement à permettre à ceux qui s’y adonne de passer de ce qui est réellement perçu à ce qui est encore indiscernable, mais dont nous avons néanmoins une vague intuition. Une forme de tapis volant magique en quelque sorte.

source : ICPCE

Prix : 20 euro

A commander par mail à theendstore(at)gmail(point)com

ou directement sur theendstore.com

Etienne O'Leary, musiques de films (1966-1968)

Dans la constellation Zanzibar , Etienne O'Leary est le membre le plus discret, voire le plus anonyme et pourtant son travail et tout aussi important que ses amis Pierre Clementi ou Serge Bard. Etienne O'Leary est également primordial pour tous ceux qui apprécient les écrits et le cinéma de Jean-pierre Bouyxou. En effet, le réalisateur québecois a permis à Bouyxou de réaliser Satan Bouche un coin (1968) et Graphyty (1968) grâce à sa caméra avant de perdre tout contact avec lui après les événements de 68.

Entre 1966 et 1968, Etienne O'Leary réalise trois moyen métrages (prochainement disponible en dvd auprès de THE END) dont il assure également la mise en scène sonore.


Day Tripper (7:54) / Homeo (11:54) / Chromo Sud (19:18)



Il y a de ces masses sonores qui pénètrent sous la peau comme seule peut le faire une bestiole dont la fonction première est de dérégler tout organisme. C’est le cas de la musique d’Étienne O’Leary composée à Paris durant la turbulente décennie soixante.
Entre 1966 et 1968, le réalisateur d’origine québécoise prépare trois bandes sons. Ces dernières accompagnent les films Le voyageur diurne (1966), Homeo (1967) et Chromo sud (1968). O’Leary élabore son paysage sonore dans un esprit d’expérimentation que certains diront déstabilisant et morbide. Il se refuse toute balise cherchant dans l’immédiat l’inspiration nécessaire à l’élaboration d’un langage singulier qui décape et détone. Sa musique n’a d’écho que dans les films pour lesquels elle a été conçue. C’est donc peut-être s’obstiner que de vouloir l’enfoncer profondément dans les sillons d’un disque vinyle. Mais pourquoi pas ? Après plus de quarante ans passés dans l’obscurité, il est temps qu’elle résonne et s’installe dans vos cranes pour y rester.

Bien qu’originaire du Québec, ce n’est pas là que O’Leary trouve l’essence de son inspiration. Au début des années soixante, Montréal et le reste de la province demeurent coincés dans une démarche évolutive. La musique qui en ressort n’est alors qu’une approximation du potentiel engendré par la Révolution tranquille. L’électroacoustique, les « sons animés » et autres approches expérimentales se manifestent ici et là (à l’Office national du film et dans les studios de l’université McGill entre autres) mais l’univers sonore québécois tarde à s’ancrer fermement dans la modernité. De toute façon, O’Leary se trouve déjà en France au moment où s’annoncent les séismes qui vont perturber l’espace politico-culturel occidental.

C’est donc de l’autre côté de l’Atlantique qu’il s’initie à des pratiques qui ont pour but de remettre en question les fondements esthétiques et théoriques des musiques de tradition classique européenne. Il y a bien sûr Pierre Schaeffer et sa musique concrète, Pierre Henry et ses explorations électroacoustiques, l’autre Pierre (Boulez cette fois) et son sérialisme ainsi qu’une panoplie d’approches savantes qui se veulent mobilisatrices et avant-gardistes. Ne baignant pas dans l’académisme musical, O’Leary s’approprie les grandes lignes de ces mouvances afin de les abâtardirent. Il se tape des disques et des concerts qui ont une incidence non-négligeable sur ses trames sonores. Au milieu des années soixante, O’Leary, comme de nombreux enthousiastes de musique contemporaine, assiste aux performances du Domaine musical que Boulez organise au théâtre de l’Odéon de Paris – Iannis Xenakis, John Cage, Mauricio Kagel, Henri Pousseur et Karlheinz Stockhausen participent à ces soirées. La musique aléatoire et libre de Cage plait tout particulièrement au jeune réalisateur. L’underground français se met aussi en place en 1965. C’est dans ce contexte qu’O’Leary entame ses premières ébauches. Tout comme son cinéma, sa musique se veut subversive et brutalement honnête. Elle est en quelque sorte la rencontre d’une tradition expérimentale américaine et d’une audace propre à la jeunesse française à l’aube de mai 68.

Les bandes sons des films d’O’Leary se situent donc à l’endroit même où l’être entre en conflit avec lui-même. Ce sont des constructions sonores inquiétantes à l’intérieur desquelles surgissent d’énormes fissures. En maintenant un dialogue soutenu entre le son et l’image, O’Leary établit une continuité qui ne peut qu’être précaire. Son œuvre cinématographique est d’une virulence effroyable et c’est dans l’urgence qu’elle prend forme – c’est un cinéma et une musique qui s’ouvrent sur l’abîme.

Le voyageur diurne, le premier des trois projets dont il est question ici, est composé de fragments et débris sonores qu’O’Leary recolle de manière à tenir tête à l’image. Cette première bande son constitue une forme de scintillement auditif. Elle est un journal de l’époque qui n’est pas sans rappeler les survols musicaux de Scorpio Rising (1964), les dérives exploratoires de Peter Whitehead ou les regards posés par Pierre Clémenti sur Jimi Hendrix, James Brown et Johnny Hallyday dans Visa de censure n°X (1967-75). Ce premier film d’O’Leary, aussi connu sous le nom de Day Tripper, tire son titre d’une pièce des Beatles parue en 1965. Peu importe qu’il soit question de fuite, d’exode ou d’évasion, la bande son annonce un déraillement inévitable – musique concrète, manipulations de bandes, instruments déréglés et collage sonore s’entremêlent avec violence. O’Leary s’approprie des tubes de l’époque qu’il déconstruit et décontextualise avec rythme et culot : Screamin’ Jay Hawkins (« I Hear Voices »), The Who (la pièce « I’m a Man » composée par Bo Diddley), Dionne Warmick (le succès monstre « Anyone Who Had a Heart » que Petula Clark reprend en français en 1964) et Nancy Sinatra (O’Leary opte pour sa version de « Day Tripper » plutôt que celle des Beatles) succombent tous a un découpage frénétique. Les thèmes de ces pièces annoncent le déplacement imminent du voyageur diurne vers des paysages lugubres où règne un vacarme impossible.

Homeo se présente alors comme l’esquisse d’une marche funèbre dont le contour ne peut être tracé. La bande son de ce deuxième film d’O’Leary est parsemée d’interventions sonores intuitives desquelles se dégage un mysticisme déroutant. Ce dernier se déploie avec insistance tout au long des trente minutes et quelques que dure la pièce. Il s’installe ensuite fermement dans l’univers sonore et visuel de Chromo sud qu’O’Leary complète en 1968. Il n’y a plus de recul possible à partir d’Homeo – la musique en témoigne. C’est avec l’aide d’un magnétophone et de divers procédés artisanaux que le réalisateur élabore ses bandes sons. Il utilise surtout un orgue à vent, un piano quelque peu amoché ainsi qu’une panoplie d’objets et d’instruments (certains percussifs et d’autres non) desquels il extrait des textures abrasives. Le vacarme qu’il improvise suffit à déconcerter ses proches. La manipulation de rubans magnétiques et l’intégration d’une présence vocale altérée – non manifeste puis menaçante dans sa multiplicité – servent à remettre en question le langage abrutissant d’une morale périmée. Le résultat est concluant. La musique d’O’Leary est à la fois corrosive et féconde. Elle s’incruste dans la chair et sur la pellicule, y laissant de profondes marques qu’un parcours interrompu a malheureusement rendues partiellement indéchiffrables.

L’œuvre d’O’Leary est difficile à saisir puisqu’elle existe dans un état de lutte perpétuelle. Le cinéaste Zanzibar Serge Bard, dans son manifeste pour un cinéma violent que la revue Opus international publie en juin 1968, prône l’insoumission lorsqu’il écrit : « La violence au cinéma ne peut être que la restitution du désert intégral qui fonde le rapport irréconciliable du spectateur à l’écran. Le champ mental de ce rapport n’a de sens et de force que dans un mouvement d’escalade fissurant. » Les films Le voyageur diurne, Homeo et Chromo sud se situent – encore aujourd’hui – au seuil de cette révolte. C’est par leurs trames sonores que je rends hommage à ce cinéaste méconnu de l’underground français.


Eric Fillion pour Hors Champs

Limité à 300 exemplaires, la musique de ses films exprime le collage fascinant d'un d'un journal intime filmé ou chaque image devient hypnotique.

Prix : 22 euro

A commander à theendstore@gmail(dot/point)com

Rétro-viseur : The Swimmer | Frank Perry (1968)

En Juin 2003, Patrick Brion dans DVDvision revenait sur la carrière (tumultueuse) du film culte The Swimmer, nous vous proposons la quasi intégralité de l'article.


La Solitude du Nageur de Fond
Le moins que l'on puisse dire est que le sujet de The Swimmer, réalisé par Frank Perry (David & Lisa) en 1968, est surprenant. Vous pouvez en juger vous-même : Ned Merrill (Burt Lancaster) décide de rejoindre sa propre maison du Connecticut, distante d'une douzaine de kilomètres, en nageant, de piscine en piscine, utilisant celles de ces amis et connaissances, tout au long du trajet... L'origine de cette fort curieuse histoire est une nouvelle de John Cheever parue en 1964 dans le New Yorker. Le producteur Sam Spiegel (African Queen, Lawrence d'Arabie) s'y intéresse aussitôt et va chercher à en produire l'adaptation, souhaitant, comme d'habitude, pouvoir tout contrôler, du budget au casting, du scénario au montage. William Holden, Paul Newman, George C. Scott et Glenn Ford, contactés pour jouer le rôle de Ned Merrill déclinent la proposition, ne voulant pas apparaitre dans un personnage qui va se révéler négatif. Burt Lancaster, âgé de cinquante-deux ans, accepte, comme s'il voulait - à l'image du héros de l'histoire - se prouver à lui-même qu'il est toujours aussi jeune et que la vedette bondissante du Corsaire rouge et de la Flèche et le flambeau est encore et toujours dans une forme athlétique. Il s'entraîne d'ailleurs à cet effet avec Bob Horne, le coach de natation de l'UCLA. Le tournage pose rapidement de multiples problèmes et la scénariste Eleanor Perry, femme du réalisateur, s'oppose régulièrement à Burt Lancaster. Depuis qu'il est lui-même devenu metteur en scène (L'Homme du Kentucky, Le Flic se rebiffe), Lancaster se laisse diriger de moins en moins facilement, jugeant souvent qu'il est mieux à même que quiconque de décider ce qui doit être fait.
Le film dont le tournage a commencé en 1966 est enfin terminé en 1967 mais le premier montage est jugé catastrophique. Sam Spiegel demande conseil à Elia Kazan dont la compagne Barbara Loden joue dans le film. Prudemment, Kazan ne donne aucun avis définitif alors qu'Arthur Penn prend le parti de Frank et d'Eleanor Perry. Il se souvenait sans doute de la manière dont Lancaster l'avait remplacé par John Frankenheimer lors du tournage du Train... Sam Spiegel accepte de retourner certaines scènes notamment toute la séquence entre Barbara Loden et Lancaster, mais l'actrice refuse de participer au film et Frank Perry est tout aussi mécontent à l'idée de ces "retakes". Spiegel choisit alors d'engager un nouveau réalisateur, Sydney Pollack et une nouvelle actrice, Janice Rule, celle qui fut la superbe égérie de la beat generation dans Les Rats de cave de Ranald MacDougall aux côtés de George Peppard et de Leslie Caron. Jugeant que le film lui a déjà coûté assez cher, il offre à un contrat peu gratifiant à Janice Rule, lui garantissant qu'elle aura par testament - lorsqu'il mourra! - le magnifique tableau de Chagall Les Amants qui trône dans sa chambre à coucher. Janice Rule accepte, mais découvre après la mort de Spiegel que le Chagall en question est parti dans un musée...

Burt Lancaster, de son côté, renonce à être payé pour ces nouvelles journées de tournage. Le bruit court qu'il aurait même - pour sauver le film - payé beaucoup plus que prévu. Parallèlement au travail de Sydney Pollack, Slavomir Vorkapich, le fils de Slavko Vorkapich, célèbre pour les séquences de montage de quelques-uns des plus célèbres films de la M.G.M. (Marie-Antoinette, San Franscico, Test Pilot), assure la nouvelle réalisation de plusieurs scènes jugées moins importantes. En dépit - ou à cause ? - de tous ces remaniements, le film ne sera jamais jugé satisfaisant et ne récupérera pas son coût de production. Échaudée, la Columbia prendra d'ailleurs la décision de ne pas le sortir en France* ! Vingt-cinq ans plus tard, grâce au DVD, on peut donc le (re)découvrir et le juger peut-être plus sereinement. Malgré quelques inutiles effets de réalisation (ralentis, flous artistiques, etc) qui peuvent paraitre démodés et beaucoup trop liées aux recherches de l'époque The Swimmer ne manque pas d'une certaine sensibilité. L'Amérique est alors, notamment à cause de la guerre du Vietnam, en pleine contestation et le film témoigne de la volonté de mettre en doute le rêve doré promis par l'American Way of Life, Ned Merrill, le héros du film, n'est pas un de ces jeunes et brillants cadre qui commencent à prendre le pouvoir dans la finance comme dans la politique mais un homme usé dont on va bientôt découvrir les nombreuses failles.
[...]

DVDvision #33 - Juin 2003, p.92-93

*Différents échos annoncent au contraire une sortie technique en France en mai 1968 pendant les célèbres événements. Le site Internet IMDB, lui parle d'une sortie en septembre 1968. Encore des éléments qui renforcent le caractère "maudit" du film.

ArrowDrome, les nouveaux titres !

Après les deux premiers titres annoncés ici pour septembre prochain, les films du mois d'octobre sont déjà en pré-commandes. Au menu de cette salve : Cheerlearders (1973) et The Devil's kiss (1975).

A l'abri dans les caves d'un ancien château, des fanatiques spécialistes des sciences occultes, se livrent à des expériences diaboliques, visant à ressuscitée les morts. Ils volent un corps récemment enterré et, après avoir invoqué les forces du mal, parviennent à lui redonner vie, Un sinistre plan est en marche

The devil's kiss aka La perversa caricia de Satán aka Le baiser du Diable est le premier film réalisé par Jordi Gigó (co-réalisateur de El jovencito Drácula disponible en dvd z2 sstf). Les plus friands de série B / Z auront sans doute déjà vu le disque français lors de sa sortie éclaire.


Wild 70s fashion and fashionable devilry collide with every cliché in the gothic horror manual for a wild ride into sleazy retro Euro-terror. Prepare to feel the wicked caresses of Satan...

En bonus, Arrow nous proposera une bande annonce des films d'horreurs Eurociné et (surtout ?) un livret signé Stephen Thrower, l'auteur de la bible Nightmare USA sur les productions indépendantes des années 60 et 70.


The Cheerleaders aka A nous, les majorettes aka Les cheeries font des ravages est une comédie érotique réalisé par Paul Glikler qui aura une carrière éphémère ( 3 films dont le dernier est Le Marais de la mort avec Ken Wahl [1981]). Au vues des critiques disponibles sur le net, le film est une curiosité lourdingue à réserver aux plus endurcis.


Debbie may have done Dallas, but the girls of Amorosa High are game enough to take on the whole country in The Cheerleaders, a classic 70s sex comedy where the laughs come thick and fast and the gym knickers come off even quicker.
For the bold and brassy girls of the cheerleading squad, taking one for their football team comes naturally so when rivals need to be taken down, there’s only one solution... seduce them into exhaustion. Now the game girls are on a sex-crazed mission to ride their rivals to victory in a politically incorrect comedy that shocked the world!
Lesbian sports mistresses and square-jawed jocks... No one is safe from the amorous advances of the hottest squad of horny good-time girls in the USA. Meet The Cheerleaders!


En bonus, nous retrouverons un second film, Revenge of The Cheerleaders (1976) de Richard Lenner, des bandes annonces et un livret signé Robin Bougie, illustrateur, éditeur, auteur pour le magazine Cinema Sewer (un pro zine qui mêle ciné BIS, porno et illustration pour le moins explicite).

Un peu de Ozploitation...

Pour ceux qui n'aurait pas vu l'excellent documentaire de Mark Hartley, Not Quite Hollywood (dont une version sous-titrée en français est éditée par MK2), la Ozploitation est le terme pour les films de genre australien des années 70.
Si nous évoquons le cinéma de genre Australien, c'est qu'en mai dernier sont sortis outre-manche, deux titres phares ce ces années riches en curiosités : Fantasm (1976) et Fantasm comes again (1977).


Réalisé par Richard Franklin (1948-2007) sous le pseudonyme de Richard Bruce, auteur des (re)connus Patrick, Déviation Mortelle (avec Stacy Keath et Jamie Lee Curtis) et Psychose 2, Fantasm est une parodie des films d'éducation sexuelle. Tourné à Hollywood, Fantasm rassemble toute une génération de comédien porno (John Holmes, William Margold) et des actrices bien connues des films de Russ Meyer (Candy Samples, Uschi Digard). Le long-métrage est basé sur une idée d'Antony I. Ginnane, producteur des meilleurs films de cette époque (Patrick, Soif de sang, Harlequin, Les traqués de l'an 2000) qui continue encore aujourd'hui avec des productions toujours de genre mais plus mainstream (Planète Hurlante). Si aujourd'hui les films paraissent "légers", c'est avant tout d'un point de vue comique et ou le sexe ne semblait pas une affaire de cahiers des charges à respecter mais de passer des bons moments sur et en dehors du plateau.

En bonus, une featurette Fantasm Penetrated, une bande annonce et un commentaire audio du producteur Antony I. Ginnane.


Tourné dans la foulée du premier, Fantasm comes again est réalisé par Colin Eggleston. Si ce nom ne vous dit rien, peut-être que son film Long Week-End (1978) vous en dira davantage. Un jeune couple décide de recoller les morceaux d'une relation vacillante en passant un week-end dans un coin reculé d'Australie. Mais les lieux semblent peu accueillants. Pour beaucoup Long Week-end est le premier film officiel pour son réalisateur, que nenni, Colin Eggleston réalisa, sous le pseudo d'Eric Ram, cette suite de Fantasm encore plus surprenant. Pour élever le niveau, on n'hésite pas sur tous les types de pratiques (sexe dans la piscine, massage érotique, sexe en groupe, strip-tease,...) par la fine fleur de l'époque avec toujours John Holmes, Rick Cassidy, Con Covert, Uschi Digard, Dee Dee Levitt, Angela Menzies-Wills, Mary Gavin [Candy Samples], Clive Hearn, Bill Margold, Serena,... la liste serait trop longue. Continuant sur le même principe que le premier volet, Fantasm comes Again est tout autant délirant, parodique, bref rafraichissant.

En bonus, bande annonce, commentaire audio du producteur et une featurette.

Les films sont disponibles auprès de THE END.

The Endless Summer | Bruce Brown

Combien de film reste encore méconnu, combien de chef d’œuvre sont encore inédits sur le support numérique ? The End n'a pas de réponse à apporter à ces questions. En revanche lorsque nous apprenons qu'un film culte de l’acabit de The Endless Summer ressort en dvd (zone 2 uk), et ce, de fort belle manière, notre rôle (aussi modeste soit-il) est de partager la nouvelle avec vous.



The search for the perfect wave... They call it The Endless Summer - the ultimate surfing adventure, crossing the globe in search of the perfect wave. From the uncharted waters of West Africa, to the shark-filled seas of Australia, to the tropical paradise of Tahiti and beyond, these California surfers accomplish in a few months what most people never do in a lifetime... they live their dream. Director Bruce Brown creates a film so powerful it has become a timeless masterpiece that continues to capture the imagination of every new generation. When it first played in theaters, audiences lined up to see it again and again, spellbound by its thrilling excitement and awesome photography. But in fact, what's most compelling about the film is the sport of surfing itself, and once you've seen it, you'll never forget why. The Endless Summer became an instant cult classic upon its release in 1968 and has more than stood up to the test of time as it continues to wow audiences. Stunning photography, a fascinating adventure story and a humorous narrative mean this film has secured a place in the heart of film-lovers and the surfing community. Collector s edition includes follow up film Endless Summer Revisited, Disc 1: The Endless Summer Disc 2: The Endless Summer Revisited

Réalisé en 1966, The Endless Summer est sans aucun doute le film le plus culte autour de la pratique du surf et de sa philosophie. Suivant deux surfeurs à travers le monde (Ghana, Australie, Tahiti, Hawaï,...etc) Bruce Brown dépeint une génération respirant la joie de vivre, l'insouciance d'une époque pourtant marqué par la guerre du Vietnam comme cela pût être traité par John Milius dans, son non moins incontournable surf movie, Big Wednesday.

Le Cinéma Américain des années 70 | Jean-Baptiste Thoret / Cahiers du Cinéma

Jean-Baptiste Thoret a eu (sans le savoir) une très grande importance pour THE END. Avec son premier essai sur Massacre à la tronçonneuse, l'auteur de ces lignes a été profondément marqué par la lecture de cette ouvrage qui pour la première fois me faisait comprendre la richesse du film de Tobe Hooper et sa place dans le cinéma américain des années 70.
Jean-Baptiste Thoret aime les années 70, une grande partie de son travail d'historien / journaliste se concentre autour de cette décennie et les répercussions sur les décennies suivantes. C'est pourquoi lorsque la première version du cinéma des années 70 est parue en juin 2006, votre humble serviteur s'est précipité et à découvert une analyse d'une rare pertinence (et accessoirement une quantité de chef d’œuvre du septième art). THE END est donc heureux de pouvoir vous proposez à la vente cette seconde édition.



A la fin des années 60, le succès de Bonnie & Clyde et de Easy Rider révèle l’existence d’un public jeune, exigeant, politisé par la guerre du Vietnam, souvent engagé dans les mouvements contestataires.

Le moment est venu pour une nouvelle génération de prendre d’assaut la citadelle hollywoodienne. Débute alors un moment de grâce du cinéma américain, un nouvel âge d’or baptisé le Nouvel Hollywood. Une dizaine d’années euphoriques au cours desquelles de jeunes cinéastes, acteurs, producteurs, réalisent des films audacieux, pleins d’énergie, porteurs d’une poésie du monde radicalement neuve : Little Big Man, La Horde sauvage, Une femme sous influence, Un après-midi de chien, M.A.S.H., Voyage au bout de l’enfer, Macadam Cowboy, Taxi Driver, Apocalypse Now, Phantom of the Paradise, French Connection, Délivrance, Rosemary’s Baby…

L’auteur de cet ouvrage se révèle un guide précieux pour le lecteur avide de repères au sein d’une période cinématographique prolifique, protéiforme et pleine de métamorphoses. Quelques traits communs se dégagent des films des années 70 : irrespect des règles classiques de la narration, doute sur les frontières du bien et du mal et des personnages qui les incarnent, sympathie pour les marginaux, rapport frontal au sexe et à la violence, méfiance vis-à-vis de toutes les formes d’autorité. Les spectateurs reconnaissent une part d’eux- mêmes chez une nouvelle pléiade d’acteurs : Robert de Niro, Al Pacino, Dustin Hoffman, Jack Nicholson, Faye Dunaway, Gena Rowlands, Jane Fonda, Mia Farrow, Diane Keaton…Une génération montante de cinéastes cinéphiles, influencés par les nouvelles vagues des années 60, prend en main les rênes des studios, bénéficiant d’une libertté créatrice jamais atteinte jusqu’alors ; ils s’appellent francis Ford Coppola, Brian de Palma, Martin Scorsese, William Friedkin, Hal Hashby, Michael Cimino.


Le cinéma américain des années 70 _ JB Thoret par Webcahiers

Si vous n'êtes pas encore convaincu par cette bible du cinéma des années 70 alors nous vous proposons une chronique de Positif signée Christian Viviani

Cet imposant essai sur une décennie cruciale de cinéma américain permet à Jean-Baptiste Thoret de creuser le sillon qu'il avait entamer, il y a quelques années avec 26 secondes*. Cette décennie offre la réflexion un vaste corpus, que l'auteur connait à merveille, réunissant sans discrimination films d'auteur, blockbusters, œuvres à petit budget et même documentaires. Le cinéma américain est considéré comme une entité artistique et esthétique "en soi" qui s'organise spontanément, et souvent inconsciemment , en fonction de quelques traumas décisifs. 26 secondes isolait le filmage amateur de l'assassinat de John F. Kennedy comme la source possible d'une thématique du deuil et du complot et d'une esthétique de l'explosion qui allaient longtemps dominer le cinéma américain. A la lecture du Cinéma américain des années 70, le lecteur ne peut manquer de sentir que cette source irrigue le panorama dressé par Thoret. Évitant la redite ce sont d'autres sources qu'il propose ici, de lanières très pertinente : il parait procéder par intuition, ais l’argumentation qu'il sollicite, solide et tout à fait maîtriser, n'a aucun mal à convaincre le lecteur.[...]
Échappant avec dynamisme à la sclérose d'une vue auteuriste, Thoret accorde des analyse détaillées et éclairantes à des films annonciateurs (Le Lauréat de Mike Nichols pour le travail sur le cadre), oubliés ou presque (le percutant Point Limite Zéro de Richard Sarafian, oeuvre clé sur le thème de la fuite) ou encore célébrés comme des classiques (Nashville de Robert Altman), avec la prédilection qui le caractérise pour certains films de George Romero ou de John Carpenter. [...] Tout cela ne se veut pas un ouvrage historique (bien qu'il le devienne par la force du sujet et celle de l'argumentation), mais une interprétation personnelle, étayéehttp://www.blogger.com/img/blank.gif par une abondante illustration en couleur qui, grâce à la souplesse des vidéogrammes, épouse le texte de près.
Positif #546 Juillet-Août 2006 p.70

Prix : 39,95 euro

*Le passionnant bouquin évoqué dans l'article de Christian Viviani, 26 secondes, l’Amérique éclaboussé, est également en vente sur THE END.